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Le top des 6 des idées (anti) écolos du FN à Bordeaux

Tout pour la bagnole, c’est la ligne des élus bordelais du Front national lorsqu’il s’agit de sujets transports ou environnement. Ils votent contre certaines délibérations limitant l’usage de la voiture individuelle, ou favorisant des modes de déplacement alternatifs. Voire proposent des solutions anti-écolos comme la mise à l’amende systématiques des cyclistes. Mais le FN aime aussi les animaux, y compris les ragondins.

1 – Rendre le stationnement ponctuellement gratuit à Bordeaux

Objectif défendu par Catherine Bouilhet lors du conseil municipal de février 2016 : « Inciter les consommateurs à venir déjeuner en centre-ville ou faire leurs achats, et dynamiser tous les types de commerces à Bordeaux »

Selon la conseillère municipale FN, puisque « l’espace dédié à l’automobile, à la circulation et au stationnement a diminué », les embouteillages ne cessent d’augmenter, et la pollution avec.

« En effet, il est prouvé qu’une automobile pollue davantage en roulant au pas ou en étant arrêtée moteur en marche qu’en roulant à 50 kilomètres/heure ou 90 kilomètres/heure sur la rocade ». Alors « arrêtons d’emmerder les Bordelais », déclare l’élue.

Le maire Alain Juppé s’est chargé de répondre en soulignant les contradictions du raisonnement :

« Je ne vais pas pousser l’irresponsabilité jusqu’à vous dire «Chiche !», mais je suis tenté. Essayons un samedi de rendre le stationnement gratuit dans tout Bordeaux, on va en parler alors là de la paralysie absolue. Et je vous invite à rencontrer les commerçants. Ils vont être fous de joie devant l’impossibilité d’accéder à Bordeaux. Voyons, un peu de sérieux de temps en temps !»

Lors d’une autre séance du conseil, Jacques Colombier, l’autre élu FN à la Ville, a lui proposé la gratuité du stationnement de très courte durée (de 30 minutes à 90 minutes) dans les parkings. En voiture Simone !

2 – Verbaliser systématiquement les cyclistes

Hostile à l’extension du stationnement payant à Bordeaux, le groupe FN a toutefois voulu montrer en mars 2016 qu’il pouvait aussi être « force de proposition »

«Demandez (aux AVSP) la verbalisation systématique des cyclistes et autres deux roues qui grillent les stops et les feux rouges, roulent sur les trottoirs. Cela permettrait de rentrer des recettes supplémentaires, de lutter contre la délinquance routière et de mieux protéger la vie de ces cyclistes imprudents et des autres usagers. Il est en effet démontré que vos politiques anti-voitures ont pour effet d’augmenter de manière très importante l’usage des deux roues. Conséquence regrettable : la mortalité routière des deux roues progresse et 70% des blessés graves sont des piétons et des deux roues. »

La suggestion est évidemment à contre-sens de la politique de la Ville et de la métropole, qui vise pour favoriser les déplacements à vélo veut aménager le code de la route, conçu pour la voiture, aux usages et trajets des cyclistes. C’est le cas par exemple des « tourne à droite », ces autorisations pour les vélos de griller les feux rouge à certains carrefours.

Mais le constat est aussi partiellement erroné. En 2015 (dernier recensement détaillé effectué), les accidents de la route à Bordeaux Métropole ont fait 1599 victimes, dont 293 personnes grièvement blessées et 13 tuées. Or l’augmentation du nombre d’accidents à vélo est similaire à celle du trafic des biclous (+7% par rapport à 2014). En revanche, selon ce rapport, « il est à noter une baisse de la gravité des usagers accidentés de bicyclettes » : 34 blessés graves en 2015 contre 47 en 2014.

En 2015, aucun cycliste n’a été tué sur la route (malheureusement plusieurs accidents se sont produits depuis). Parmi les 13 morts à déplorer, 7 étaient des utilisateurs de moto ou scooters, 5 de véhicules légers ou utilitaires, et 1 piéton.

Catherine Bouilhet et Jacques Colombier, les deux élus FN au conseil municipal de Bordeaux (photomontage)

3 – Freiner les services d’auto-partage

Le 24 octobre 2016, le Front national vote contre une délibération au conseil municipal de Bordeaux accordant le tarif de stationnement résidentiel aux flottes de véhicules en autopartage dites en « free-floating », qui peuvent être garées ailleurs qu’à des stations dédiées. Une décision dont doit notamment profiter la coopérative Citiz, qui lance la semaine prochaine un nouveau service, Yea !.

Catherine Bouilhet tente d’abord de faire de l’humour sur l’anglicisme « free-floating » – « S’agit-il de privilégier des véhicules amphibies pour compléter l’offre de BatCub ? ».

Puis l’élue FN s’attaque au principe même de l’autopartage, qui « participe à la réduction de l’utilisation de la voiture en ville, notamment par l’abandon ou la non-acquisition d’un deuxième véhicule, voire du premier véhicule » :

« Voilà une excellente idée pour lutter contre le chômage, ironise-t-elle. En effet, le secteur automobile représente en France 10 % des emplois, 3 % sont directement liés à la production automobile, soit 737 000 personnes. »

L’effet sur l’éco-mobilité est selon elle « contestable », citant les résultats d’une enquête concernant les Autolib’ parisiennes, qui « ne diminuent pas le nombre de voitures personnelles, mais poussent les usagers du tram, du bus, du vélo à se tourner vers les voitures électriques ».

Mais ce qui est vrai pour les Autolib à Paris, qui offrent la possibilité de prendre une voiture dans une ville où la moitié des ménages n’en ont pas, est loin d’être juste ailleurs. Ainsi, une étude récemment menée aux Etats-Unis montre qu’une part significative d’utilisateurs d’un service d’autopartage ont soit renoncé à acheter un véhicule, soit ont revendu leur voiture. L’opportunité donnée de pouvoir faire le trajet retour autrement qu’en voiture s’est elle traduite par une baisse de 11% des distances parcourues en voiture.

4 – Détourner le tramway du pont de pierre

Alors qu’Alain Juppé propose d’interdire le pont de pierre à la circulation des voitures , Jacques Colombier y voit là une nouvelle atteinte à la liberté des automobilistes. Reconnaissant cependant la nécessité d’effectuer des travaux sur le pont, objets d’un appel au mécénat débattu en conseil municipal le 5 mars dernier, l’élu Front national s’interroge les effets du tramway. Ce dernier, rappelle-t-il, pèse entre 50 et 70 tonnes, et passe toutes les 5 minutes 18 heures par jour.

« Pourquoi ne pas étudier la possibilité de détourner le tram sur le Pont Saint-Jean ou près du Pont Saint-Jean ? », lance-t-il donc. « Ben oui, les rames existent sur les quais, du moins jusqu’à la gare à peu près, et il suffirait de construire si je puis dire une passerelle pour accéder au Pont Saint-Jean qui restera à construire, c’est la ligne Rive gauche du Pont Saint-Jean à l’Avenue Thiers. Ce plan qui peut paraitre comme cela un peu futuriste ou irréalisable, mais il sera nécessaire d’après nous à moyen ou peut-être à court terme pour sauver le Pont de Pierre, car vous imaginez bien qu’il ne se remettra pas tout seul en état et nous le pensons que le tram peut continuer de manière majoritaire à l’endommager. »

Un calcul à l’arrache montre cependant que, si on prend une moyenne de 60 tonnes par tramway et de 12 trams par heure 18 heures par jour, on arrive à une charge totale de 12960 tonnes par jour.

Si on considère par ailleurs  que le poids moyen d’une voiture en France est aujourd’hui d’environ 1300 kilos, et sachant qu’il n’en passe aujourd’hui plus que 15000 par jours sur le pont de pierre, dont pas mal d’utilitaires plus lourds, on dépasse allègrement les 20000 tonnes par jour. Il y a donc bien deux poids, deux mesures entre le tram et les véhicules.

L’échangeur 12 de la rocade (Capture d’écran/a’urba)

5 – Construire des autoroutes

Lors d’un débat sur le financement des travaux de mise à 2X3 voies de la rocade, le 2 décembre 2016 en Conseil de Bordeaux Métropole, le seul élu FN de l’assemblée, Jacques Colombier approuve la décision. Il regrette que « les exécutifs métropolitains girondins successifs aient laissé traîner les choses bien souvent pour des motifs idéologiques », alors que « la rocade de Bordeaux est le périphérique le plus congestionné de France après celui de Paris ».

S’il propose d' »améliorer très nettement le service ferroviaire en provenance d’Arcachon, Saint-André-de-Cubzac et du Médoc », il s’appesantit sur les solutions routières, à l’instar de ses collègues FN au département de la Gironde, qui plaident pour le désenclavement du Médoc par la route.

Pour Jacques Colombier, « la mise à 2 x 3 voies de l’autoroute Bordeaux-Bayonne est une priorité, dans un premier temps jusqu’à Cestas, puis jusqu’à l’embranchement vers Arcachon, ceci permettra d’améliorer la fluidité. La construction de barreaux reliant les différents axes aura le même impact positif. Celle-ci devra se faire en concertation avec les communes concernées en particulier hors Métropole. Le respect de l’environnement en particulier des exploitations sylvicoles et agricoles devra être prioritaire. »

Là dessus, le Front national est sur la même ligne que le groupe Communauté d’avenir à Bordeaux Métropole : à défaut de grand contournement de Bordeaux, il faudrait construire à l’est ces fameux barreaux autoroutiers censés relier les grands axes desservant l’agglo. Et tant pis si comme le disent les études sérieuses, la saturation de la rocade justifiant ce projet est essentiellement liée à la circulation interne à la métropole, qui ne se reportera donc pas vers ces infrastructures.

6 – Sauver les ragondins des écoquartiers

Intervention surréaliste de l’inénarrable Catherine Bouilhet lors du conseil municipal du 2 mai 2016. A la demande du Front national est dégroupée (ce qui permet d’en débattre) une délibération autorisant l’ouverture d’un établissement de présentation au public de ragondins.

L’élue FN, favorable à cette autorisation, rebondit sur la demande faite par un artiste de cirque pour critiquer… les écoquartiers  bordelais.

« L’habitat naturel de cette espèce locale est gravement menacé par des espèces invasives (…) particulièrement agressives sur le territoire de notre bonne Ville de Bordeaux. Elles sont identifiées par les scientifiques sous la dénomination BBC (bâtiment basse consommation, NDLR) et BHQE (bâtiment à haute qualité environnementale). On peut en observer la progression partout, en particulier à Bordeaux Nord où les Berges du Lac très prisées de nos amis les ragondins sont, petit à petit, colonisées par ces envahisseurs. Ainsi, les relations de voisinage entre les ragondins primo-accédants et les nouveaux arrivants sont tendues. Nous proposons de commencer cette exposition dans le quartier Ginko. Cela permettra de rétablir un dialogue et d’envisager d’améliorer le vivre ensemble. »

La suite du débat du conseil municipal est délectable, avec Alain Juppé et Matthieu Rouveyre pour une fois sur la même ligne :

« Je suis un peu étonné puisque le ragondin, d’après sa fiche Wikipédia, est d’origine d’Amérique du Sud, en tout cas il n’est pas Français », expose le conseiller municipal socialiste. « C’est un animal étranger… », renchérit le maire interrogeant à son tour Jacques Colombier sur les origines du rongeur.

« Ça va être le grand dossier de ce Conseil dont on va se souvenir, Monsieur le Maire », lui répond l’élu FN.

Heureusement, Rue89 Bordeaux est là pour que ce sujet chaud ne plonge dans l’oubli.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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