La place Gambetta à la reconquête des Bordelais
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La place Gambetta à la reconquête des Bordelais

actualisé le 28/09/2016 à 14h41

L'atout de la place Gambetta : son jardin datant du XIXe siècle. (ML/Rue89 Bordeaux)

L’atout de la place Gambetta : son jardin datant du XIXe siècle. (ML/Rue89 Bordeaux)

Comment redynamiser la place Gambetta ? Trafic routier intense, nuisances sonores, perte de fréquentation… Le lieu a besoin d’un coup de peps. Le concours d’architecture et d’ingénierie pour son aménagement futur a attiré nombre de candidatures. Au total, 65 équipes ont souhaité participer à ce grand projet.

La place Gambetta n’attire plus foule, ou du moins celles déversées par les bus ne s’y attardent guère. La réhabilitation du lieu, dont la façade est classée monument historique, vise un retour du grand public.

L’objectif majeur : limiter l’impact des réseaux de transport, mettre en valeur le patrimoine historique et favoriser la circulation des piétons. L’éclairage et le mobilier urbain devraient être changés et le jardin central repensé.

François Diard habite sur la place et préside l’association SOS Gambetta qui milite pour le réaménagement des lieux :

« La vie n’est pas agréable quand les bus passent sous vos fenêtres. Il faut redonner de l’élégance, du bien vivre et du lien social. »

Une enveloppe de 6,5 millions d’euros pour les urbanistes

Parmi les 65 candidats au concours, cinq seront sélectionnés sur curriculum vitae en juillet et devront remettre leurs projets d’ici fin 2015. Le lauréat sera désigné en décembre 2015 par un jury. Le cabinet devra disposer des compétences d’au moins quatre professionnels : un paysagiste, un architecte, un bureau d’études techniques et un concepteur en éclairage. L’équipe se verra confier l’aménagement des voiries et de l’espace public par la Ville et Bordeaux Métropole, co-maîtres d’œuvre du projet. Elle disposera d’une enveloppe de 6,5 millions d’euros TTC.

Un pré-programme d’une quarantaine de pages co-signé par l’a’urba (agence d’urbanisme de l’agglomération de Bordeaux) a été publié en février 2015 et vise à orienter les propositions pour mieux concilier les différentes activités sur la place.

Le projet, qui est susceptible de modifier le cadre de vie des citoyens et l’activité économique, a été ouvert à la consultation publique. Comme le précise le Code de l’urbanisme, le but est d’associer « pendant toute la durée de l’élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées ». SOS Gambetta suit le dossier de près et tient à sa collaboration, qualifiée d’exemplaire, avec les maîtres d’œuvre et le maire Alain Juppé.

« Le document nous satisfait car il reprend la liste des objectifs que nous avons transmise à la CUB (devenue Bordeaux Métropole, NDLR). Nous avons souhaité un programme ouvert, sans contrainte pour les urbanistes, pour laisser place à la créativité », souligne François Diard, dont l’association compte 213 riverains soucieux de la défense du patrimoine architectural de la place.

Quid de la concertation ?

Dans le cadre de la concertation publique, les citoyens peuvent lire le rapport de l’a’urba et faire part de leur avis dans un registre à la mairie de Bordeaux ou sur internet.

Sur le site de Bordeaux Métropole consacré à la participation citoyenne, la place Gambetta est parmi les trois grands projets qui suscitent le plus de réactions. Cependant, le nombre d’avis exprimés sur le Net est plutôt réduit, Rue89 Bordeaux en a compté 11 à ce jour.

Sur internet, Joan opte pour l’interdiction de la voiture :

« La place Gambetta doit symboliser la mutation de Bordeaux vers une métropole verte et dynamique. Elle doit laisser place à des bus à haut niveau de service, à tous les déplacements doux (cyclistes, piétons..) mais rester interdite aux voitures. »

« Il faudrait des petits cafés avec du caractère, des boutiques (non des enseignes que l’on voit partout), que les habitants puissent se créer une vraie vie de quartier avec des habitudes, du lien social… » complète Liz.

Certains commerçants de la place ont renoncé à toute participation. Jacques Darles, propriétaire de « La fête 33 center » explique son désintérêt :

« Avant la dernière rénovation de la place, il y a trois ans, on nous avait convoqués à la Mairie. Comme nous étions nombreux, on n’a pas pu poser de questions et le projet qui avait été choisi nous a directement été présenté. Là, il y a eu une réunion organisée, je n’y suis pas allé, je suis découragé. »

Une ultime réunion de concertation ouverte au public aura lieu le 11 juin avant la désignation en juillet des cinq candidats retenus pour présenter leurs projets. Pour ce qui est de la nomination du lauréat, les citoyens ne prendront pas part à la délibération. Alors, qui décide ?

« C’est un jury d’experts, dont la composition est très importante car elle conditionne la décision. On ne sait pas qui y siège, moi je n’ai pas le droit d’y être. Mais une fois l’architecte désigné, on devrait continuer notre collaboration au projet », précise François Diard, président de l’association de riverains SOS Gambetta.

Moins de bus et plus de locomotives

Plus de 1300 bus et 16000 usagers traversent la place Gambetta tous les jours. En décembre 2014, 19 000 véhicules étaient comptabilisés quotidiennement sur le cours Clemenceau. À tel point que le trafic dissuade certains riverains de s’attarder sur la place :

« Les voitures me fatiguent. On cherchait à s’assoir en terrasse, mais pas ici, c’est trop bruyant », avoue cette habitante du quartier.

La place Gambetta apparaît aujourd’hui comme un lieu de passage, un pôle multimodal majeur des transports bordelais, reléguant au second plan la richesse historique et architecturale du lieu.

« Le trafic des bus, c’est infernal, mais on s’y habitue. Et en même temps je ne vois pas d’autre endroit qu’ici pour le passage des bus, les rues à côté sont trop petites », s’exaspère Jacques Darles, propriétaire de la boutique « La fête 33 center ».

Le rapport fait état du problème et propose une réévaluation du rôle de la place Gambetta dans le réseau de transport bordelais. Pour alléger le trafic, le report de lignes et terminus pourrait être une solution alternative. La création d’un « site dédié aux transports en commun entre la rue du Dr-Charles-Nancel-Pénard et la rue Judaïque » est d’ailleurs suggérée. Le transfert de lignes de bus place de la République avait été évoqué il y a quelques mois.

Keolis Bordeaux Métropole, l’exploitant du réseau Tram et Bus de la Cub a annoncé la réduction de 40% du trafic des bus sur le site. Cet allègement sera effectif dès le 1er septembre 2015 en attendant les travaux à venir. TBC confirme le déplacement de la liane 1 : elle reliera la gare Saint-Jean (et plus la place des Quinconces) à l’aéroport Bordeaux-Mérignac et ne desservira plus la place Gambetta.

En parallèle, les petits commerces de la place voient leur fréquentation baisser faute d’enseigne servant de locomotive.

« Avant, il y avait le Virgin qui était un « spot », maintenant il n’y a plus de gros magasins pour attirer les gens. On a beaucoup moins de fréquentation. Je suis installée à Gambetta depuis vingt ans et je constate qu’il y a de moins en moins de commerces », observe la bouquiniste de la place.

Au 15-19 de la place Gambetta, 5500 m² ont été libérés après la fermeture du Virgin Mégastore en juin 2013.

« On aurait souhaité une grande enseigne mais finalement Generali, la propriétaire des murs, installera ses bureaux à l’étage et des commerces au rez-de-chaussée et à l’entresol », précise François Diard de SOS Gambetta.

Le magnolia centenaire de la place Gambetta devra être préservé. (ML/Rue89 Bordeaux)

Le magnolia centenaire de la place Gambetta devra être préservé. (ML/Rue89 Bordeaux)

Un îlot de verdure à conserver

Le rapport d’a’urba préconise de revaloriser le patrimoine afin de stimuler l’attractivité du lieu. Le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) du centre historique de Bordeaux vise à faire ressortir les façades de la place. Les paysagistes devront donc réfléchir à l’intégration des arbres dont le feuillage actuel tend à masquer les bâtiments. Quant aux éventuels ravalements de façade, les travaux seront à la charge des propriétaires.

Le jardin central à l’anglaise date du XIXe siècle. À l’époque, son esprit bucolique et sa localisation, au cœur du centre ville, ont fait son succès.

Les marronniers qui entourent la place vont faire l’objet d’une étude phytosanitaire déterminant leur état de santé. Malades et leurs racines dégradant la chaussée, le rapport n’exclut pas la possibilité de les remplacer par d’autres arbres. Protégé par le PSMV, l’îlot devra cependant conserver la présence d’un plan d’eau et deux types d’arbres : deux magnolias centenaires et un oranger des Osages.

Riverains et commerçants tiennent à la fraîcheur du jardin central qui fait la spécificité de la place.

« C’est une place vivante, les jeunes l’aiment bien. Il y a beaucoup de verdure, c’est agréable. Il faudrait peut-être ajouter quelques bancs au niveau des espaces verts » propose une riveraine.

Même son de cloche chez le commerçant Jacques Darles :

« Les places minérales, c’est un peu triste, Gambetta est la seule place où il y a de la végétation. On a besoin de verdure. Il faut bien aménager les trottoirs, qu’ils soient  propres, et faire des arrêts de bus plus confortables. Les gens auront davantage envie de rester. »

L’employée de la Maison Darricau souhaiterait faciliter l’accès à l’îlot :

« On est entourés de voitures, c’est difficile de traverser, est-ce qu’il ne faudrait pas mettre de passerelles et faire un jardin plus agréable ? Il faut bien de l’espace pour les voitures et les bus, ça amène du monde. »

En plus de réduire le trafic des bus et les nuisances sur l’environnement, le pré-programme d’aménagement préconise davantage de stationnements vélos et la valorisation de l’éco-mobilité.

Des travaux prévus pour 2018 et 2019

Les travaux devraient s’étendre de 2018 à décembre 2019 ou janvier 2020. Les commerçants redoutent un baisse du chiffre d’affaire conséquente sur cette période. François Diard, président de l’association SOS Gambetta, est convaincu que les perte seront compensés par les bénéfices futurs apportés par un nouveau dynamisme de la place et la reprise du commerce. Moins optimistes, certains commerçants proches de la retraite pensent déjà à plier boutique.

Calendrier

  • Juin 2015 : fin de la concertation publique, la date n’est pas encore arrêtée
  • 11 juin : prochaine réunion publique sur le principe d’une table ronde avec modérateur
  • Juillet 2015 : désignation des équipes admises à concourir
  • Septembre 2015 : allègement de la circulation intermédiaire
  • Décembre 2015 : désignation du lauréat
  • 2018 – 2019/ 2020 : travaux de réaménagement
L'AUTEUR
Margaux Lacroux
Journaliste en devenir à l'ISIC de Bordeaux

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