Lorsqu’il arrive à Rambaud pour y redoubler sa sixième au milieu des années 1970, Arnaud Fusté Lambezat ignore qu’il y vivra l’enfer. Ce fils d’artiste, à l’époque en situation d’isolement familial, dit aujourd’hui y avoir subi non seulement des violences physiques, mais aussi, et pendant près de deux ans, des viols et agressions sexuelles de la part du surveillant général de l’établissement, Georges F.
« Pendant des heures d’étude ou pour des raisons que j’ignore, je me retrouvais souvent dans son bureau. Je devais m’asseoir sur le “siège invité”, à droite en entrant. Il fermait toutes les portes à clé », raconte-t-il aujourd’hui à Rue89 Bordeaux.
Le surveillant, aujourd’hui décédé, lui faisait ensuite subir, selon ses dires, divers sévices sexuels à l’abri des regards : fessées, caresses sur le sexe, fellations forcées, mais aussi viols digitaux et éjaculations sur lui à « deux reprises ».
« Il disait qu’il m’aimait et que je ne devais en parler à personne, me montrait ensuite le crucifix au mur et me promettait toutes les misères du monde si je parlais à qui que ce soit », détaille le sexagénaire.
Aujourd’hui, ce musicien professionnel estime avoir été personnellement ciblé du fait de sa situation d’isolement, une fragilité dont son agresseur aurait sciemment joué.
D’autres anciens élèves de ce collège privé catholique font état de violences sexuelles, attribuées elles à un autre surveillant, Jean-Marie C. , lui aussi décédé selon nos informations. Certaines se seraient déroulées à la vue de tous. Au cours d’une sortie en forêt, ce dernier aurait, après avoir « désigné » un élève, « incité ses camarades à lui faire des choses », pendant qu’il « se masturbait », raconte Pierre Debacq, aujourd’hui âgé de 64 ans. Un épisode qui l’a profondément marqué.
Un autre élève accuse ce même Jean-Marie C. de s’être « frotté » à lui dans la bibliothèque de l’établissement, que le surveillant lui avait proposé d’aider à nettoyer. « J’ai prétexté une crise d’asthme à cause de la poussière pour quitter les lieux », se souvient Serge* (* pseudonyme), aujourd’hui retraité.
Parmi la demi-douzaine de témoignages d’anciens élèves recueillis par Rue89 Bordeaux, seuls trois ont déposé plainte, en partie encouragés par la vague de révélations autour de Bétharram, et, plus récemment, par les témoignages concernant l’ensemble scolaire Saint-Genès à Bordeaux. Tous décrivent parallèlement un climat de violence généralisé, entretenu majoritairement par les surveillants, et couvert par la direction de l’établissement.
Dernière étape avant Bétharram
Rattaché à l’ensemble scolaire Rambaud-La Sauque, à La Brède, cette ancienne propriété viticole est rachetée en 1967 par la congrégation vauclusienne Notre-Dame de Vie de Vénasque, qui en reste propriétaire jusqu’au début des années 1980, selon le site de l’établissement. Contactée à plusieurs reprises, celle-ci n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Réservé aux garçons jusqu’en 1986, le collège Rambaud compte aujourd’hui environ 600 élèves, moitié moins à l’époque, estiment les anciens étudiants. Déjà sous contrat d’association avec l’État, il accueille, dans les années 70, aussi bien les fils de notables girondins que des jeunes en plus grande fragilité sociale. Pédagogiquement, c’est alors une « très bonne école » jusqu’au début des années soixante-dix, période au cours de laquelle Jean-Paul D. en prend la tête.
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