« Zéro enfant sans abri », ça vous rappelle quelque chose ? Un slogan risqué que le président de la République a quasiment vidé de son sens depuis ce jour de juillet 2017 quand il avait promis « zéro personne à la rue ». Et pourtant, Pierre Hurmic s’en saisi pour en faire une des mesures phares de son programme pour les municipales distribué cette semaine.
« C’est un slogan risqué, oui, reconnait son équipe de campagne. Mais il faut prendre des risques. L’idée, c’est de s’inscrire dans une trajectoire. On ne va pas régler ça en douze mois. La problématique est complexe, longue, mais il faut fixer un cap. »
Un sujet « majeur pour toutes les institutions »
En 2024, la Nuit de la solidarité recensait 202 mineurs à la rue à Bordeaux. Début 2026, les chiffres restent comparables. Pour l’équipe du candidat Pierre Hurmic, ces données sont même probablement sous-estimées : la Nuit de la solidarité se déroule en janvier, période où l’État ouvre davantage de places d’hébergement d’urgence que le reste de l’année. « On est probablement un petit peu au-dessus de ça », reconnaît-elle.
C’est dans ce contexte que l’équipe du candidat écologiste présente un plan structuré autour de quatre axes pour tendre vers un objectif assumé : zéro enfant sans abri. Une proposition qui, selon elle, fait écho à celle portée à Paris par le candidat de la gauche Emmanuel Grégoire. Bordeaux ne dispose pas toutefois des compétences départementales en matière d’accompagnement social et de protection de l’enfance. « C’est pour ça que l’enjeu numéro un, c’est de faire exister le sujet. »
« Il faut s’engager dans une trajectoire zéro enfant sans abri et de mobiliser dans un plan l’État, le département et le reste des collectivités pour trouver des solutions. C’est une compétence de l’État, mais c’est aussi un sujet qui doit devenir majeur pour toutes les institutions. »
L’enjeu dépasse l’urgence sociale immédiate. Pierre Hurmic insiste sur les conséquences à long terme : un enfant qui grandit dans la rue, déscolarisé, exposé à des difficultés de santé ou de nutrition, risque de se construire durablement en marge de la société. D’où la nécessité d’agir aussi sur le quotidien.
Scolarisation, santé, et hébergement
Le premier levier évoqué est celui de la scolarisation. Certains enfants à la rue sont déjà scolarisés, mais beaucoup ne le sont pas, notamment dans les bidonvilles, où les expulsions répétées rendent les parcours scolaires extrêmement instables. « Quand un enfant a dormi dans une cabane ou sous une tente, aller à l’école, ce n’est pas évident. » Le candidat propose notamment de renforcer le rôle du GIP médiation pour accompagner les familles et faciliter l’inscription scolaire.
Le deuxième axe concerne la santé, au sens large : santé physique, santé mentale et accompagnement psychologique. Pierre Hurmic souhaite s’appuyer sur les centres de médecine scolaire existants à Bordeaux et sur le futur centre de santé municipal des Aubiers pour construire des parcours spécifiques d’accompagnement des enfants à la rue.
Le troisième volet compte adapter les accueils de jour pour qu’ils puissent recevoir des familles avec enfants, développer des dispositifs d’accueil plus adaptés, mais aussi s’appuyer davantage sur les réseaux de solidarité existants.
« On a aujourd’hui un réseau citoyen de parents solidaires dans beaucoup d’écoles. Beaucoup hébergent déjà des enfants et des familles à la rue. Ce n’est pas une réponse structurante, mais elle permet de sortir des personnes de la rue. Il faut mieux accompagner ces réseaux, les aider à s’organiser, et élargir aussi les hébergeurs solidaires. »
Et enfin, le quatrième volet annonce l’ouverture directe de places d’hébergement et l’accès au logement. La municipalité actuelle a déjà mobilisé environ 90 logements du patrimoine municipal pour de l’hébergement d’urgence, en priorisant les ménages avec enfants. Une trentaine de logements supplémentaires pourraient être remis en état et mobilisés.
Hébergement inconditionnel
L’équipe estime également que les marges de manœuvre les plus importantes concernent le patrimoine vacant de l’État.
« Il y aura une nécessité que l’État fasse son propre diagnostic de patrimoine vacant et le mette à disposition. Nous, avec le département ou les associations, on peut faire le travail de gestion locative. Mais il faut que l’État mette à disposition son patrimoine. »
Une fois les familles stabilisées, la question de l’accès au logement social devient centrale, avec la possibilité de flécher une part des attributions vers ces ménages. Le développement de l’habitat léger pourrait également être envisager en simplifiant certaines règles d’urbanisme pour permettre l’installation de chalets ou de petites constructions dans des jardins privés.
Ces promesses sont présentées comme inconditionnelles, toutes situations administratives confondues. « La priorité, c’est la démarche humaniste : les gens sont à la rue, donc on les héberge. » L’application de la circulaire Valls, qui permet la régularisation de familles avec enfants scolarisés, est rappelée. Et sur la prévention, l’équipe souligne le travail déjà mené dans le parc social pour repérer les situations de fragilité, mais pointe le manque d’outils dans le parc privé, où les expulsions peuvent survenir plus brutalement.
Du côté des associations, « il y a beaucoup d’attente » confie-t-on au Collectif de soutien aux enfants mal logés : « On attend de savoir ce qu’il y a derrière cette promesse ». Plusieurs associations préparent une « journée grand oral » pour interroger les candidats sur le thème de la précarité, proposant une charte à la signature allant « du repérage à la mise à l’abri ».

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