Société 

Comment bouter les déchets hors des plages aquitaines

actualisé le 08/08/2014 à 11h44

Sur le parking de la plage du Porge, ce panneau invite les visiteurs à remporter leurs déchets (DR)

Sur le parking de la plage du Porge, ce panneau invite les visiteurs à remporter leurs déchets (DR)

Rendues nécessaires par les intempéries de l’hiver, des opérations de collecte des déchets se poursuivent sur le littoral tout l’été, à l’initiative d’associations, telles Surfrider Foundations et GreenSea, ou de collectivités. Pour inciter les touristes à repartir avec leurs déchets, Le Porge est même la première commune de France sans poubelle sur ses plages !

GreenSea

GreenSea

En Gironde, les tempêtes hivernales et la forte houle ont ramené des tonnes de déchets sur les plages. Depuis le printemps, pour la 19e année consécutive, Surfrider Foundation Europe, ONG européenne militant pour la protection du littoral et des océans, œuvre pour s’en débarrasser en organisant de grandes collectes de déchets accompagnées d’une sensibilisation à cette problématique : les Initiatives Océanes.

Pendant la période estivale, les mairies prennent le relais pour accueillir les vacanciers dans les meilleures conditions. Les ramassages volontaires se poursuivent néanmoins l’été. Ainsi, le 29 juillet, un nettoyage s’est déroulé sur une plage de Montalivet, le 30, un autre a eu lieu sur les bords du lac Marion à Biarritz, lui aussi touché par la pollution.

En août, d’autres plages, dans les Landes cette fois, se referont une beauté… Au total, une centaine de collectes ont d’ores et déjà eu lieu sur le littoral girondin, grâce à l’aide de bénévoles. Elles ont attiré 4000 personnes environ, de tous les âges, bien décidées à arpenter le rivage, sac-poubelle à la main, pour ramasser ces déchets.

« Jeter par terre, c’est jeter en mer »

Parrainées par l’ancien footballeur Bixente Lizarazu, lui-même surfeur, ces « initiatives océanes » ont pour thème cette année : « Jeter par terre, c’est jeter en mer ». Au gré du vent, de la pluie, des cours d’eau, les déchets finissent en effet tôt ou tard dans les océans.

« Selon le Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE), 80 % des déchets marins proviennent du continent, souligne en effet Jérémie Pichon, responsable du bureau Aquitaine de Surfrider Foundation, à Bordeaux. L’océan est la poubelle de la planète alors qu’il joue un rôle essentiel dans son fonctionnement. C’est pourquoi nous sensibilisons les citadins, des villes proches ou éloignées du littoral, et notamment de Bordeaux, sur les mégots et autres déchets qu’on abandonne dans la rue : ils sont entrainés ensuite dans la Garonne, filent dans l’estuaire et terminent leur course dans l’océan. »

Tous les océans du monde charrient des débris de plastique

Le chiffre fait froid dans le dos : 88 % de la surface des océans serait polluée par des micro-fragments de plastique, selon une étude parue le 30 juin dans les prestigieux Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS). Transportés par les courants océaniques, les objets en plastique sont réduits en tout petits fragments par les rayonnements solaires et sous l’action des vagues. Ils peuvent ensuite être absorbés par les poissons et autres animaux marins, et causer leur mort par obstruction. Ils contiennent aussi des contaminants qui s’accumulent dans les organismes les ingérant.

C’est résultats ont pu être obtenus grâce à une expédition du Centre supérieur de la recherche scientifique (CSIC) de l’Université de Cadiz en Espagne, en 2010 avec plus de 400 chercheurs internationaux dans les océans Indien, Pacifique et Atlantique. Ces micro-plastiques représentent entre 7000 et 35 000 tonnes et se concentreraient davantage dans le Pacifique Nord.

Les principaux résidus trouvés dans ces déchets sont le polyéhtylène et le propylène, des polymères utilisés dans la fabrication d’objets du quotidien comme des sacs, des contenants alimentaires et de boissons, des ustensiles de cuisine ou des jouets.

Selon l’Organisation des nations unies (ONU), ces déchets plastiques provoquent des dégâts estimés à au moins 13 milliards de dollars et menacent la vie marine, le tourisme et la pêche.

Le plastique : 75 % des déchets

Environ 200 kilos de déchets sont déversés chaque seconde dans les océans, soit 6,5 milliards de kilos de déchets par an à travers le monde. Dans le Top 10 des détritus les plus ramassés, on trouve des bouteilles (en plastique), des sacs (plastiques), puis du matériel de pêche (bouts de filets, flotteurs…), les produits d’hygiène (cotons-tiges, applicateurs de tampons, shampooings, gel douche…) et les mégots.

« Les trois quarts des déchets collectés sont constitués de plastique, précise Jérémie Pichon, un matériau qui ne se dégrade pas bien : par exemple, le PET (polytéréphtalate d’éthylène), un plastique dur, met jusqu’à 400 ans pour disparaître. Une partie est ingérée par la faune marine. Les animaux ne font pas la distinction : ça flotte, ils le mangent. Or ils ne digèrent pas le plastique, qui provoquent des occlusions. On estime que 100 000 mammifères marins (dauphins, baleines, tortues…) meurent ainsi chaque année. »

En outre, sept déchets sur dix finissent par couler au fond de l’océan, constituant une sorte de tapis qui asphyxie les fonds marins et fait disparaître la vie.

Une goutte d’eau dans un océan

En 2013, 43 884 personnes ont participé à des collectes en Europe, 1892 m3 de déchets ont été ramassés, soit l’équivalent de ¾ d’une piscine olympique de 2500 m3.

« C’est un grain de sable dans un désert par rapport à tous les déchets qui arrivent chaque jour, admet Jérémie Pichon. Mais ce que nous souhaitons avant tout, par le biais de cette action de terrain, c’est sensibiliser le grand public à cette pollution et l’informer sur les moyens de l’éviter : réduire notre consommation et notre production de déchets, réutiliser au maximum et recycler toujours plus ! C’est à la source qu’il faut agir ! La prise de conscience a eu lieu, mais le passage à l’action est plus délicat. Il faut dire qu’il n’y a pas de législation et d’outils politiques coercitifs qui interdisent les emballages. »

Préoccupée par la prolifération du plastique dans les océans, l’association Surfrider Foundation s’est engagée en 2013 à faire du lobbying auprès de l’Union européenne pour interdire les sacs plastiques à usage unique. Ces sacs ont une durée d’utilisation de quelques minutes, puis mettent un à quatre siècles à se dégrader dans l’environnement. Très légers, ils s’envolent facilement et finissent par échouer en mer.

La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a promis une interdiction des sacs en plastique à usage unique (sacs de caisse) à partir du 1er janvier 2016. Ils devraient être remplacés par des sacs compostables ou biodégradables. Et pourquoi pas de sac du tout ? On peut toujours réutiliser.

Arrêtez l'invasion des déchets (Surfrider Foundation)

Arrêtez l’invasion des déchets (Surfrider Foundation)

Devenez des « éco-héros » avec GreenSea

Autre initiative, même combat : l’association GreenTrek créée en 2011 par quatre passionnés de rando convie les volontaires à collecter les déchets sur les sentiers de randonnée. Elle équipe les marcheurs de sacs en coton bio, issus du commerce équitable, réutilisables, que l’on porte à la ceinture ou en bandoulière et que l’on vide par le bas grâce à une fermeture éclair.

Consciente que les déchets marins sont en grande partie d’origine continentale, GreenTrek a lancé cette année une nouvelle initiative qui se déroule de juillet à septembre: « GreenSea », pour protéger les mers et océans. Elle consiste à distribuer auprès de vacanciers, sportifs et habitants de la côte ouest française, 3000 de ces sacs éco-conçus. L’opération a été lancée le 28 juin aux Îles du Ponant (Belle-Ile-en-Mer, Groix, Ouessant, l’ïle d’Yeu, l’ïle d’Aix), des communes qui ont la double particularité d’être habitées toute l’année sans être reliées par un pont au continent.

Depuis la création de l’association, 6 tonnes de déchets on pu être ramassées, selon les estimations de GreenTrek, qui distribuera plus de 20 000 sacs cette année, via les boutiques Nature & Découvertes, les offices du tourisme, les structures d’hébergement à proximité des principaux chemins de grandes randonnées (GR) ou des parcs naturels.

« C’est un petit geste pour chacun mais un grand pas pour la collectivité », se réjouit Antoine Dary, 30 ans, cadre financier à Paris et fondateur de l’association.

De son côté, l’Union européenne pilote la journée européenne de nettoyage (ECUD). L’événement se déroule dans toute l’Europe le même jour et vise à impliquer un maximum de citoyens volontaires pour nettoyer des mers, plages, forêts… La prochaine journée aura lieu le 8-10 mai 2015.

La grande distribution commence aussi à s’emparer du problème, peut-être à des fins marketing. Quoi qu’il en soit, les centres E.Leclerc reconduisent pour la 17e année l’opération « Nettoyons la Nature ». Elle se déroulera les 26, 27 et 28 septembre prochains et rassemble des bénévoles qui s’engagent pour quelques heures ou quelques jours à collecter les déchets des forêts, quartier, plage, berges…

Déchets sur une plage des Landes (Surfrider Foundation/DR)

Déchets sur une plage des Landes (Surfrider Foundation/DR)

Une plage sans poubelle

Ramasser les déchets, c’est bien. Eviter qu’ils se dispersent, voire les prévenir à la source, c’est mieux. La commune du Porge (Gironde) fait un pas dans ce sens : elle a lancé début juillet une opération sans précédent en France, « Plage sans poubelle ». Il n’y en a désormais plus aucune sur sa façade du littoral longue de 13 km et pourtant fréquentée par 600 000 visiteurs par an avec des pics de 30 000 personnes par jour le week-end. La municipalité entend ainsi inciter les visiteurs à repartir avec leurs déchets.

« Les poubelles débordantes sur la plage, ce n’était pas très esthétique, ni satisfaisant car des déchets insalubres s’entassaient, souligne Frédéric Moreau, élu chargé de la délégation “plages”. Nous souhaitons impliquer les individus dans la gestion des déchets, les rendre plus responsables et marquer les esprits. En montagne, il n’y a pas de poubelles, et ça fonctionne ! »

Pour convaincre les baigneurs de changer de comportement, la mairie a conçu des panneaux sur lesquels figurent tour à tour différents écoliers de la commune nous enjoignant, par le tutoiement, de rapporter nos déchets chez nous. Traduites en anglais et en allemand, une douzaine de ces affiches ont été placées sur les parkings et les principaux accès de la grande plage du Gressier.

En parallèle, la mairie a embauché deux jeunes pour les mois de juillet et deux autres pour le mois d’août pour débarrasser chaque matin la côte des déchets sauvages abandonnés par les récalcitrants. Mais aussi discuter avec les estivants et les sensibiliser à la protection de l’environnement, avec l’aide d’un employé municipal.

Un mois après le début de l’initiative, le bilan est positif :

« Pour l’instant, nous sommes contents, raconte Frédéric Moreau. La plage est propre, la participation positive, notamment celle des écoles de surf. Globalement, les Porgeais et les commerçants locaux sont satisfaits. Nous avons reçu des mails d’encouragement. Mais nous devons rester vigilants car rapidement des dépôts sauvages se forment. C’est un vrai choix politique. Nous aurons tout le temps de faire machine arrière si cela ne fonctionne pas. »

D’autres municipalités de Gironde (Hourtin, Lacanau, Carcan et Lège-Cap-Ferret) et de Charente-Maritime semblent d’ores et déjà intéressées par l’opération et viennent s’en inspirer.

Une facture à partager ?

Sur la petite commune du Porge – 2700 habitants en hiver, 10 000 en été -, pas moins de 26 tonnes de déchets ont été collectées en 2013 sur la plage et 800 tonnes sur le parking de 3225 places – le plus grand de la côte Atlantique !

Une montagne de déchets qui a engendré une dépense de 85 000 euros – environ 44 centimes d’euros par visite – en ramassage et traitement. La facture salée a été payée à 70 % par la commune et 30 % par l’Office nationale des forêts. Alors que 72 % des visiteurs proviennent de… la Gironde. Le Porge souhaiterait donc que l’agglomération bordelaise – d’ailleurs consciente d’être le principal usager de la plage – mette un peu la main au porte-monnaie.

La commune étudie aussi d’autres approches incitatives comme distribuer des sacs poubelles recyclables aux vacanciers (via un distributeur automatique par exemple), installer d’ici un ou deux ans des poubelles « drive » avec containers enterrés et un tri sélectif au niveau d’une bretelle routière ou encore rendre les parkings payants… Une réflexion est en cours avec le Groupement d’intérêt public (GIP) « littoral ».

Toutefois, toutes ces initiatives pourraient rester vaines si rien n’est fait en amont pour réduire notre « production » de déchets. Celle-ci ne cesse d’augmenter : aujourd’hui, un Français produit 420 kg de déchets par an, deux fois plus qu’il y a 40 ans. Et de plus en plus de pays s’alignent sur notre mode de vie. A l’inverse de l’Atlantide, le 7e continent de plastique n’est pas prêt de disparaître.

L'AUTEUR
Florence Heimburger
Florence Heimburger
Journaliste indépendante
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