Sur les réseaux, une décision « respectable » ou « une trahison de ses électeurs »
Sur les réseaux sociaux, les réactions pleuvent après le retrait de Philippe Dessertine. Il y a ceux qui saluent cette décision : « Bravo Monsieur Dessertine Vous êtes digne et profondément respectable » ; « Merci à lui… c’est mieux pour Bordeaux » ; « Il a pensé aux bordelais, c’est bien ce qu’il a fait et c’est courageux d’assumer », peut-on lire sous un post de Sud Ouest sur Instagram.
Parmi ces commentaires, beaucoup se réjouissent déjà de voir Pierre Hurmic perdre son siège au Palais Rohan ce dimanche. Avec ce revirement, le maire sortant n’est pas dans la position idéale : s’il réunissait 27,68% des suffrages lors du premier tour, il était talonné de près par Thomas Cazenave (25,58%) et Philippe Dessertine complétait le podium (20,20%).
Si les voix de l’économiste se reportent vers la candidature du macroniste, dur d’imaginer une victoire pour le maire sortant. Mais c’est loin d’être acquis, à en croire les réactions de certains de ses soutiens, qui ont toujours rejeté un ralliement à Thomas Cazenave.
D’autres internautes en revanche restent incrédules. « Desserte ne trahit-il pas ses électeurs en renonçant au 2e tour ? », s’interroge un lecteur de Rue89 Bordeaux en commentaire de ce direct. « De quelle menace a donc été victime Dessertine qui se retire sans même fusionner à Bordeaux !? En contradiction totale avec ses engagements et ses équipes encore mobilisées sur le terrain lundi… », s’étonne quelqu’un sur X.
Certains se permettent même d’ironiser : « Un homme de parole, en moins d’un jour il se retourne la veste » ; « Ah c’est marrant dimanche soir il disait respecter les Bordelais qui ne voulaient pas de manigances politique de ce genre ».
« Un choix binaire entre macronisme municipal et écologie à la bordelaise »

Pierre Hurmic a lors d’un point presse rendu lui aussi hommage à Philippe Dessertine, fustigeant les conditions dans lesquelles celui-ci s’est retiré :
« Il portait une vision et un projet pour Bordeaux que je ne partageais pas mais qui avait le mérite d’exister et faisait contraste avec celui des candidats encore en lice, qui se contentaient pour projet d’un dénigrement systématique de Bordeaux. Je déplore aussi les méthodes employées. j’ai entendu parler ce soir d’attaques, de coups bas, de pressions (…) d’une sorte d’importation de la brutalité du débat politique national ici à Bordeaux et ces méthodes n’ont pas leur place ici. »
Il estime que beaucoup de ses concitoyens « choqués par de telles méthodes se retrouveront derrière un candidat qui ne les a pas habitué à ça », vantant « sa détermination, sa constance et son éthique ». Concernant ses réserves de voix, qui deviennent beaucoup plus faibles que celle de son rival, Thomas Cazenave, le maire sortant relève que l’abstention a été beaucoup plus forte dans les bureaux de gauche que dans les bureaux de droite.
Pierre Hurmic ne s’est pas dit inquiet de cette configuration de duel pour le second tour, où le choix sera « simple et binaire entre un macronisme à la bordelaise et une écologie à la bordelaise, qui n’est pas juste de l’écologie, mais une écologie juste, qui sait décliner les impératifs de solidarité ».
« Ce soir je me sens encore plus déterminé et combattif pour éviter aux Bordelaises et Bordelais de se réveiller lundi matin avec l’installation du macronisme municipal », au moment où ce dernier « a considérablement abimé le pays ». Il attaque ceux qui voient dans ces élections « un plan B pour les macronistes obligés de quitter le pouvoir parisien par la porte et qui veulent s’installer localement par la fenêtre ».
« Une décision qui honore Philippe Dessertine »

Lors d’un point presse, Thomas Cazenave a salué le retrait de Philippe Dessertine, « une décision très difficile, qui l’honore », et qui, selon le candidat macroniste, permet « l’alternance indispensable à Bordeaux ». « Nous avons cherché à faire le rassemblement le plus large possible, » rappelle le député Renaissance, précisant avoir déposé sa liste « à la dernière minute pour lui laisser le choix d’une alliance ».
Sans s’offusquer que l’économiste n’ait pas appelé à voter pour lui, Thomas Cazenave tente d’ores et déjà de convaincre les 20% de l’électorat qui s’étaient porté sur lui que leurs projets « ont beaucoup de points de convergence », citant la place de l’économie, le nettoyage des trottoirs, la vidéosurveillance ou l’éclairage nocturne.
« Une nouvelle campagne commence avec un choix clair, deux visions différentes » opposant Thomas Cazenave et Pierre Hurmic, qui appelle son électorat « à se mobiliser massivement dimanche prochain », pour un scrutin qui s’annonce dans tous les cas serrés. Au premier tour, le maire sortant a devancé de peu (27,7% contre 25,6%) l’ex ministre des comptes publics.
« Je vais voter Hurmic », lâche une supportrice de Dessertine
Françoise, 75 ans, réagit au retrait de son candidat : « Je vais voter Pierre Hurmic avec certitude. J’avais un espoir formidable, ce soir il est anéanti, je suis très malheureuse. J’ai perdu un homme remarquable, intègre, droit (NDLR : Philippe Dessertine) qui avait projet sensationnel, sacrifié pour des calculs politicards, c’est indigne de notre pays ».
Nicolas Pereira, ancien conseiller municipal dans le groupe d’opposition Bordeaux Ensemble, affirme comprendre Philippe Dessertine : « C’est lui le candidat, c’est lui qui prend le risque. Cela nous a un peu surpris mais on a compris les raisons de son choix et en tant que colistier on doit soutenir notre candidat jusqu’au bout. »
L’ex colistier de l’économise, qui soutenait précédemment Nathalie Delattre (avant dernière de la liste de Thomas Cazenave), affirme désormais ne pas encore savoir pour qui il votera au second tour.
« Le système n’aime pas les candidats hors système »
Interrogé sur les raisons de son rétropédalage, alors qu’il jurait dimanche soir après le scrutin qu’il pouvait devenir maire de Bordeaux, Philippe Dessertine indique que les deux jours qui ont suivi sont faits pour « donner le temps de la réflexion aux candidats qualifiés ». Il assure qu’il n’a pas cédé à des pressions, alors que toute la droite et le président de la République soutiennent Thomas Cazenave, seul candidat macroniste à pouvoir gagner une ville importante.
« Des pressions j’en reçois et nous en recevons depuis 6 mois. Nous sommes des candidats hors système et le système n’aime pas les candidats hors système. Nous prenons nos décisions sans demander à personne. Ni à l’Elysée ni à personne d’autre. »
Pas question par ailleurs de fusionner avec la liste du député Renaissance – « Cela ne m’intéresse pas » -, car il « représente le macronisme ». Dans son discours, il renvoyait ce dernier et Pierre Hurmic dos à dos :
« Je crois plus que jamais que ce système politique que nous avons côtoyé de très près est la cause principale des difficultés que rencontre notre ville et plus largement note pays. Je crois, nous croyons tous qu’il est possible de faire de la politique autrement qu’en multipliant les pressions, les coups bas et les attaques. La démocratie reprendra tout son sens quand les projets d’avenir redeviendront le cœur des débats des campagnes électorales, ce moment n’est pas encore venu », conclut-il prédisant « 6 années à venir difficiles ».
« J’ai pris la décision de me retirer dès ce soir de la course à la mairie de Bordeaux »
Peu après 19h, Philippe Dessertine a fait une déclaration écrite pour expliquer son retrait : « Je prends acte du vote exprimé dimanche dernier 15 mars. Je constate que notre démarche citoyenne (…) a convaincu 20228 électrices et électeurs », soit « 20,2% des suffrages exprimés, qui sont insuffisants cependant ».
« Je dois me rendre à l’évidence, la victoire dimanche prochain n’est pas envisageable, je le regrette profondément. Conformément à nos principes, nous ne sommes entrés dans aucune discussion, aucune tractation aucune négociation. J’ai donc pris la décision de me retirer dès ce soir de la course à la mairie de Bordeaux. »
Aucun de ses colistiers ne va rejoindre la liste de Thomas Cazenave, a-t-il ensuite précisé à la presse, indiquant qu’il n’appelait à voter pour aucun candidat.

À la Maison cantonale, dans le quartier de la Bastide à Bordeaux, Philippe Dessertine devait tenir le deuxième meeting de sa campagne d’entre les deux tours. Ses partisans l’attendent avec la crainte d’une annonce d’un retrait. La rumeur a déjà fait le tour et la déception est sur les visages. Aucun ne souhaite s’exprimer avant l’allocution de l’ex candidat, qui n’a pas présenté de liste pour le second tour.
« Celui qui a perdu la ville il y a 6 ans s’appelle Thomas Cazenave », disait Philippe Dessertine
Le désistement de Philippe Dessertine est un vrai coup de théâtre. L’économiste libéral, qui a dépassé les 20% dimanche soir, a toujours affirmé qu’il irait jusqu’au bout, refusant toute négociation d’appareil. « Personne ne nous voit passer de 20 % à 30 % en fin de semaine, comme personne ne nous a vus arriver à 20 % au premier tour. On progresse, les autres candidats baissent : la dynamique continue », déclarait-il dimanche soir.
Le 10 mars, lors d’une conférence de presse, le candidat sans étiquette égratignait ce rival auquel il dégage aujourd’hui la route : « Celui qui a perdu la ville il y a 6 ans s’appelle Thomas Cazenave. Il y a 6 ans, Thomas Cazenave par un accord improbable, alors qu’il était largement minoritaire, avec le maire sortant Nicolas Florian a réussi par ce tour de passe-passe à perdre la ville. »
Il fustigeait en ces termes toute discussion : « Lorsque nous sommes en démocratie, nous ne sommes pas propriétaires de nos votes. Si les personnes qui votent pour moi continuent de voter pour moi c’est qu’elles estiment qu’aucun autre choix ne peux les satisfaire. » Et s’adressait directement, à travers la presse, au candidat macroniste, qui avait additionné dans un visuel les scores que leur prédisait un sondage pour conclure que Bordeaux était gagnable :
« Comment peux-tu imaginer que les électeurs vont décider au second tour de la sorte ? Tu n’en sais rien ! Tu dois respecter la démocratie, tu dois respecter l’élection. Je n’en peux plus de ces rumeurs de calculs, de ces rumeurs de négociations, toutes fausses, autant qu’elles sont avec comme seul but de salir la logique démocratique. »
Nordine Raymond, candidat (France insoumise) éliminé au premier tour, réagit à cette nouvelle d’un duel Hurmic-Cazenave. Selon lui, le député Renaissance est un très mauvais candidat de second tour, en raison d’un « plafond de verre » lié à son positionnement macroniste, qui complique son ancrage à droite :
« Il est vu par des électeurs bourgeois traditionnels de la droite à la fois comme quelqu’un d’assez rigoureux sur les comptes publics, et à la fois comme quelqu’un qui peut faire des trucs un peu « woke », type la PMA pour les couples lesbiens, ce genre de choses très décriées à droite. »
Conséquence, à ses yeux : Il va avoir de mal à rassembler les partisans de Dessertine » et même « les partisans de l’extrême droite, qui se seraient reportés très facilement sur Dessertine mais auront plus de mal sur un macroniste. Donc je pense que Cazenave peut perdre des voix. »
Pour Nordine Raymond, Pierre Hurmic devra néanmoins réaliser une équation difficile, en allant « chercher la totalité des voix à sa gauche – 17 000 ». Il précise : « Autant les électeurs LFI, je n’ai pas de doute, ils votent pour le candidat de gauche. Ceux de Poutou et les autres, c’est déjà un peu plus compliqué. » Le candidat écolo « va devoir à la fois convaincre des électeurs de gauche radicale, tout en continuant de parler à des électeurs de centre ».
Le candidat sorti au premier tour dit cependant ne pas vouloir faire une « déclaration publique pour appeler à voter Pierre Hurmic ». « Nos électeurs savent ce qu’ils ont à faire. On n’en est pas propriétaires. »
Bonsoir et bienvenu dans ce live ! On se dirige finalement vers un duel à Bordeaux. Le candidat indépendant Philippe Dessertine a annoncé la tenue à 19h d’une « allocution publique » destinée à « clarifier son positionnement par rapport à ses principaux adversaires ».
Selon Sud Ouest, ce dernier n’a pas déposé de liste pour le second tour, confirmant nos informations sur un retrait du candidat, ou une fusion des deux listes de centre-droit.
L’économiste libéral, qualifié pour le second tour des municipales à Bordeaux, devait tenir un meeting ce mardi soir. De son côté, Thomas Cazenave, qui avait convoqué la presse à 18h pour une nouvelle communication sur la configuration du second tout, a repoussé ce rendez-vous à 20h, après la prise de parole de Philippe Dessertine.
![[Fil infos municipales 2026] Philippe Dessertine se retire de la course à la mairie de Bordeaux](https://rue89bordeaux.com/wp-content/uploads/2026/03/unes-1-2.png)
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