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Bordeaux Métropole valide le tramway vers l’aéroport

A l'intérieur de la Liane 1+, qui sera remplacée en 2019 par un tramway (SB/Rue89 Bordeaux)

A l’intérieur de la Liane 1+, qui sera remplacée en 2019 par un tramway (SB/Rue89 Bordeaux)

Fin 2019, la ligne A du tramway sera prolongée de 5 kilomètres entre Mérignac et l’aéroport, permettant de desservir une zone d’activité en plein boom. Mais le coût fait encore débat.

« Historique ». Ce vendredi à la tribune du conseil de Bordeaux Métropole, son premier vice-président Alain Anziani salue une « délibération essentielle pour le développement de l’agglomération ». Les élus métropolitains ont en effet voté le prolongement de la ligne A du tramway pour raccorder l’aéroport aux centres-villes de Bordeaux et Mérignac, confirmant le choix du bureau annoncé le 22 janvier dernier.

Plus précisément, ils ont entériné le bilan de la concertation publique, lors de laquelle une majorité des participants (74%) se sont prononcés pour le tram. Seront donc construits 5 kilomètres en voie unique, avec 4 stations depuis « Quatre Chemins » (dont 2 extra rocade, devant Cofinoga et au niveau de l’aéroport). La livraison est attendue fin 2019.

«L’aéroport restait le seul équipement majeur non desservi par un transport en commun en site propre (TCSP), il sera désormais raccordé directement à Cenon et Lormont, sur la rive droite, poursuit Alain Anziani, également maire de Mérignac. Mais il ne s’agit pas uniquement de transporter des passagers de l’aéroport : il y a 35000 emplois dans la zone, il s’en crée 1000 nouveaux chaque année, avec notamment les 2500 salariés attendus en octobre sur le nouveau site de Thalès. C’est une contribution majeure aux besoins de l’agglomération ».

« Pertinence pas évidente »

Majeure, mais coûteuse : certains conseillers métropolitains ont rappelé que pour le même prix – 72 millions d’euros hors taxes-, il était possible de construire une ligne entière de BHNS (bus à haut niveau de service) entre les Quinconces et l’aéroport, plutôt que 5 kilomètres de tram depuis le centre de Mérignac.

« Nous retombons dans nos travers de vouloir faire du tramway à tout prix, souligne par exemple Léna Beaulieu, élue communiste de Mérignac. Un rapport de grande qualité montrait pourtant que sa pertinence n’était pas évidente, en terme de temps de parcours comme de report modal ».

Regrettant au passage le processus de décision très cogestionnaire entre maires de l’agglomération, le conseiller métropolitain écologiste Pierre Hurmic renchérit :

« La liane 1+ fonctionne bien, elle permet d’aller du centre de Bordeaux à l’aéroport en 50 minutes. Cela vaut il le coup de dépenser autant pour gagner 10 minutes en période de pénurie d’argent public ? Surtout, le report modal de la voiture particulière vers les transports collectifs est bien meilleur dans le cas du BHNS – 2500 personnes par jour, contre 1200 pour le tramway. »

Bouchons

Mais sur 15 kilomètres au lieu de 5, concède de lui même l’élu Bordelais. Alain Anziani ajoute que dans ses prévisions de trafic, l’enquête publique « n’anticipait pas les 3000 nouveaux logements qui vont être créés à Mérignac sur le tracé du tramway, ni le projet de pôle tertiaire de l’aéroport, 45ème Parallèle (centre de congrès, hôtel 4 étoiles, bureaux …) ».

Entre le campus Thalès, les arrivées de Dassault Falcon Services et de Safran Herakles, les salariés vont affluer dans la zone aéroportuaire, et les responsables de la Métropole s’inquiètent des perspectives de bouchons dans une zone déjà saturée aux heures de pointe. Aussi, en attendant l’arrivée du tram, fin 2019, des navettes seront prochainement mises en service dans le quartier, et les aménagements doux pour piétons et deux-roues renforcés.

Entretemps, fin 2018, un bus à haut niveau de service devrait effectuer la liaison entre l’aéroport et la gare Pessac Alouette, pour rallier ensuite la gare Saint-Jean en TER.

« Reste qu’il faudra améliorer le cadencement des TER entre la gare de Pessac Alouette et la gare Saint-Jean de Bordeaux. Il est aujourd’hui de 30 minutes, ce qui est contre-productif », estime Michel Labardin, vice-président de la  Métropole chargé des transports de demain.

Ceux qui m’aiment prendront le tram

Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, indique « poursuivre les discussions avec la Région dans ce but », ajoutant avoir « un peu de mal » à faire avancer l’idée d’un syndicat mixte fédérant les autorités organisatrices de transports locaux (TER, Transgironde, TBM…). Et en off, certains élus ne croient d’ailleurs guère que la SNCF voudra arrêter tous les quart d’heure à Pessac Alouette ses trains à destination (ou en provenance) d’Arcachon ou de Mont-de-Marsan.

Côté financement, l’élu écologiste Gérard Chausset a proposé de faire participer l’aéroport au tramway :

« Ce sera un des principaux bénéficiaires, il peut être mis à contribution comme l’a été Carrefour pour l’aménagement des ronds-points à Mérignac-Soleil ».

Mais l’idée n’emballe guère Alain Juppé :

« On peut mettre à contribution l’aéroport, mais c’est nous qui paierons puisque les collectivités en détiennent 40% ».

L’Etat reste cependant actionnaire majoritaire d’une entreprise qui engrange certes de nouveaux passagers grâce au low cost, mais pourrait en perdre 800 000 avec l’arrivée de la LGV Bordeaux-Paris. Chez ceux qui prendront toujours l’avion en 2019, combien utiliseront le tramway ?

Une ligne de bus express sur l’A10 à l’étude

Bordeaux Métropole et Vinci Autoroutes / ASF vont mener une étude conjointe sur la faisabilité d’aménagements permettant la circulation d’une ligne de bus express et/ou la pratique du covoiturage sur l’A10, entre Saint-André de Cubzac et l’ouest de l’agglomération bordelaise. Objectif : répondre au défi de la congestion croissante de cet axe routier, où circulent jusqu’à 55 000 véhicules/jour (dont 12% de poids lourds) entre le viaduc sur la Dordogne et la rocade. Des expériences similaires ont été initiées sur des autoroutes pénétrantes à Grenoble, Aix et Madrid. D’un coût de 80 000 euros, l’étude est financée à parité par la métropole et ASF.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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