Culture 

Photo : le haut du pavé est dans la place à Mérignac

Le Mérignac Photographic Festival, qui a commencé jeudi, se tient jusqu’au 17 décembre, avec plusieurs évènements (projections, lectures, ateliers et soirée festive) prévus ce week-end. L’occasion de découvrir les travaux remarquables de photographes internationaux, lors d’expositions gratuites dans tout le centre ville sur le thème des communautés.

Qu’est ce qui peut ainsi rapprocher une famille de chimpanzés, les habitants d’un village breton, Poilley, les militants de Nuit Debout ou encore les voyageurs d’un train en Chine ? Le sens de la communauté. « Quand bien même les sociétés s’homogénéisent, quand les discours identitaires ne proposent que des impasses, chaque jour, nous tentons de recréer ce lien », estime François Cheval.

Pour « apprendre à ne plus subir le terrorisme et la vulgarité de la marchandise », le commissaire de la biennale de Mérignac a donc voulu proposer les regards de 12 photographes, « capables de nous dire comment on partage le monde », dans diverses société humaines comme chez d’autres grands singes.

C’est un bel « album de famille » que nous livre en effet Isabel Muñoz dans l’une des quatre expositions présentées sur les murs de la Vieille église. Marraine du festival, la photographe madrilène raconte avoir « découvert l’amour, la générosité, la curiosité » chez les chimpanzés, les gorilles et bonobos du Congo.

Isabel Muñoz (SB/Rue89 Bordeaux)

Tiercé

Les tirages au platine, une technique proche de la gravure, renforcent un peu plus la proximité toujours bouleversante entre nos attitudes et celles de nos cousins, avec lesquels nous partageons 98% de nos gènes : le gorille surnommé Jules César, qui se coiffe d’une couronne de branchages car il sait qu’il qu’on va lui tirer le portrait, une mère chimpanzé serrant tendrement son petit…

Les autres travaux exposés à Mérignac offrent un échantillon de la diversité des communautés humaines. Des joueurs rencontrés au PMU en face du Centre Pompidou, à Paris, surtout des Africains sans papier, Anna Malagrida a photographié des mains, dans lesquelles ils tenaient leur ticket de tiercé, et avec lesquelles ils lui ont raconté leur exil, leurs espoirs.

Dans le village de Poilley (DR)

Sur la façade de la Vieille église sont présentées quelques unes des 50000 photos réalisées entre 1972 et 2001 par Madeleine de Sinéty à Poilley. La photographe américaine a vécu sept ans dans ce village breton de 400 âmes, témoignant de l’évolution, et de l’effacement progressifs des rites de la France rurale.

Warao et No Show

Une extinction plus radicale encore guette la tribu des Warao, au Vénézuela. La jeune espagnole Andrea Santolaya, a vécu plusieurs mois auprès de ce peuple, dans la forêt amazonienne ; elle nous donne ainsi à voir les mythes qui entourent la rivière, et comment le lien avec la nature du delta de l’Orénoque fonde encore la vie quotidienne de cette ethnie, pourtant au prise avec les missionnaires, la civilisation occidentale et la crise du pays.

Série Waniku d’Andrea Santolaya (DR)

Têtes de cochon, gadgets en plastoque et smartphones : l’incroyable syncrétisme entre les modes de vie moderne et ancestraux éclate dans la série de Qian Haifeng. Cet électricien de métier, passionnée par la photo, a sillonné la Chine pendant des années dans les « Green train ».

Ces trains verts (dont les lignes sont fermées progressivement depuis l’arrivée des TGV) permettaient de traverser le pays pour une bouchée de pain, à condition d’accepter de passer un, deux ou trois jours dans le wagon. D’où la création de petites communautés éphémères, dont Qian Haifeng a pu saisir quelques « instants décisifs » – regard dragueur, passages de vendeurs à la sauvette… A voir sur les palissades entourant l’îlot en chantier du centre de Mérignac, entre la Vieille église et la Médiathèque.

« The green train », de Qian Haifeng (SB/Rue89 Bordeaux)

Citons enfin le No Show, visible dans ce dernier lieu. Eric Pickersgill s’est intéressé à de faux évènements annoncés par des farceurs sur Facebook : concert du chanteur rock Fred Durst dans un magasin discount de Morganton, une bourgade de Caroline du Nord, venue de la star du porno Sasha Grey dans une pizzéria… Immortalisant les visages défaits des gens piégés, errant sur un parking, comme ceux, hilares, des auteurs de ces canulars, qu’il a aussi interviewé, le photographe a ainsi voulu mettre le doigt sur les frontières de plus en plus floues entre le vrai et le faux sur internet. Et ce au moment où les réseaux sociaux et les « fake news » jouaient un rôle sans doute déterminant dans l’élection de Donald Trump.

Outre la Médiathèque, la Vieille église et le Karakatoa, où sont exposés les portraits d’artistes réalisés par Pierre Wetzel, des expos sont, comme celle de Qian Haifeng, installées dans al rue, mais aussi, jusqu’au 17 décembre dans de « grandes maisons », des structures provisoires montées devant le Pin galant et dans le parc de la mairie.

Plusieurs évènement sont au programme pour l’ouverture du festival, entièrement gratuit (il est majoritairement financé par le mécénat). Objectif : conforter la place de Mérignac, déjà associée à la Maison européenne de la photographie, en tant que capitale régionale de cet art, et lui faire une petite place dans le paysage international.

Dans un train vert, par Qian Haifeng (DR)

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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