Rafale : Dassault pas encore au 7ème ciel à Mérignac
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Rafale : Dassault pas encore au 7ème ciel à Mérignac

actualisé le 06/03/2015 à 08h07

François Hollande s'est exprimé devant les salariés de l'usine Dassault à Mérignac (SB/Rue89 Bordeaux)

François Hollande s’est exprimé devant les salariés de l’usine Dassault à Mérignac (SB/Rue89 Bordeaux)

Pour célébrer la vente des Rafales à l’Egypte, François Hollande a visité ce mercredi l’usine Dassault à Mérignac, où est assemblé l’avion, une première pour un président de la République. Ce premier contrat à l’export pérennise l’activité du site pour quelques années, mais les salariés espèrent que d’autres suivront.

C’est en Falcon, ces jets fabriqués à Mérignac, que François Hollande a atterri ce mercredi, directement dans l’enceinte de l’usine Dassault. Peu après, un Rafale survolait le comité d’accueil à basse altitude. Tout un symbole des liens étroits entre l’avionneur et l’Etat, pour cette première visite d’un président de la République sur ce site historique de l’avionneur.

Puis le chef des armées a découvert la chaîne de montage, où sont assemblées les pièces du Rafale, grimpant dans un cockpit de « ce formidable avion qui participe à la défense de notre pays », ou permet de repousser les terroristes au Mali.

Il s’est enfin exprimé devant une bonne partie des 1300 salariés de l’usine, saluant bien sûr la vente des 24 Rafale à l’Égypte – « un signal décisif pour remporter d’autres commandes ».

Déceptions

François Hollande, pas plus qu’Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, n’ont toutefois souhaité s’étendre sur le sujet :

« Il faut continuer les discussions avec l’Inde, elles seront longues, on le sait, a souligné le chef de l’Etat à propos des négociations complexes avec New Delhi, qui souhaite d’importants transferts de technologie. Et il faut aller voir les autres pays qui se sont révélés intéressés par le Rafale à la suite du contrat égyptien. (…) Ce qui compte, c’est d’avoir un temps de négociation discret, parce que si on fait des annonces en disant qu’on va avoir un contrat et qu’il ne vient pas, ça créé une immense déception. Et il y a en a eu plusieurs. »

Aussi, le contrat égyptien a-t-il été accueilli avec un grand soulagement par les salariés de Mérignac :

« Ça faisait tellement longtemps qu’on attendait ça, et des années que les médias nous tapaient dessus en disant que le Rafale était trop cher ou trop complexe, rappelle Jean-Claude Cousiney, contrôleur qualité et responsable syndical (CGT). Maintenant c’est une merveille ! Un beau retour de balancier. Cela pérennise l’avenir de cet avion, dont la fabrication aurait pu s’arrêter dès 2017. »

Horizon dégagé quelques années

Technicien sur la chaîne d’assemblage de l’avion de chasse, Nicolas Veyssière confirme :

« C’est super positif, sachant que les livraisons pour l’armée française touchent à leur fin. On aurait dû fermer la chaîne d’ici deux ans, cela aurait été un désastre technique et humain. »

Les 24 avions à livrer au Caire s’ajoutent aux 43 restant à fournir à la France (sur 180 commandés), ce qui, à raison de 11 Rafale par an, assure un plan de charge de quelques années. Pas de quoi embaucher massivement, néanmoins : selon Eric Trappier, l’assemblage de l’avion, qui emploie une centaine de salariés à Mérignac, dont 30 à 40 sur la chaîne de montage, pourrait doubler dans les conditions actuelles.

Vol d'un rafale au dessus de l'usine Dassault à Mérignac (SB/Rue89 Bordeaux)

Vol d’un rafale au dessus de l’usine Dassault à Mérignac (SB/Rue89 Bordeaux)

Tissu aquitain

Au-delà de la possible commande indienne, qui assurerait la fabrication en France de 18 avions seulement, le personnel de Dassault espère beaucoup du Qatar, qui pourrait acheter jusqu’à 36 Rafale. Ceux-ci seraient tous assemblés à Mérignac, à partir de produits « locaux » pour certains : Dassault, qui emploie 2800 personnes dans la région, fabrique les ailes à Martignas-sur-Jalle, le tronçon arrière et l’empennage à Biarritz ; Thales conçoit le radar et l’avionique en partie au Haillan et à Pessac (les deux usines vont être prochainement regroupées sur un seul site, à Mérignac).

François Hollande a d’ailleurs salué l’Aquitaine, « lieu d’accueil historique de l’industrie aéronautique, disposant d’un tissu industriel très dense, avec de grandes entreprises comme Thales, Turboméca, Safran, Airbus, et d’un pôle de compétitivité puissant avec l’Aérocampus. On a besoin en France de grandes filières industrielles et l’aéronautique, qui pèse 23 milliards d’euros à l’export, en est une. »

D’ailleurs, l’élan est actuellement plutôt du côté des drones et de l’aviation civile : 75% du chiffre d’affaires de l’usine Dassault de Mérignac est assuré par ses Falcon, dont le dernier modèle, le 8X, vient d’effectuer son premier vol. L’avionneur, qui a embauché 70 à 80 personnes à Mérignac l’an dernier, va créer un site de maintenance des Falcon, qui emploiera 100 personnes supplémentaires.

Questions éthiques toujours en l’air

Cela pose moins de questions éthiques que l’industrie de l’armement : peu de choses ont encore été dites ce mercredi à Mérignac sur l’utilisation des Rafale par l’Egypte ou d’autres clients plus ou moins démocrates. Seul un salarié, Antony, manifestait spontanément son inquiétude que l’avion de chasse soit utilisé « à bon escient » et ne bombarde pas de populations civiles.

Un avis qui rejoint celui d’une des rares voix discordantes parmi les élus locaux, celle de Gérard Chausset, conseiller métropolitain écologiste de Mérignac, qui réagissait ainsi le 13 février dernier :

« Peut-être qu’aujourd’hui la lutte contre l’État Islamique justifie pleinement cet équipement, qu’en sera-t-il demain dans une autre configuration politique majoritaire en Égypte ? Et au niveau économique, ce contrat est couvert à 50% par l’État Français (via la Coface) et donc par le contribuable. En cas de non-paiement, Dassault se retournera vers l’État français pour se faire payer. On peut supposer que de telles clauses sont dans le contrat. Un Rafale vaut entre 100 et 120 millions d’euros pièce, comment l’Égypte va payer ces milliards d’euros ? »

Sans doute comme la France s’offre les siens : en s’endettant. Et puis chuuuut, il faut taire le prix de ces joujoux, des marchandages sont en cours…

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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