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Opération sabordage du refit aux Bassins à flot
Tribune 

Opération sabordage du refit aux Bassins à flot

par Tribune.
Publié le 20 février 2014.
Imprimé le 28 novembre 2022 à 02:56
13 469 visites. 5 commentaires.
Aux Bassins à flot, l'activité refit aurait lieu dans les formes de radoub (cales sèches), tout près des immeubles de logement sortis de terre (Photo Simon Barthélémy/Rue89 Bordeaux)

Aux Bassins à flot, l’activité refit aurait lieu dans les formes de radoub (cales sèches), tout près des immeubles de logement sortis de terre (Photo Simon Barthélémy/Rue89 Bordeaux)

3voix_tribune_Le conseiller général (PS) Philippe Dorthe pousse un coup de gueule contre la « désinformation » et les « manipulations » des opposants au projet d’activité de maintenance de grands yachts aux Bassins à flot.

Il n’y a pas un jour sans que le journal Sud Ouest n’offre des interviews et autres articles à des chefs d’entreprises, responsables consulaires et présidents de grands syndicats de filières qui font du « refit bashing ». Objectif : casser la dynamique du port de Bordeaux dans sa volonté de mettre en œuvre un chantier naval créateur d’emplois aux Bassins à flot, pour la maintenance et la réparation de « super yachts » de luxe.

Tels des proconsuls, ces généraux romains dépêchés par l’Empire pour défendre un consul en difficulté sur les terres dont il a la gestion, ces personnages, plus ou moins connus ou compétents dans le domaine, y vont de leur avis sur ce projet. Une drôle de manière de respecter la démocratie et la déontologie qui doivent assurer les équilibres partisans en période électorale.

Cette déontologie est allègrement bafouée par des interviews de « non politiques » partisans qui vont dans le sens du « Consul » Alain Juppé. Cette méthode habile permet au Maire d’occuper les médias par personnes interposées et ainsi d’éviter de rentrer dans la comptabilité des temps de parole en campagne électorale.

Ces jours derniers, un Président d’un grand syndicat viticole est venu mettre son grain de sel sur un sujet qu’il ne connaît pas. Il me semble que ce « Proconsul » viticole devrait s’occuper plutôt des 4 à 500 propriétés viticoles qui sont à vendre en Gironde par des petits viticulteurs endettés, dont certains sont au bord du gouffre pour apurer l’effondrement économique de leur affaire.

Dans ce dossier du refit à Bacalan, bien avant qu’il soit connu du grand public, Alain Juppé avait déjà pris l’engagement auprès d’un promoteur de tout faire pour qu’aucun développement industriel naval ne vienne contrarier la promotion et la commercialisation d’un programme immobilier du dit promoteur. Cette information m’est parvenue de la bouche même d’un grand élu municipal UMP, amoureux de sa ville et de sa spécificité portuaire qui ne partageait pas et ne partage toujours pas la position du Maire.

Philippe Dorthe, conseiller général socialiste de la Gironde, est également conseiller régional. (DR)

Philippe Dorthe (DR)


Désinformation et manipulations

Le grand argument avancé par les « anti-refit » c’est l’antériorité des projets d’urbanisme aux bassins à flot par rapport au projet de refit. Mais quel est ce discours manipulatoire ?

En fait c’est totalement l’inverse. La ZAC des bassins à flot transformée en PAE s’est imposée au cœur d’un site industriel portuaire en activité sans interruption depuis le XIXe siècle. Les bassins à flot ont connu beaucoup d’activités jusque dans les années 1980, avec entre autres la Compagnie des pêches lointaines qui y amarrait et entretenait ses grands chalutiers de haute mer allant pêcher sur les bancs de Terre Neuve le cabillaud.

Après les années 1980, l’activité s’est ralentie sans pour autant disparaitre. Le port y a toujours entretenu ses dragues, ses grues flottantes. Dernièrement ce sont les barges de l’Airbus qui viennent y faire escale ou les nouveaux paquebots fluviaux.

Si nous pouvons reprocher au Grand Port Maritime de Bordeaux d’avoir délaissé trop longtemps leur entretien, il n’en demeure pas moins que cet établissement public occupe régulièrement ces installations.

Le syndrome du « Coq qui chante »

Nous voici donc avec une gigantesque opération immobilière portée par quelques promoteurs sachant depuis le début qu’ils sont au milieu d’un site industriel en activité et qui voudraient maintenant imposer leur diktat. Ils voudraient empêcher le port de se développer et de créer des emplois avec ce chantier naval de refit en dénonçant les nuisances éventuelles générées par cette activité.

En fait, ces gens sont atteints du syndrome du « coq qui chante ». Syndrome que l’on retrouve chez tous ces rurbains qui veulent fuir les nuisances de la ville en s’installant à la campagne et qui, une fois installés, ne supportent plus le chant du coq et le son des cloches de l’église.

Et bien ici, à Bordeaux Nord, c’est la même chose : quand on construit au cœur d’un port il ne faut pas se plaindre d’y trouver des bateaux et la vie qui va avec.

On ne va tout de même pas empêcher un port de l’Etat Français de développer ses activités et l’emploi, pour l’intérêt de quelques spéculateurs, qui vraiment se croient en terrain conquis. On a l’impression que l’esprit des colonies plane encore en nos murs.

Plus grave encore !

Aujourd’hui la puissance immobilière ne se satisfait plus de vouloir bloquer le développement du port, elle commence à s’attaquer aux activités actuelles du Grand Port Maritime de Bordeaux.

Le Disneyland du pinard veut couler le port

Dans son interview, le « proconsul » viticole du CIVB parle de la nuisance des activités portuaires à proximité du futur Centre des civilisations du vin, ce Disneyland du pinard en chantier à l’entrée des Bassins.

Cette position, qui pourrait passer pour anodine dans le discours ambiant, a le mérite de faire tomber les masques… Mais peut-être ne l’a-t-il pas fait exprès. En disant cela, il s’attaque directement au maintien du port de Bordeaux dans la ville intramuros. En effet, à proximité immédiate du futur centre du vin se trouve le slipway, cette cale de mise à l’eau et de mise hors d’eau des gros bateaux qui, très régulièrement, viennent effectuer leur maintenance sur ce chantier de la rue Achard.

Une très grande partie des techniciens et ouvriers du port vit directement de cette activité. Vouloir la supprimer ou la déplacer imposerait la fermeture de tout le site portuaire de Bordeaux ville.

Le sachant parfaitement, pour se donner quand même une image positive, tous ces spadassins de l’emploi industriel crient leur intérêt pour la mise en œuvre d’un refit, mais pas à Bordeaux. Pour eux cette ville en pleine mutation mérite mieux que de laisser à la vue des badauds touristiques les techniciens et ouvriers du port en activité sur un chantier naval.

Alors, avec un sérieux sans retenue, ils proposent d’organiser tout ça à Bassens, ville de la rive droite de la Garonne où est installé le port de commerce.

Certes, si Bassens possède une grande forme (cale sèche), l’activité rentable d’un chantier de refit obligerait à transférer rive droite toutes les installations des Bassins à flot avec ses deux cales sèches, le slipway de la rue Achard et ses ateliers, et enfin de construire un nouveaux quai. Coût : 200 millions d’euros !

Peut-être que tous ces bons conseilleurs ont la puissance financière pour aider le port à réaliser cette formidable idée qu’ils déclinent avec passion.

Des intérêts cachés ?

Tout ceci n’est pas sérieux. Il y a bien longtemps que de nombreux pays ont pris l’option de marier intelligemment dans leurs villes portuaires l’habitat de qualité, l’industrie des chantiers navals, les commerces et les PME du tertiaire.

Mais que s’est-il passé dans la tête du maire de Bordeaux pour choisir comme fil conducteur de sa politique cette promotion immobilière cannibale qui dévore petit à petit notre ville, y compris son activité industrielle ?

Politique qui n’a pas créé un emploi pérenne et très peu d’emplois en CDD pour les jeunes de nos quartiers. Il suffit de faire le tour des chantiers et de regarder les immatriculations des véhicules. La méthode des entreprises du bâtiment qui consiste à sous-traiter à des entreprises étrangères est maintenant bien connue.

Pourquoi le Maire de Bordeaux conforte-t-il cette politique de bétonnage monolithique ?

Quelles sont ces raisons qui poussent les proconsuls du Maire à vouloir casser la dynamique du port dans la ville ?

Peut-être que le départ définitif du port de la ville libérerait encore plus de terrains.

Je n’ose penser que ce soit là la motivation. Cela serait d’une extrême gravité qui pourrait laisser planer suffisamment de doute pour enclencher quelques investigations poussées !!!

Il faut garder le port dans Bordeaux

Quelles que soient nos opinions politiques on ne peut laisser le port seul contre tous.

On ne peut laisser cette ville uniquement tournée vers le tourisme, la promotion immobilière et les emplois souvent précaires du tertiaire. Pour la plupart, il s’agit du déplacement d’activités existantes de quelques kilomètres (siège de Cdiscount…).

Au-delà de Bordeaux, notre pays ne pourra se redresser sans le maintien et le développement harmonieux et intégré des industries dans nos villes. Pour Bordeaux, la présence du port en ses murs est une chance inestimable. Les générations futures seront très heureuses de trouver ces installations uniques et en état créatrices d’emplois, dans une grande ville.

Il faut que la presse ait le courage d’équilibrer les avis. Trop de gens ont été envoyés en contre, cela n’est pas tenable dans une démocratie.

Pourquoi ne pas donner la parole à égalité d’espace aux chefs d’entreprises favorables au projet, avec lesquels la députée Sandrine Doucet et moi-même, travaillons au quotidien ?

Je pense qu’il est temps de rappeler au maire, aux promoteurs, et à tous ceux qui hurlent avec les loups qu’ils ne sont pas l’État. Qu’ils sont encore dans une République.

Il faut leur rappeler que ce ne sont pas eux qui commandent au port. Et si quelqu’un le leur a fait croire, c’est bien dommage.

Philippe Dorthe
Conseiller général socialiste de la Gironde et également conseiller régional

Article actualisé le 29/03/2014 à 17h11
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