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Projet EMME : en pleines crues de la Garonne, la commission d’enquête dit banco à une usine en zone inondable

A l’issue de la consultation sur le projet EMME, qui s’est clôturée le 16 janvier dernier, la commission d’enquête publique vient de rendre un avis positif à la construction de cette usine Seveso à Parempuyre, malgré 85% d’avis défavorables sur les 2000 reçus. Alors que la Gironde est en vigilance rouge inondations, le préfet a deux mois pour valider les autorisations.

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Projet EMME : en pleines crues de la Garonne, la commission d’enquête dit banco à une usine en zone inondable
Le terminal de Grattequina à Parempuyre, site choisi pour le projet de raffinerie EMME

On a vu mieux comme timing. Les commissaires-enquêteurs sur le projet EMME viennent de rendre un avis favorable à la construction de cette raffinerie au terminal de Grattequina, à 10 kilomètres au nord de Bordeaux. Or, à partir de ce mercredi soir, ce secteur de la Garonne sera particulièrement exposé au combo tempête Pedro-pluies-inondations en amont de gros coefficients de marée.

« Le risque inondation constitue la principale objection au projet », reconnaissent-ils dans leur rapport dévoilé ce mardi 17 février. Il est mentionné dans 750 contributions, sur 1808 déposées sur le registre numérique, à 85% défavorables à la construction de cette usine de conversion de nickel et de cobalt à destination de batteries de voitures électriques.

Une usine « sécurisée »

Mais les auteurs estiment que le dossier permet « de maitriser l’aspect sécurité pour la construction en zone inondable d’une usine Seveso seuil haut », c’est-à-dire la plus dangereuse qui soit en raison des matières utilisées, qui peuvent contaminer les eaux.

« Pour définir une empreinte du site de l’usine qui, en cas d’inondation, sécurise l’usine hors de l’eau et n’impacte pas les zones avoisinantes, plusieurs simulations prenant en compte des scénarios dépassant le cadre réglementaire ont été réalisées afin de prendre les mesures de protection adéquates », jugent-ils.

Selon les auteurs, le remblai sur lequel sera construite la raffinerie, à 5,50 mètres de haut par rapport au niveau du fleuve, « permet de maintenir le site hors d’eau dans une hypothèse majorante à l’horizon 2100 (tempête Martin de 1999 + 120 centimètres de réhausse du niveau de la mer au Verdon-sur-Mer sans la présence de digue) ». A titre de comparaison, la Garonne s’était élevée de 7 mètres à Bordeaux en 1999, un niveau qui pourrait être atteint ce vendredi, selon Vigicrues.

Reproduisant les réponses de EMME aux interpellations survenues lors de l’enquête publique, les commissaires estiment que ce gigantesque remblai n’aura pas non plus d’impact sur les alentours, y compris Saint-Louis-de-Montferrand, de l’autre côté du fleuve, en cas de forte crue.

Le silence de la Métropole

Toujours en se fiant aux affirmations de l’entreprise, ils considèrent que celle-ci a répondu aux objections du Conseil national de protection de la nature (qui avait émis un avis négatif en raison de la richesse écologique du site) comme aux conditions posées par Bordeaux Métropole.

Celle-ci a désormais deux mois pour se prononcer sur la modification de son plan local d’urbanisme intercommunal, nécessaire pour pouvoir construire en zone inondable, mais devrait laisser la main à l’Etat et donner implicitement quitus à la préfecture de la Gironde.

Parallèlement à la consultation des collectivités sur la mise en compatibilité des documents d’urbanisme nécessaire au projet, l’instruction de l’autorisation environnementale par les services de l’Etat va se poursuivre pendant deux mois.

« A la suite de ces deux procédures conjointes, il appartiendra au préfet de la Gironde de prendre sa décision », indique ce dernier dans un communiqué.

Un appel solennel à la responsabilité du préfet

Etienne Guyot a justement reçu ce lundi une « lettre des riverains de Parempuyre, Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand », cosignée par la Sepanso et plusieurs associations de ces communes, opposées au projet EMME. Elles lui demandent « solennellement de faire preuve de responsabilité » et « de refuser cette implantation », au vu du contexte « d’inondations majeures ».

« Non, on ne construit pas en zone inondable. Non, on ne modifie pas l’hydrologie d’une zone humide située dans le lit majeur de la Garonne, car l’eau qui n’est pas stockée ici ira nécessairement ailleurs, avec des conséquences potentiellement graves », écrivent-ils.

Alors que « le réchauffement climatique et les bouleversements qu’il entraîne exposent toujours
davantage les populations vivant à proximité des fleuves, rivières et zones littorales », ils rappellent que dans ces épisodes de crues, « les marais de Parempuyre jouent pleinement leur rôle de zone d’expansion et de stockage des eaux » :

« Les photographies, les témoignages des riverains et les vues aériennes prises ces derniers jours attestent d’un marais aujourd’hui gorgé d’eau, absorbant des volumes considérables qui, sans cela, se déverseraient ailleurs », protégeant notamment Bordeaux et sa métropole.

Et d’interpeller à nouveau les élus de cette dernière : « 35 d’entre vous suffisent pour demander la tenue de ce conseil extraordinaire », permettant d’obtenir un débat « et d’assumer collectivement une décision claire ».


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