Au Nouveau stade, un sous-traitant taclait ses salariés
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Au Nouveau stade, un sous-traitant taclait ses salariés

Manifestation des ouvriers de Wit &Ki devant le nouveau stade (SB/Rue89 Bordeaux)

Manifestation des ouvriers de Wit &Ki devant le nouveau stade (SB/Rue89 Bordeaux)

14 ouvriers venus d’Espagne pour travailler sur le chantier du grand stade à Bordeaux, ne sont plus payés depuis 3 mois. Leur entreprise, Wit & Ki, sous-traitante d’une filiale de Fayat,  vient d’être placée en liquidation judiciaire, après avoir tenté de faire migrer les contrats de ses salariés dans une société de droit espagnol. La CGT dénonce le moins disant social généré par la sous-traitance en cascade.

Si le nouveau stade de Bordeaux a reçu hier le feu vert des commissions de sécurité pour son ouverture, des ouvriers du chantier, soutenus par la CGT, adressent un carton rouge aux entreprises qui le construisent. Depuis 3 mois, 14 personnes n’ont été payées : elles l’ont fait savoir lors d’une manifestation ce vendredi devant le stade, avec force banderoles réclamant justice.

Ils sont pour la plupart Espagnols, ou résidents en Espagne, recrutés il y a un an à Madrid par Wit & Ki, une entreprise française à laquelle Castel et Fromaget, filiale du groupe Fayat, a sous-traité le montage de la charpente.

« Ma famille dépend de mon salaire, et chez moi, à Talavera de la Reina, on nous a coupé le gaz, et on a plus d’eau chaude », témoigne Adrian Popa, au bord des larmes quand il explique ne plus avoir de quoi offrir un ciné à sa fille.

Liquidation

Alors qu’ils étaient logés à l’hôtel, puis au camping, aux frais de leur employeurs, les ouvriers de Wit & Ki ont fini par se retrouver sans salaire, puis sans toit. Ils se sont alors tournés vers la CGT, qui pour l’instant, les héberge et les nourrit. Le syndicat, qui crie au « scandale social », a saisi le tribunal des prud’hommes en référé pour obtenir le paiement des arriérés de paiement. Comme Wit & Ki, société basée dans l’Oise, a été placée mercredi en liquidation judiciaire, les salaires devraient être pris en charge par l’AGS (régime de garantie des salaires), pour un montant que la CGT estime à 120000 euros.

Ces ouvriers espagnols, mais aussi roumains, camerounais et ukrainien, bénéficiaient de conditions de travail françaises, avec un salaire horaire au niveau du SMIC. Pour la plupart d’entre eux, c’est la première fois qu’ils partaient travailler à l’étranger, après avoir été recrutés par un ancien chef en qui ils avaient confiance.

Ce ne sont donc pas des travailleurs détachés, payés en France aux conditions de leurs pays d’origine, comme l’étaient par exemple des Hongrois exploités sur un chantier de centrale photovoltaïque en Gironde.

Émigration des contrats

Mais pour profiter de ce dispositif européen de détachement, Wit & Ki a tenté de faire « migrer » leurs contrats de travail vers une filiale espagnole artificiellement créée. Injoignable, Wit & Ki fait pour cette raison l’objet d’une procédure judiciaire lancée par l’inspection du travail. Car la manœuvre est totalement illégale, explique-t-on à Rue89 Bordeaux chez Fayat (coactionnaire avec Vinci du consortium Stade Bordeaux Atlantique,  qui construit et va exploiter le nouvel équipement)  :

« Castel et Fromaget s’est rendu compte en février dernier, dans le cadre d’un audit, que ces contrats de travail avaient été transférés vers une société de droit espagnol. L’entreprise a réagi immédiatement et fait tout ce qu’elle pouvait : elle a immédiatement résilié le contrat de sous-traitance avec Wit & Ki, et assigné celle-ci pour violation de ses obligations contractuelles au tribunal de commerce d’Auch (le siège de Castel et Fromaget se trouvant à Fleurance, dans le Gers, NDLR). Et Castel et Fromaget a demandé à un autre sous-traitant, Emobi, d’employer ces ouvriers pour la fin du chantier ».

Mais ceux-ci ne comptent pas en rester là. Les 14 ouvriers dénoncent en vrac un chantage à l’emploi permanent, Wit &Ki menaçant de virer et de les renvoyer en Espagne, où la situation économique est difficile. Ils parlent de conditions de travail inhumaines (pas de pause pipi avant l’arrêt déjeuner, journées de travail allant jusqu’à 60 heures…), et d’obligations d’acheter à leurs frais leur équipement de sécurité (casque, bottes…) ou de remplacer un pneu de camion crevé.

« Moins-disant social »

Alors qu’un seul homme du groupe parle français et sert d’interprète – Frédéric Deutcho, originaire du Cameroun -, ils affirment en outre avoir été victime d’une escroquerie sur leurs  bulletins de salaires – l’employeur ne leur aurait en outre payé que 203 heures sur 240 réalisées dans le mois, prétextant que le reste servait à payer des impôts.

Autant d’abus que les maîtres d’œuvre du stade ne pouvaient ignorer, affirme Julien Ruiz, de l’Union départementale de la CGT :

« C’est lamentable que sur un chantier prestigieux, on rencontre des situation sociales aussi dramatiques. Les donneurs d’ordre – Fayat et Castel Fromaget – ne pouvaient pas connaître les réalité des pratiques chez ses sous-traitants , c’est ce qu’en termes juridiques on appelle un « défaut de surveillance ». C’est pourquoi nous nous portons partie civile au pénal, et que nous envisageons de saisir les prud’hommes dans un deuxième temps, une fois le référé passé, pour juger sur le fond et évaluer les préjudices. »

Le syndicat met globalement en cause « la course effrénée aux au moins disant social dans les appels d’offre », et souhaite que les pouvoirs publics « soient plus exigeants sur les conditions sociales ». Interrogé ce vendredi sur ce sujet, Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, n’a pas commenté une affaire qui reste selon lui du domaine des entreprises concernées.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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