Alain Juppé se met en route pour l’Élysée
Politique 

Alain Juppé se met en route pour l’Élysée

actualisé le 10/03/2017 à 09h12

Après des mois de suspense, Alain Juppé a fini par afficher son ambition présidentielle (AC/Rue89 Bordeaux)

Après des mois de suspense, Alain Juppé a fini par afficher son ambition présidentielle (AC/Rue89 Bordeaux)

Cinq mois après sa réélection comme maire de Bordeaux et président de la CUB, Alain Juppé a annoncé hier, mercredi 20 août 2014, son intention de se porter candidat, « le moment venu », à la primaire de l’UMP qui désignera le favori du parti pour l’élection présidentielle de 2017. Pas de surprise dans le milieu politique bordelais, si ce n’est peut-être la précocité de cette annonce.

En février dernier, Alain Juppé, candidat pour un quatrième mandat à la mairie de Bordeaux, repoussait encore toutes les questions ayant trait à ses éventuelles ambitions présidentielles. Il affirmait alors que 2017 n’était « pas demain » et enfonçait le clou : « Pour l’instant, c’est Bordeaux, Bordeaux, Bordeaux. Le reste c’est du domaine de l’interprétation. » On constate aujourd’hui que les interprètes avaient tout de même un certain flair, notamment ses opposants locaux qui lui reprochaient de voir plus loin que Bordeaux et de convoiter un mandat national qui l’éloignerait de son fief girondin.

Le « coming-out » a donc eu lieu hier, sur le blog d’Alain Juppé : un long billet, plus de mille mots, pour analyser la situation de la France et annoncer dans les trois lignes finales que le maire de Bordeaux a « décidé d’être candidat, le moment venu, aux primaires de l’avenir ». 2017 n’est certes toujours « pas demain », mais quand même « bientôt ». Le temps de l’interprétation n’est pas fini pour autant ces jours-ci, Alain Juppé profitant actuellement de ses vacances à New-York puis à Montréal, loin des commentateurs et journalistes avides de questions.

Ce sont probablement les derniers jours d’un état de grâce dont profite l’ancien Premier ministre depuis de nombreux mois, arborant au gré des sondages l’écharpe du « meilleur maire de France » ou le label de « personnalité politique préférée des Français » – bien qu’il soit derrière Nicolas Sarkozy dans un plus large top 50 des personnalités préférées des Français qui ne retient plus la politique pour seul critère. Notons qu’Alain Juppé détrône de la 49e place le président François Hollande, désormais absent de ce palmarès. « Il suffira d’un signe », aurait pu chanter Jean-Jacques Goldman, installé quant à lui sur la première marche.

Descendre dans l’arène

Alain Juppé va-t-il conserver cette très large approbation, à présent qu’il s’apprête à descendre dans l’arène et à perdre aux yeux des Français cette aura d’observateur du jeu politique qu’il entretenait soigneusement depuis 2012, distribuant les bons et mauvais points avec une liberté de ton qui lui octroyait un statut d’arbitre, quand d’autres donnaient le spectacle d’une foire d’empoigne dont les électeurs semblent lassés.

La députée socialiste et conseillère municipale d’opposition Michèle Delaunay constate elle-même que la « politique tourne actuellement en boucle, comme les chaînes d’information continue », mais se demande si Alain Juppé, qu’elle a toujours connu « coléreux », parviendrait à « endurer ce qu’endure un président de la République, avec la maîtrise de soi que cela nécessite », citant par exemple le flegme apparent d’un Barack Obama.

« Je n’ai pas d’inquiétude pour Juppé candidat à la primaire, souligne Michèle Delaunay, mais pour Juppé président. Certes, il a déjà connu la position de premier ministre, mais ce n’est pas la même chose : un premier ministre a toujours quelqu’un au-dessus de lui. »

En revanche, l’âge d’Alain Juppé – 69 ans depuis le 15 août –, invoqué comme un handicap par certains de ses opposants, ne constitue évidemment pas une barrière aux yeux de l’ancienne Ministre déléguée aux personnes âgées.

« L’âge impose seulement de s’interroger pour savoir si l’on se sent la force, le souffle nécessaire pour assumer de telles fonctions. »

La députée, qui a réagi sur son blog, se montre plus sévère sur la forme qu’a donnée Alain Juppé à son annonce :

« Cette candidature était attendue, mais les mots employés le sont aussi, le discours est extrêmement convenu : « nous aurions besoin d’une France forte, capable d’entraîner une Europe active », qu’est-ce que cela veut dire ? Ce texte aurait pu être écrit par un candidat du centre comme de gauche, il y a dix, vingt ou trente ans. Alors qu’Alain Juppé appelle à l’innovation, il n’en ébauche pas une seule. »

Pas un mot pour les Bordelais

Même constat désabusé chez le conseiller municipal socialiste Matthieu Rouveyre :

« Le timing de cette annonce est surprenant, alors qu’Alain Juppé est en vacances à l’étranger, comme s’il voulait éviter à tout prix la confrontation. Il aurait pu réserver la primeur de cette annonce aux Bordelais, mais il n’a pas un mot, pas une pensée pour eux. »

Il n’est pas certain, en effet, qu’Alain Juppé ait cru bon de prévenir ne serait-ce que son équipe municipale qui, prise au dépourvu, se félicitait pourtant largement hier de cette annonce – de nombreux conseillers municipaux restant toutefois silencieux, probablement pour ne pas brouiller le message de l’édile. L’adjoint au maire Stéphan Delaux se déclare quant à lui « ravi », et il n’est pas le seul :

« J’entends autour de moi énormément de gens, de toute origine politique, qui veulent voir Alain Juppé s’engager au niveau de l’État. Il apparaît comme une vraie solution pour ce pays qui n’en a pas trouvé pour l’instant. Il a la stature et la personnalité nécessaires. »

Alain Juppé entouré de ses proches dans son bureau de la Mairie de Bordeaux lors de sa réélection, le 23 mars 2014 (AC/Rue89 Bordeaux)

Alain Juppé dans son bureau de la Mairie de Bordeaux lors de sa réélection, le 23 mars 2014 (AC/Rue89 Bordeaux)

Interrogé sur la guerre de succession qui pourrait se jouer au sein de la mairie de Bordeaux si Alain Juppé était appelé à de plus hautes fonctions, Stéphan Delaux se dit confiant :

« Depuis le temps que je suis à ses côtés, je suis bien placé pour savoir qu’il ne laisse pas les choses au hasard. Quant à la gestion de Bordeaux pendant l’organisation de la primaire, je ne suis pas inquiet non plus : Alain Juppé a installé une méthode et des hommes qui sont parfaitement capables de prendre les choses en main. »

Une équipe pour prendre le relais

Un autre proche d’Alain Juppé, le conseiller communautaire Josie Reiffers, en charge des grands dossiers économiques à la CUB, se déclare lui aussi satisfait :

« Dans l’état de décrépitude dans lequel se trouve actuellement la France, c’est une bonne chose qu’un homme d’une telle stature prenne ses responsabilités. En ce qui concerne la gestion de la CUB, les choses sont sur les rails, les grands projets sont connus, cela ne pose aucun problème. »

Également vice-président de l’agglomération, le maire de Saint-Médard-en-Jalles, Jacques Mangon, atteste de la bonne réception de cette candidature au sein du Modem – dans la lignée de la réaction enthousiaste du président du parti, François Bayrou :

« C’est une très bonne nouvelle pour le pays et pour l’opposition. Alain Juppé est un homme de grande qualité qui a toujours témoigné de son sens de l’intérêt général. Avec lui nous pouvons envisager une alliance des centristes et de l’UMP dès le premier tour de la présidentielle de 2017. »

Quid de la date choisie pour faire cette annonce, quelques jours avant la rentrée ?

« C’est une bonne chose, il faut lever les ambiguïtés. Son silence prolongé aurait pu être interprété comme un manque de détermination. »

Matthieu Rouveyre pense quant à lui que cette déclaration est un « ballon d’essai » :

« Alain Juppé va voir comment cette candidature est interprétée, et il ne relèvera le défi que si les sondages lui sont favorables. »

La ville de Bordeaux servira-t-elle de vitrine au maire réélu haut-la-main en mars dernier ? Ses proches citent d’ores et déjà cette gouvernance locale comme l’exemple de la capacité de rassemblement d’Alain Juppé, candidat idéal des centristes bordelais. Reste à savoir si le pacte girondin résistera aux soubresauts nationaux d’une UMP qui semble, à l’heure actuelle, encore bien mal en point. On notera en tout cas l’appel du pied fait par Alain Juppé dans son billet aux sarkozystes avec la référence à une « France forte », slogan du candidat malheureux à la présidentielle de 2012. Une façon à peine voilée de se mesurer dès à présent à celui qui pourrait être son principal rival pour 2017.

L'AUTEUR
Anne Chaput
Anne Chaput
Journaliste et animatrice radio, sans télé depuis dix ans pour laisser respirer son cerveau, mais désormais accro à internet.

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