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« Les ciels incertains » : quand le Sud-Ouest voit des ovnis partout

L’écrivain et journaliste Jean-Charles Chapuzet explore 70 ans de « phénomènes aérospatiaux non identifiés » dans son dernier livre paru aux éditions bordelaises Le Festin. Certains ont pu être rapidement expliqués, quelques uns restent mystérieux. Troisième idée dans la série « Un bouquin du coin sous le sapin ».

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« Les ciels incertains » : quand le Sud-Ouest voit des ovnis partout

Nuit du 20 juillet 1977 à Saint-André-de-Cubzac. Jacqueline est au volant de sa Renault 4, accompagnée de sa fille, Nanie. Direction Libourne pour les vacances. Il est 1h du matin, seuls les pleins phares de la voiture transpercent l’épaisseur de la nuit. Soudain, dans le ciel, Jacqueline voit un « objet de l’envergure d’un hélicoptère » à la forme d’une « soucoupe ». Comble de ce road-trip dans le bordelais, l’ovni (objet volant non identifié) est « rouge foncé, lie de vin ».

La gendarmerie mène l’enquête. Les riverains et le maire sont interrogés. Ils n’ont rien vu, rien entendu. L’affaire est classée, n’en demeure que l’effarement de Jacqueline. Des histoires comme celles-ci, il y en a une cinquantaine dans le dernier livre de Jean-Charles Chapuzet Les ciels incertains, Histoire d’ovnis dans le Sud-Ouest de 1950 à nos jours.

Du Pays basque à Bordeaux, en passant par la région toulousaine jusqu’à l’Île de Ré, le journaliste et écrivain s’est plongé dans les archives du Groupe d’études et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan). Cette très sérieuse institution, basée à Toulouse et intégrée au Cnes (Centre national d’études spatiales), enquête sur les phénomènes aériens ou spatiaux mystérieux. Ce dernier classe de A (parfaitement identifié) à D (inexpliqué et étrange) les phénomènes observés.

Terre d’ovnis

« Certes, depuis la nuit des temps, les ciels sont une invitation aux troubles », peut-on lire dans la préface de l’ouvrage rédigée par l’éditeur Mathieu Lauverjat. Pas moins de 600 phénomènes aérospatiaux ont été signalés dans le Sud-Ouest. Procès-verbaux de gendarmerie, croquis et dessins d’observation : le livre est illustré par la graphiste Véronique Schiltz.

Avec humour et prévenance, Jean-Charles Chapuzet relate des histoires parfois rocambolesques, notamment dans la France des années 70, en pleine guerre froide. Des tensions géopolitiques mondiales qui éveillent une psychose partie des États-Unis.

Ainsi dès potron-minet, le 20 décembre 1979, dans un village du Limousin, « trois personnes tombent nez à nez avec une masse lumineuse rouge ». L’objet énigmatique ressemble à un « cigare », une « braise » :

« Les ovnis prêtent de moins en moins à sourire. La psychose saisissante sur d’éventuels enlèvements d’êtres humains fait florès. Et les témoignages pleuvent en cette fin d’année 1979. Le Geipan doit se montrer exemplaire, efficace ! »

Les enquêteurs concluent à une méprise avec le soleil levant, sa « faible hauteur angulaire lui conférait la couleur dominante ». Reflet de satellites, lanternes volantes, nuages lenticulaires, et plus récemment drones : les scientifiques du Geipan confrontent bien des fantasmes à la rationalité.

Frontières du réel

Jean-Charles Chapuzet s’est déjà penché sur le paranormal et les frontières du réel. En 2018, il publie Mauvais plan sur la comète (éditions Marchialy), consacré à Jean-Claude Ladrat, héros d’un épisode culte de l’émission belge Strip-Tease, La soucoupe et le perroquet.

La Gironde, elle, peut se targuer de compter un phénomène parmi les 3% demeurés non expliqués par le Geipan. Cela se passe à Étauliers, village de 1000 habitants dans le Blayais, le 13 janvier 1980. L’unique témoin s’appelle Francis X :

« Dans le ciel laiteux et obscur, quelque chose apparaît : une sorte d’engin. Francis se gare, coupe, le moteur, ému. “L’engin en question n’était pas très grand, environ 5 à 6 mètres de diamètre. Il s’est mis en mouvement à la vitesse de 30 à 40km/h”, déclarera l’intéressé aux gendarmes […] Le témoignage de Francis X est pris très au sérieux. Et pour cause, il est agent de douane, un “collègue” des gendarmes qui enregistrent le témoignage. C’est du lourd, du moins, l’habit faisant le moine, une enquête est enclenchée. »

En cette fin d’année 1980, à quelques kilomètres de là, les travaux des quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Blayais sont en cours. Une « zone sensible » qui mobilise toute l’attention des enquêteurs du Geipan. Pourtant, fait rare, faute d’éléments, le dossier d’Étauliers est classé D et reste inexpliqué.

Une part d’étrange et d’énigmatique qui font écrire à l’éditeur que « dans ce vaste monde désenchanté, la science ne peut pas tout » :

« Par bonheur, les ciels du Sud-Ouest conservent encore quelques secrets. »

Les Ciels incertains, Histoires d’ovnis dans le Sud-Ouest de Jean-Charles Chapuzet, aux éditions Le Festin, 160 pages, 23€


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