Economie 

Des vins de Bordeaux plus verts pour mieux se vendre ?

actualisé le 06/10/2016 à 14h10

Vignes du Sauternais (XR/Rue89 Bordeaux)

Vignes du Sauternais (XR/Rue89 Bordeaux)

Le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux se donne 10 ans pour réduire drastiquement l’usage des pesticides dans les vignes. Après les reportages chocs sur le sujet, et alors que les ventes de Bordeaux baissent en France, c’est le nouveau credo du CIVB.

A la fin de sa conférence de presse, Allan Sichel livre une échéance : « D’ici dix ans, peut-être moins ». Pour le président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), il faudra ainsi au maximum 10 ans pour que le territoire du Bordelais s’inscrive à 100% dans une démarche environnementale associée à une baisse des pesticides.

Poussé par les « attaques » de l’émission Cash Investigations, le CIVB se devait de communiquer pour dire que « les enjeux environnementaux sont au cœur de [ses] préoccupations. » Le négociant Allan Sichel l’indique :

« Ce n’est pas en faisant des placards en 4×3 qu’on fera changer la réalité du terrain. On veut du concret. »

45% du vignoble certifié

Mais aussi, marteler (avec flegme – origine britannique oblige ?) à un parterre de journalistes que le chantier de la protection de l’environnement est en cours « depuis près de 25 ans » dans le Bordelais.

« Les vignerons sont les premières personnes concernées par l’utilisation des traitements phytosanitaires. Ils sont vignerons mais aussi riverains, parents et vivent en Gironde. Les attentes des riverains sont aussi les nôtres (…) Depuis 1989, la filière Bordeaux a mené des recherches, afin de disposer de solutions alternatives ou de mesures de réductions des pesticides. »

Allan Sichel, président du CIVB (XR/Rue89 Bordeaux)

Allan Sichel, président du CIVB (XR/Rue89 Bordeaux)

Un chiffre est avancé : 45% du vignoble bordelais serait aujourd’hui « certifié » dans une démarche environnementale. Un terme qui renvoie à des réalités bien différentes où les pesticides sont plus ou moins tolérés : le biologique, la biodynamie, la lutte intégrée et l’agriculture raisonnée.

Cette dernière catégorie se retrouve pour le CIVB dans son système de management environnemental (SME) qui fixe notamment des objectifs de réductions des pesticides. Il serait en cours dans 15% de la surface viticole du Bordelais et représenterait 30% des volumes de vins produits.

L’énumération des actions produites depuis un quart de siècle n’a en tout cas pas empêché l’échec du plan Ecophyto 1 et la mauvaise place occupée par la Gironde quant à l’utilisation des pesticides.

Rachat de l’image de la Cité du vin : « c’est la vie »

« Je ne veux pas entrer dans un débat juridique et de droit » commente Allan Sichel à propos du rachat par Bordeaux des droits à l’image de la Cité du Vin. Le président du Civb préfère parler du succès de ce « fabuleux outil », une « éponge pour attirer le tourisme viticole » : 150 000 visiteurs depuis son ouverture.

Est-il choqué par les 450 000 euros déboursés pour que la ville récupère les droits de propriété intellectuelle d’un lieu qu’elle a financé ? « C’est la vie, lâche-t-il à Rue89 Bordeaux en faisant la moue, chacun défend ses intérêts. Face à une difficulté, il faut trouver des solutions. »

Inverser la courbe du cépage

Sujet à débats, le CIVB demande aussi l’inscription au catalogue des cépages résistants aux maladies. Ils sont pour l’heure interdits dans le cahier des charges des appellations.

Dirigeant d’une société familiale qui exporte à 80%, Allan Sichel sait trouver d’autres réjouissances :

« Nous avons des échos positifs de l’extérieur. Ça contrebalance les attaques sur les viticulteurs en France. »

Les bonnes nouvelles viennent de Chine où l’intérêt est « toujours aussi vif » avec une hausse de 22% des volumes sur les 12 mois précédant juin 2016. Les exportations aux Etats-Unis et au Japon se stabilisent. En revanche, la consommation dans les « pays matures et producteurs », bref en Europe, tend à baisser.

En France, les vins de 3 à 4 euros voient leur vente baisser de 11% et représentent 24% des volumes vendus. Une progression est observée pour les vins à 4 à 6 euros (+2%) et de 6 à 15 euros (+4%). Les grandes et moyennes surfaces voient globalement leur vente de vins baisser de 3%.  « La petite récolte de 2013 et les récoltes moyennes de 2014 et 2015 » sont les causes principales, estime le président du CIVB.

Pour inverser ces tendances, Allan Sichel veut « renouer rapidement avec des volumes de commercialisation au-dessus de 5,5 millions d’hectolitres », souhaite voir le tonneau passer de 1300 à 1200 euros et améliorer la lisibilité des produits et la valorisation du SME.

Le vice-président du CIVB, Bernard Farges, va dans son sens et se dit d’ailleurs confiant sur la cuvée 2016 : « Beaucoup de raisins sont encore dehors… mais se portent bien ».

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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