Ubu surfeur : contre la vague artificielle des Landes
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Ubu surfeur : contre la vague artificielle des Landes

(DR)

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3voix_tribune_Le département des Landes veut créer un bassin à vagues artificielles sur la zone d’activités Atlantisud à Saint-Geours-de-Maremne, à deux pas de l’océan… Encore au stade des études, ce projet est jugé par beaucoup absurde et coûteux. Il divise le surfeurs, et mobilise les associations de protection de l’environnement, dont les Amis de la Terre des Landes, comme l’explique un de ses responsables, Roland Legros.

Il n’est plus à prouver que les Landes sont sans conteste la capitale européenne du surf. Les plages de sable fin de la côte landaise accueillent chaque année des surfeurs du monde entier venus profiter de cet espace de liberté, de l’abondance et de la qualité des vagues. Les Landes jouissent d’un environnement remarquable et sont une destination surf et nature incontournable.

Un problème de vagues dans les Landes !

Henri Emmanuelli, président du Conseil Général depuis 30 ans eut-il envie de jouer un rôle plus central dans ce tourisme en le rationalisant davantage ? Voilà que lui vint une idée :

L’océan est bien trop capricieux, les vagues sont tantôt trop petites, tantôt trop grosses, mais toujours gratuites. Il y a même des jours de calme plat, pauvres touristes ! Il faut être efficace, le surfeur doit pouvoir surfer tout temps, pourquoi ne pas construire une vague artificielle ?

Il n’en fallut pas plus pour lancer le projet, qui pourrait avoir la forme d’un bassin à ciel ouvert de 300 mètres de long et 85 de large, où les vagues sont formées par une pale effectuant des aller-retours en profondeur.

Dès lors, les spots rêvés de tous les surfeurs devinrent suspects. Aussi absurde que cela puisse paraître, il y a désormais un problème de vague dans les Landes…

Faire de l’énergie avec des vagues ou des vagues avec de l’énergie, il faut choisir !

Passons sur le fait qu’il fallut un énième recours des Amis de la Terre pour empêcher l’implantation du projet sur une zone protégée par la loi Littoral, c’est le pain quotidien des associations environnementales sous nos latitudes.

Passons sur le fait que les études préliminaires furent votées par les élus de la communauté de commune Maremne Adour Côte Sud sans aucune information préalable, à la confiance… Un élu plus scrupuleux a cependant saisi le tribunal administratif pour casser ce vote.

Voici les Landais pris en otage, sans la moindre concertation, par un syndicat mixte (dont le Conseil Général détient 70% des parts et la communauté des communes MACS 30% ) prêt à investir 14 Millions d’Euros du contribuable dans un projet dont nul ne comprend la logique.

Ce au moment où le département des Landes se déclare en transition climatique, où la communauté MACS se lance dans un programme de Territoire à Énergie Positive, où le Pays Landes Adour Océanes avec des fonds européens des programmes LEADER travaille sur le tourisme durable. Situation ubuesque qui fait dire à certains : « Faire de l’énergie avec des vagues ou des vagues avec de l’énergie, il faut choisir ! »

Les surfeurs organisent eux-mêmes un débat public

Un groupe de pilotage est créé avec la Fédération Française de Surf, Eurosima (association européenne des industriels des sports de glisse basée à Hossegor) et la Compagnie des Alpes, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations dont le conseil de surveillance est présidé par… Henri Emmanuelli.

Notons que la FFS ne représente que 8% des pratiquants estimés. Le surf, comme le vélo, est un sport mais reste majoritairement une pratique.

Devant l’absence de concertation, les informations contradictoires et erronées qui sont lancées dans la presse et les médias, les associations, les citoyens (collectif nouTous, Amis de la Terre…) et les surfeurs locaux eux-mêmes se mobilisent, lancent une pétition, ouvrent un site dédié et organisent un débat public, en décembre dernier.

La procédé de vague artificielle choisi, Wavegarden, n’existe qu’à l’état de prototype. Avant de voir le jour, la vague divise les spécialistes allés l’essayer. Certains affirment qu’elle est impraticable pour un surfeur moyen, dangereuse pour l’initiation, qu’étant toujours identique, elle ne présente que peu d’intérêt pour l’entraînement et ne permet que très peu de pratiquants simultanément. Un autre soutient qu’il s’est amusé comme un petit fou et qu’il a surfé en une heure ce qu’il aurait surfé en 4 mois…

L’argument principal du porteur de projet qui « se bat pour être le premier en France à décrocher ce type d’équipement qui attirera des surfeurs de toute l’Europe » est battu en brèche ; il y a des projets (privés la majorité du temps) de Wavegarden un peu partout en France et en Europe dans des villes éloignées de la mer et avec une densité d’habitants fortement supérieure à celle des Landes.

Surfeur sauvage ou surfeur d’élevage

Dans le contexte économique actuel et la difficulté que connaissent les parcs d’attractions en tout genre, cette vague pourrait bien devenir celle de la discorde.

« Le surf est une invitation au voyage, au déplacement, à la compréhension et au respect de l’environnement, affirme Francis Distinguin, ancien DTN du surf Français, dans un plaidoyer de 20 pages. Déjà dans les pays anglo-saxons, les surfeurs appellent ces endroits les “kook garden”, en français “le jardin des ploucs”. »

Le projet devient l’objet de tous les sarcasmes : et pourquoi pas une plage artificielle pour les jours où le sable est mouillé ? Surfeur sauvage ou surfeur d’élevage ?

La seule vertu de ce projet consiste, pour l’instant, à diviser une communauté jusqu’ici bien tranquille et heureuse de pratiquer son sport nature dans un lieu privilégié, à discréditer le travail d’éducation à l’environnement et à l’éthique que font les moniteurs au quotidien.

Faut-il en rire ou en pleurer, on ne sait jamais avec le roi Ubu.

Roland Legros est responsable à Les Amis de la Terre – Landes

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