Société 

L’habitat participatif renaît dans le bordelais

actualisé le 16/02/2015 à 15h57

Présentation de la maquette de la résidence à ses futurs habitants (DR)

Présentation de la maquette de la résidence de La Ruche à ses futurs habitants (DR)

Ce samedi, la première botte de paille de « La Ruche » est posée à Bègles. Ce bâtiment bioclimatique de 11 logements dans le quartier Euratlantique est le premier projet d’habitat participatif « nouvelle génération » à voir le jour dans la métropole. Mais d’autres projets, impulsés par des coopératives d’habitants comme L’Sud ou H’Nord, sont sur le point de se concrétiser.

En 1948, les Castors de Pessac bâtissaient leur cité lors d’une expérience d’auto-construction coopérative qui a fait date. 67 ans plus tard, Bègles, la commune voisine renoue avec ce glorieux passé, à travers la pose symbolique ce samedi de la première botte de paille de « La Ruche ».

Si ce bâtiment de 11 logements, dont la livraison est prévue dans un an, sera écolo – construit en ossature bois, avec une isolation en paille et en terre, il sera proche des standards du passif (très basse consommation énergétique) – sa principale originalité réside en effet dans sa démarche participative : initié par Axanis (filiale d’Aquitanis, l’office public HLM de Bordeaux Métropole), la ville de Bègles et l’établissement public d’aménagement Euratlantique, bâti sur un terrain cédé par la métropole, le projet a en effet été imaginé par ses futurs habitants.

« Depuis la première réunion en septembre 2013, on se voyait toutes les semaines pendant 3 heures pour y réfléchir, raconte Stéphane Giraud, l’un des futurs propriétaires de logement de la Ruche. C’est très chronophage, et rien n’est encore construit, mais le projet continue à nous emballer, car c’est ce qu’on voulait tous : un endroit à partager avec des parties communes – une buanderie, une grande salle pour les fêtes… – et des logements privées qui répondent aux besoins et aux envies de chacun. »

« Dégouté par la spéculation immobilière »

Loueur de véhicule de 44 ans, père de deux jeunes enfants, Stéphane n’était pas propriétaire, et ne souhaitait pas le devenir :

« J’étais dégouté par la spéculation immobilière, et je ne voulais pas m’endetter à vie pour acheter une échoppe surcotée et inadaptée que je n’aurais pas eu le temps ni l’argent de retaper. Mais le projet de La Ruche nous a interpellé avec ma compagne, car il ne s’agissait pas d’acheter quelque chose sur plan : cela permettait de choisir des matériaux non polluants pour les enfants, de discuter avec ses futurs voisins de comment on envisage de vivre ensemble, et de faire en fonction de la capacité financière de chacun. On a élaboré une enveloppe commune, qui a déterminé un seuil de 2100 euros le m2 qu’on ne voulait pas dépasser. A l’arrivée on sera à 2450, ce qui n’est pas excessif pour avoir au final ce qu’on souhaitait. »

Pour rester dans les clous de ce budget, les abeilles ont dû renoncer à quelques ambitions initiales : exit notamment les panneaux photovoltaïques ou l’appartement d’amis, explique Stéphane :

« On s’est dit qu’on allait tous se connaître et que quand on recevrait de la famille, il serait possible d’utiliser comme chambre des pièces vacantes chez les uns ou chez les autres. »

La maquette de La Ruche, à Bègles (DR)

La maquette de La Ruche, à Bègles (DR)

Du sur mesure au prix du prêt-à-porter

La discussion a été très âpre entre les futurs habitants concernant le parking : alors que les résidences neuves doivent proposer une place et demi par logement, ils ont finalement décidé qu’il y aurait seulement 7 emplacements mutualisés entre les 11 logements, afin d’avoir un jardin plus grand. Face à Axanis qui le jugeait trop coûteux, ils ont tenu bon sur la réalisation d’un toit terrasse de 80 m2.

« C’est de l’architecture sur mesure au prix du prêt-à-porter, résume Loris de Zorzi, directeur d’Axanis. Aujourd’hui, entre la spéculation foncière d’une part, et d’autre part l’évolution des normes techniques, il faut désormais 10 années de salaire à un couple pour se payer un logement, contre deux dans les années 60, et ce n’est plus possible pour un ménage qui a deux smic. Et pour 3600 euros le m2, prix moyen à Bordeaux, impossible d’avoir ce niveau de prestations. Pour nous la Ruche est un prototype, pas un “one shot”, et nous sommes convaincus que cela va devenir une nouvelle voie d’accession sociale à la propriété. Nous avons 3 autres projets sur le point d’être lancés dans la métropole, plus Les Folies à Lormont, réservées à des artistes. »

A La Ruche, sur les 11 logements, deux resteront en locatif, 9 seront en accession sociale à la propriété, dont 7 en prêt social location-accession (PSLA), qui permet à des ménages sans apport personnel d’acquérir le logement qu’ils occupent avec un statut de locataire. De quoi permettre une certaine mixité tant sociale que générationnelle, assure Loris de Zorzi, puisqu’il y aura dans la résidence une famille avec 5 enfants comme une personne retraitée.

Terreau écolo et solidaire

La « doyenne du groupe », comme elle se définit elle même, c’est Noëlle Ribot. Retraitée, porte parole du collectif des associations du Grand Belcier, elle avait relayé auprès d’Euratlantique la demande des habitants du quartier en matière d’habitat participatif, notamment pour reloger les personnes âgées vivant dans des appartements non adaptés.

« Mais au fur et à mesure de l’avancement du projet, je me suis dit que cela pourrait correspondre à mon envie de vivre dans une résidence intergénérationnelle. Je ne veux pas finir dans une maison de retraite, et j’apprécie l’idée d’un habitat collectif surtout constitué de jeunes couples qui veulent faire grandir leurs enfants dans un milieu propice à la solidarité à l’écologie. »

Et ce milieu est décidément très propice à Bègles, dont le député-maire défend l’habitat participatif depuis plusieurs années à l’Assemblée Nationale. D’autres projets devraient en effet voir le jour dans cette commune, ceux des coopératives d’habitants Boboyakas et L’Sud, qui ont récemment trouvé des terrains, et devraient pour les premiers bénéficier de la décote de Bordeaux Métropole, à qui le foncier appartient, pour les seconds de la préemption de l’agglomération sur une propriété privée. L’Sud voit donc se rapprocher son rêve autogestionnaire, avec jardin en permaculture, atelier de bricolage, salle de projection ouverte au quartier, espace café-couture, commandes groupées d’aliments locaux et de saison…

Présentation du projet L'Sud pendant Alternatiba (DR)

L’association L’Sud anime un jeu « J’habite donc je suis ? » (Photo Maxime Couturier/DR)

Torts partagés

La situation devrait aussi se débloquer prochainement pour H’Nord, qui lorgne depuis sa création en 2006 une parcelle aux Chartrons : il vient de trouver un terrain d’entente avec Bordeaux Métropole en vue de la cession de l’îlot Dupaty, dont l’association veut faire un écoquartier d’une cinquantaine de logements, dont un tiers de logements sociaux gérés par le bailleur SNI/Coligny.

Ainsi, le soutien de la collectivité s’avère indispensable à ces associations pour leur permettre d’accéder à des terrains abordables. A Bordeaux Métropole, malgré le soutien politique unanime à l’habitat participatif, reconduit avec la nouvelle majorité, un fin connaisseur de ces projets reconnaît toutefois que la collectivité « n’est pas vraiment en capacité de les accompagner à hauteur de ce qu’ils nécessiteraient », à cause de moyens humains limités.

Cette source souligne que la métropole a « des marges de progrès pour faire en sorte que des projets historiques, qui tournent sur le territoire à la recherche d’aides et de terrains, n’abandonnent pas en cours de route. Mais les associations ont aussi leur part de responsabilité, soit parce que le groupe est mal constitué au départ, soit parce qu’il a des exigences trop importantes. L’association H’Nord aurait sans doute déjà réalisé son projet si elle avait accepté de construire ailleurs que dans le centre-ville de Bordeaux. »

L’association tient aussi mordicus au statut de coopérative – contrairement aux futurs habitants de la Ruche, ceux de H’Nord ne seront pas propriétaires de leur logement, mais de parts sociales de la société, qui remboursera les prêts en son nom et possèdera les murs. Un des objectifs poursuivis est de freiner la spéculation immobilière : au lieu de revendre son appartement quelques années plus tard en empochant une bonne plus-value, l’habitant d’une coopérative qui souhaite s’en aller devra céder ses parts sociales au prix où il les avait acheté…

Garanties

Problème : si le statut de coopérative d’habitant a été rétabli en France par la loi Alur, ses décrets d’application ne sont pas encore parus. Du côté de L’Sud, on envisage donc d’autres solutions :

« On ne va pas encore attendre trois ans de plus pour faire notre projet, qui mobilise actuellement 7 familles, explique Chloé Lirand-Jarrige, une de ses membres actives. Axanis avec La Ruche, mais aussi le COL (Comité ouvrier du logement), basé à Anglet et qui vient de sortir un projet d’habitat participatif à Bayonne, ont réussi à créer des montages pas classiques mais conformes aux réglementations actuelles. La présence d’un bailleur social dans le projet permet en outre d’avoir des garanties financières pour obtenir un crédit. Nous ne savons donc pas encore si on restera sur notre idée initiale de propriété collective, telle qu’elle existe dans d’autres pays (Suisse, Québec), ou si nous irons vers un modèle hybride. »

Malgré ce parcours du combattant, la perspective d’habiter en bonne intelligence avec ses voisins intéresse de plus en plus de monde. Les associations de la métropole bordelaise invitent les personnes qui ne peuvent toutes intégrer leurs rangs à créer leurs propres projets. Un atelier des coopératives d’habitants d’Aquitaine est en train d’être mis sur pied pour former toutes ces bonnes volontés, sorte de déclinaison locale de la maison mère des coopératives françaises, Habicoop.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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