Economie 

Crowdfunding #1 : Winefunding, ou comment devenir (un peu) châtelain

actualisé le 20/07/2016 à 15h19

Capture d'écran Wine Funding

Capture d’écran Wine Funding

Après Ulule, MyMajorCompany et autre KissKissBankBank, de nouvelles plateformes de levées de fonds se spécialisent. WineFunding est le premier de nos trois volets consacrés aux récentes initiatives dans ce nouveau courant du financement participatif, où Bordeaux devient visiblement « the place to be ».

Le crowdfunding en chiffre

Depuis quelques années, les plateformes de crowdfunding se développent de façon exponentielle en France. Elles permettent à des milliers de projets en France de se concrétiser, des projets les plus ambitieux aux projets d’associations de quartier. Ce mode de financement fonctionne si bien que la croissance des plateformes double chaque année pour atteindre aujourd’hui 300 millions d’euros. Une aubaine pour ceux qui ont des idées mais pas les fonds.

Chaque année en France, les montants collectés par les Crowdfunding double.

2012 : 25 millions d’euros
2014 : 152 millions d’euros
2015 : 300 millions d’euros
2015 dans le monde : 35 milliards d’euros
Estimation de la Banque Mondiale en 2025 : plus de 100 milliards d’euros.

Après Happy Capital, installée à Bordeaux en 2008 et spécialisée dans l’aide au financement participatif de sociétés locales, d’autres plateformes ont pris le pas de la spécialisation. Première dans le secteur du vin, WineFunding a lancé ses premiers projets il y a tout juste deux mois.

Avec cette plateforme bordelaise, pas la peine d’aller jusqu’en Espagne pour vous faire construire un château, vous pouvez contribuer financièrement à un projet de rénovation et d’acquisition d’un domaine en biodynamie Bourgogne ou d’achat d’un autre château à Lussac-Saint-Emilion. Tout ça installé derrière votre ordinateur !

Le choix de Bordeaux a été évident pour le président fondateur Maxime Debure, lui-même issu d’une formation d’œnologue et de conseil aux fonds d’investissements. Son carnet d’adresse est international, mais pour le moment sa plateforme se veut nationale. Elle met en relation les amateurs passionnés de vin et les vignerons ou prestataires dans le domaine du vin qui ont des projets intéressants.

« Ce genre de plateforme manquait dans le monde du vin. À ma connaissance nous sommes les seuls dans le monde à proposer ce genre de financement participatif avec une expertise aussi fine sur un marché de niche, avant, pendant et après le projet. »

L’expertise comme force

La plateforme s’est entourée d’une cinquantaine de spécialistes reconnus dans le monde viticole (œnologues, sommeliers, propriétaires, agronomes, directeurs techniques dans de grands châteaux ou consultants) qui valide ou non les projets. Puis les juristes, conseillers, comptables aident les porteurs de projet en terme de conseils, au niveau administratif ou encore du design des étiquettes et de la mise en place d’une stratégie digitale.

« C’est toute la force de ce projet, explique Anne Le Naour, directrice technique CA Grands Crus à Bordeaux et membre du comité d’experts. Il y a des spécialistes de tous les domaines et toutes les régions viticoles. Chacun audite les projets selon ses compétences. Sur la partie technique, nous sommes amenés à faire un état des lieux : l’état du vignoble et ses modes de travail. Vérifier ce que les vignerons promettent et ce qu’ils font en vrai, pour que Winefunding puisse garantir le sérieux du projet. »

Tout est pris en compte de A à Z. Même les investisseurs sont soumis à un certain contrôle. Ils doivent, entre autre, avoir les fonds suffisants et avoir un minimum de connaissance en matière de finance.

« C’est une obligation de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), souligne Maxime Debure. Nous avons un agrément émanant de l’AMF qui s’appelle Conseiller en Investissement Participatif et nous avons le devoir de renseigner l’investisseur et de se renseigner sur lui. Il s’agit autant de personnes qui ont un petit patrimoine que de personnes qui paient l’impôt sur la fortune. »

Propriété et participatif, antinomique ?

« C’est toute la difficulté, répond Anne Le Naour. Porter la propriété par un financement participatif, c’est s’assurer dès l’entrée de la possibilité de sortie. C’est le plus que peut apporter Maxime Debure. Il faut aussi que les investisseurs aient l’envie d’aider un vigneron. C’est les rencontres que sait provoquer Maxime qui le permettent. »

Ceux qui veulent aider à financer un projet ont le choix entre plusieurs formules remboursables en nature ou avec retour sur investissement, sur plusieurs années :

  • Être remboursé en bouteille de vin sur plusieurs années pour des apports à partir de quelques dizaines d’euros. Pour des collectes qui tournent autour de quelques dizaines de milliers d’euros, les millésimes sont envoyés chaque année au « WineFunders ».
  • Devenir investisseur en capital (donc avec des « intérêts ») pour des investissements qui commencent à 500 € et sans montant maximum. À ce jour le montant le plus élevé souscrit par un seul seul investisseur à un projet en capital sur WineFunfing est de 50 000€, mais il n’y a pas de limite supérieure. Les projets vont de quelques centaines de milliers d’euros à un million d’euros. À ce jour le montant le plus élevé pour les projets en capital est de 50 000 €. (limite réglementaire actuelle qui sera augmentée à 2,5 millions d’euros d’ici fin 2016). Ce placement donne une possibilité de défiscalisation.

Wine Funding récupère entre 6 et 10 % des fonds collectés. Certains conseils sont également payants. Soit, ils sont intégrés dans le montant de la collecte, soit, ils sont facturés en plus. (Le site se considère encore trop jeune pour pouvoir communiquer sur les chiffres).

Trois questions à Maxime Debure

Une solution aux baisses des subventions ou à la frilosité des banques ?

« Il y a plein de personnes, des vignerons ou des chefs d’entreprises, qui ont de beaux projets que la banque n’accompagne pas. Souvent parce qu’elle considère que ce sont des projets à risque. Quand un porteur de projet vient avec un capital financé à hauteur de 500 000 € par un grand nombre de personnes pour un projet à 1 millions d’euros, la banque est moins frileuse que s’il fallait tout financer. On ne peut pas nous accuser d’être concurrent de la banque, on est complémentaire. »

Des financements vraiment transparents ?

« La transparence est l’une des raisons qui explique le succès de crowdfunding. Tout le monde en a marre de ne pas savoir ce qui est fait avec leur argent. À la banque, ça va dans des actions, dans des investissements, mais sans toujours bien comprendre. Les gens ont de plus en plus envie de transparence et de décider à quoi va servir leur argent. C’est aussi pour cela que nos projets sont décrits au centime près sur la plateforme. »

Et les relations humaines dans tout ça ?

« Wine Funding commence par à mettre de l’humain sur son site en intégrant des vidéos des porteurs de projets. De plus, des rencontres réelles avec dégustation des vins avec ces porteurs sont organisées et d’autres sont faites entre les vignerons et les (potentiels) finances. Puis les actionnaires d’un domaine sont invités régulièrement à des événements conviviaux dans « leur » domaine. »

L'AUTEUR
Mila Ta Ninga
Mila Ta Ninga
Journaliste de terrain et de cœur. Vous donner la parole est une de mes priorités, comprendre le monde qui nous entoure une de mes valeurs. Mes terrains de jeux ? L'Aquitaine en général et la Gironde en particulier.
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