En ce lundi matin, il flotte à Saint-Savin des airs de début de semaine ordinaire, bien plus que de tournant politique historique. Historique, le moment l’est pourtant : avec Laruscade, distante d’une dizaine de kilomètres, cette commune de 3500 habitants est l’une des deux premières de Gironde à basculer entre les mains de l’extrême droite.
Frédérique Joint, investie par le Rassemblement national (RN) a obtenu 768 voix, soit 51,37 % des suffrages exprimés. Son adversaire, Jean-Luc Besse, jusque là premier adjoint du maire sortant, Alain Renard, élu depuis 1983 et qui ne se représentait pas, n’en a récolté que 727.
L’ancienne conseillère municipale d’opposition, à la tête de la liste « Nouveau cap, nouvelle ère » a donc réussi là où la patronne du RN dans le département avait échoué il y a 6 ans : Edwige Diaz avait recueilli 43,80 % des votes lors d’un premier tour qui ne comptait déjà que deux candidats.
« C’est le travail de terrain qui a payé, le fait d’aller à la rencontre des habitants », commence Frédérique Joint.
« Il fallait du changement »
Pour la plupart des Saint-saviniens rencontrés ce lundi matin, les origines du RN, héritier d’un parti fondé par d’anciens SS et collaborateurs, ne posent pas vraiment problème. « Chaque parti a son vécu », évacue Jérémy, 36 ans et père d’un jeune garçon.
« Il fallait du changement. Quel que soit le parti, c’est ça qu’on demandait. Après on est une commune ouverte et on le reste. On a voté pour des gens qu’on connaît sur cette liste, qui travaillent bien, et qui ne partagent pas les idées de l’extrême droite », assure Stéphanie, qui vit à Saint-Savin depuis 25 ans.
« La défaite idéologique, elle est vraiment là », souffle Paul* (* pseudonyme), 55 ans, le visage défait. Il est l’un des rares habitants rencontrés à s’émouvoir de la victoire du RN :
« On est devenus la première ville de Gironde à tomber dans les griffes de l’extrême droite et on a le sentiment qu’il n’y a que deux camps : ceux qui s’en réjouissent et ceux qui s’en foutent. Moi je m’en indigne. Mais je peux vous dire qu’on n’est pas beaucoup. Pas assez. J’ai les boules. La bête immonde, elle est là, chez nous. »

Cet article fait partie de l’édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d’une offre découverte à 1€.
Contribuez à consolider un média indépendant à Bordeaux, en capacité d’enquêter sur les enjeux locaux.
- Paiement sécurisé
- Sans engagement
Déjà abonné⋅e ?
Connectez-vous
Chargement des commentaires…