Ce fut une manif express. Parti aux alentours de 14 h depuis les marches du Grand Théâtre, le cortège syndical aura pérégriné durant une petite heure dans le centre-ville de Bordeaux, du quai de la Bourse au cours Victor-Hugo, pour finir dans le calme sur la place de la République.
Place de la Comédie, quelques dizaines de minutes avant le départ, un cortège épars se forme après un rassemblement de professionnels de la culture à 12h30, « contre la baisse des crédits et le détricotage du service public de la culture ».
Stéphane Obé, secrétaire départemental de l’Union CGT de la Gironde, rappelle l’opposition du syndicat à la réforme des retraites de 2023 :
« La CGT claque la porte du conclave et appelle à la mobilisation. Il va falloir aller chercher l’argent dans la poche des financiers, dans un contexte de propagande autour de la guerre du président Macron, qui a pour but d’étouffer les revendications sociales. »
« J’étais déjà là en 1995 »
Dans les rangs des manifestants, majoritairement des retraités, on distingue quelques étudiants, intermittents du spectacle et professionnels de santé. Des lycéens également, dont certains venus de Montesquieu, bloqué plus tôt dans la journée pour protester contre la suspension du pass culture.
Jean, musicien retraité depuis deux ans à peine, est présent dans le cortège. Après avoir passé toute sa carrière à l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine, il souhaite que ses collègues puissent « partir eux aussi à la retraite à l’âge de 62 ans ». Il se rappelle des mobilisations passées dans le secteur culturel, un « domaine qui a toujours été malmené » :
« On avait donné un concert pour la défense du service public en 1995, le “concert des mille”, avec millier de musiciens sous Les Halles de la Villette à Paris pour défendre les premières coupes annoncées. C’était une belle victoire ! Je dis aux collègues de ne pas lâcher, on voit bien que le combat est toujours d’actualité 30 ans après. »

« Tout est lié »
Un peu plus loin, Françoise, également retraitée et militante syndicale, a travaillé dans l’Éducation nationale. Préoccupée par la situation des retraités « dont les droits sont menacés », elle déplore une stigmatisation du statut, qui pourrait pousser à remettre sur la table l’idée d’une taxation des pensions pour financer la protection sociale. « On pourrait peut-être taxer les 100 plus grandes fortunes françaises avant de songer aux retraités », conclut-elle.
Marie-Laure, salariée au CHU de Bordeaux et secrétaire générale de la CGT Blanchisserie, indique quant à elle que la date du 20 mars constituait une « petite pression sur le gouvernement » suite au conclave lancé depuis le 27 février. « On n’aurait même pas dû y aller », observe-t-elle, évoquant un rapport de force défavorable pour les syndicats.
Au-delà des luttes sur les droits sociaux, la militante fait part de ses inquiétudes concernant le contexte politique actuel :
« Je serai présente à la manifestation contre le racisme du 22 mars. C’est inquiétant, on voit que l’extrême droite monte partout, en France, mais aussi en Europe et dans le monde entier. La retraite, les salaires, la casse sociale : tout est lié, et on ne gagnera que par la lutte. »
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