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Yes Igor au Grand Théâtre ? « Encore heureux » !

Après Hamlet, c’est Tchekhov qui va passer à la casserole du collectif bordelais Yes Igor. Leur « comédie musicale miniature », inscrite au festival « Des souris des hommes » et intitulée « Encore heureux », sera sur les planches du Grand Théâtre ce soir et demain, ensuite à Saint-André-de-Cubzac le 5 février.

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Yes Igor au Grand Théâtre ? « Encore heureux » !

"Encore heureux" du collectif Yes Igor sur la scène du Grand Théâtre (WS/Rue89 Bordeaux)
« Encore heureux » du collectif Yes Igor sur la scène du Grand Théâtre (WS/Rue89 Bordeaux)

Ceux qui connaissent l’absurde et l’impertinence du collectif Yes Igor vont se frotter les yeux. Vous avez bien lu, ils seront sur la scène prestigieuse du Grand Théâtre à Bordeaux pour ce que Isabelle Jelen qualifie de « comédie musicale miniature » ; leur dernière création « Encore heureux ».

« Ah bon, tu dirais ça comme ça ? » l’interpelle Monsieur Gadou, le musicien/compositeur/parolier/chanteur.

La question n’était pas de trouver une étiquette au spectacle, mais d’en comprendre le fil. Car il y en a toujours un, même si les créations du collectif cumulent, à première vue, les idées en vrac où le spectateur est invité à y mettre de l’ordre par lui-même.

« C’est l’histoire de gens qui essaient de monter La Mouette de Tchekov », explique la chanteuse/comédienne/danseuse.

Voilà en gros l’idée. Ce qui laisse légitimement penser qu’il s’agit d’une approche théâtrale. « Non plus, il n’y aura pas de narration… »

« On avait déjà une mouette »

Pour le choix de Tchekov et de son volatile, on ne trouvera pas non plus une explication rationnelle. En a-t-on vraiment besoin ?

« Il y avait déjà une mouette dans “Hamlet ou l’éloge du play-back” et on avait envie de la réutiliser », précise Isabelle Jelen.

C’est aussi simple que ça. Partant de cette contrainte drôlement choisie, le collectif s’engouffre dans la réflexion de faire et défaire un spectacle. Sur la scène du Grand Théâtre, il y aura donc deux spectacles en un : d’un côté les préparatifs d’une pièce de théâtre et d’un autre côté ses essais. N’allez cependant pas imaginer une grosse machinerie pour mener l’endroit et le revers de la médaille à bien, le décor est fidèle aux ficelles habituelles du collectif.

« C’est ça le décor, dira Isabelle Jelen. C’est-à-dire pas grand chose pour un endroit comme le Grand Théâtre. »

Pourtant en deux rendez-vous, Thierry Fouquet, le directeur des lieux, a été emballé par le projet et lui a aussitôt trouvé une place dans sa programmation déjà ficelée. Avec un tarif raisonnable et hors formule abonnement, « Encore heureux » a toutes les chances de drainer un public « qui a envie de voir autre chose ».

« Il y aura aussi bien nos amis capucénistes que les habitués de l’Opéra de Bordeaux », espère Monsieur Gadou.

Une mise en abime

Un spectacle sur une compagnie qui veut créer un spectacle : voilà une mise en abime qui ouvre au collectif tous ses champs de prédilection comme la musique, la chanson, la danse, le bruitage, la projection et… le bricolage. Au fil des successions habiles des tableaux, s’intercalent avec humour des clins d’œil à des classiques piochés notamment dans le 7e art.

Entre boîte à rythme et tempo binaire, chansonnettes potiches et postures burlesques, extraits de Bartok et section cuivre, « Encore heureux » permettra au collectif Yes Igor d’imposer son langage et d’opposer son écriture loufoque à une institution bâtie sur des grands classiques. Pour la peine, le spectacle sent la maîtrise un cran au-dessus que d’habitude.

Depuis le très poétique et inattendu « Tombeau de Spike Jones » (2004), les mille et une façons de torturer une guitare dans « Contre La guitare/Le Grand combat » (2009) et l’interprétation bruiteuse d’Hamlet dans « Hamlet ou l’éloge du playback » (2011), les incongruités facétieuses font école dans cette quatrième création – si on compte les deux versions de « Contre la guitare… » et les deux versions de « Hamlet », on dirait que c’est la sixième.

Musique et prise de parole

Le collectif, né en 2004 pour son premier spectacle, a fait ses premiers pas dans les murs du TNT Manufacture de chaussures à Bordeaux (aujourd’hui La Manufacture Atlantique) sous le regard de son directeur de l’époque, Éric Chevance :

« Ce qui m’a surpris en premier lieu, c’est la musique et leur travail sur le son et les bruits, peut-être le cœur de chacun des projets. Mais il y a aussi une réelle délectation à déboulonner les idoles, une auto-dérision assumée et revendiquée, une inventivité sans bornes, un décalage systématique des compétences des interprètes… et surtout un plaisir du jeu particulièrement communicatif. »

Yes Igor est un projet collectif du musicien Monsieur Gadou – déjà vu dans le groupe Tchak –, de la plasticienne Isabelle Jelen, du scénographe Bruno Lahontâa à l’origine de la fondation Raffy, et le musicien et plasticien Pierre Lachaud. Leurs créations accueillent régulièrement des intervenants invités. Pour « Encore heureux », ils sont rejoints par la chorégraphe Andrea Sitter, le traficoteur de son Manuel Coursin et le touche à tout Christophe Cattoen.

Au parcours extrêmement singulier, Yes Igor s’affirme sur la place bordelaise avec cette dernière création :

« On a appris à faire des spectacles, d’abord avec la musique et puis avec la prise de parole », explique Monsieur Gadou.

Allez donc voir, il y a tout pour être encore heureux.

Infos pratiques

• Au Grand Théâtre de Bordeaux, vendredi 30 et samedi 31 à 20h, tarif unique 12€ et placement libre.
• Au Champ de Foire à Saint-André-de-Cubzac, jeudi 5 février à 20h30, tarifs 13/10/7 €.

 


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