Les animateurs ne veulent pas plus d’enfants à charge
Société 

Les animateurs ne veulent pas plus d’enfants à charge

actualisé le 02/07/2015 à 20h33

Une centaine de personnes a manifesté ce mercredi devant l'Hôtel de Ville. (ML/Rue89 Bordeaux)

Une centaine de personnes ont manifesté ce mercredi devant l’Hôtel de Ville (ML/Rue89 Bordeaux)

Les onze centres d’animation de Bordeaux étaient en grève ce mercredi après-midi. Motif : l’augmentation actée par la mairie du nombre d’enfants à la charge des animateurs. Ceux-ci ont manifesté devant l’Hôtel de Ville.

Le décret lié à la loi des rythmes scolaire permet de confier jusqu’à 18 enfants à un animateur pour les 6-12 ans. Pour cette tranche d’âge, la mairie de Bordeaux a décidé de passer de 12 à 14 enfants par animateur et de 8 à 10 pour les maternelles. Or la profession dit redouter la détérioration des activités et sorties proposées au jeune public, à cause d’effectifs trop chargés.

Le 24 juin, le personnel de l’association des centres d’animation de quartiers de Bordeaux (Acaqp) a décidé de lancer un appel à la grève. Une première, de mémoire d’ « anciens ». La revendication est simple : conserver le taux d’encadrement actuel.

Attention, danger

Devant l’hôtel de ville, et sous un soleil de plomb, la foule scande « Un pour 14, un pour 18, même danger ! » Une des principales missions des animateurs est d’assurer la sécurité mentale et physique des enfants. Avec la modification des effectifs, l’encadrement des groupes risque d’être plus délicate, d’autant plus quand des sorties sont organisées hors des centres.

« Déjà, douze enfants ça peut être difficile dans certains quartiers, 14 c’est ingérable. On ne fait pas de la garderie, on fait de l’animation. Je propose à Mr Juppé de venir faire un stage, non rémunéré bien entendu, en centre de loisirs. Je pense qu’il réalisera à quel point c’est difficile », plaisante à moitié une « super animatrice », comme l’indique sa pancarte.

Les sorties des enfants seraient menacées de disparition selon les animateurs  :

« Ça n’est pas que pour nos emplois qu’on manifeste, c’est pour les gamins et contre la dévalorisation de notre métier. On fait des projets artistiques, culturels en partenariat avec des associations, on les emmène au cirque, au grand théâtre, on essaie vraiment de sortir les gamins du quartier », explique une animatrice du centre Bastide Benauge.

La sécurité en question sur les pancartes. (ML/Rue89 Bordeaux)

La sécurité en question sur les pancartes. (ML/Rue89 Bordeaux)

Direction VS salariés

La direction générale de l’Acaq est en désaccord avec les grévistes. Contacté par Rue89 Bordeaux, Jean-Luc Benguigui, directeur général de l’association, déplore des problèmes plus larges que l’application du décret en question.

« Nous ne sommes pas solidaires du mouvement. Le personnel, en manifestant devant la mairie, ne s’adresse pas au bon interlocuteur. Notre association a un conseil d’administration, dont la ville de Bordeaux fait justement partie. Et puis, c’est plus complexe que ça, le monde associatif en général pâtit du désengagement de l’Etat. »

« Situation pas tenable »

Pour lui, cette mesure d’augmentation des taux d’encadrement est justifiée, du moins au niveau financier.

« La situation n’est pas tenable, étant donné les ressources financières de 2016, nous pensons que la décision de la mairie est mesurée. Mais il est pour nous important de maintenir la qualité de l’animation. Nous sommes prêts au dialogue en ce qui concerne le temps de préparation des activités par exemple. »

Benoît Hec, secrétaire du comité d’entreprise, insiste sur les conditions de travail et les répercussion sur les enfants, même si la mairie n’est pas allée jusqu’au taux d’encadrement maximal autorisé.

« La direction nous a dit que le taux d’encadrement était raisonnable. Or quand on encadre des enfants de 3 à 6 ans, une augmentation du nombre d’enfants c’est lourd pour faire un travail de qualité. »

Coupes budgétaires

Même si la question de la suppression d’emplois est au second plan de la manifestation, les inquiétudes à ce propos se font entendre. À la Benauge par exemple, 84 enfants sont à la charge de 7 animateurs. L’application de la décision de la mairie, en lien avec le décret national, revient à supprimer un poste.

« Il y a déjà eu des remaniements de contrats et d’énormes coupes budgétaires. Notre métier est précaire, il y a beaucoup de CDD de 3 mois. On est beaucoup à être à 25h, certains sont même à des contrats de 10h », déplore une animatrice embauchée en septembre.

Jean-Luc Benguigui, directeur général de l’Acaqp, reconnait que la précarité des emplois  « est une vraie difficulté » même s’il soutient que les CDI sont à la hausse et qu’une meilleure flexibilité des employés améliorerait la situation.

Les parents étaient au rendez-vous pour demander le maintien des taux d'encadrements actuels. (ML/Rue89 Bordeaux)

Les parents étaient au rendez-vous pour demander le maintien des taux d’encadrements actuels. (ML/Rue89 Bordeaux)

Les parents mobilisés

A la centaine d’animateurs présents, se sont joints plusieurs parents et enfants venus soutenir leurs animateurs à Pey Berland.

« Je n’ai plus d’enfants en centres de loisirs mais je suis solidaire, je pense aux autres enfants et aux animateurs », explique une maman dont la fille va rentrer en classe de sixième.

D’autres, plus directement concernés tiennent à la qualité des activités proposées.

« Je suis un parent en colère, il n’y aura plus d’activités intéressantes. J’ai quatre enfants en centre d’animation, je compte vraiment sur le personnel et sur les activités que mes enfants aiment faire », plaide une mère de famille venue manifester avec ses enfants, lunettes de soleil sur le nez et casquette sur la tête.

Reprise du mouvement en septembre

Les animateurs disent ne pas avoir rencontré de résistance à l’annonce de la grève et sont reconnaissants de la bienveillance des parents.

« Le parents compatissent. À l’annonce de la grève, aucun n’est venu protester à ma connaissance. Justement, une maman m’a dit ‘Moi j’ai juste une fille et j’ai parfois du mal à la gérer, alors vous avec 12, 14, voire 18 enfants ! », raconte une animatrice du centre de la Benauge.

La mairie a reçu les représentants de la profession dans l’après-midi. Après avoir donné des explications concernant le choix d’augmenter le taux d’encadrement, la Ville a maintenu sa position. Les animateurs annoncent la poursuite du mouvement à la rentrée de septembre.

L'AUTEUR
Margaux Lacroux
Margaux Lacroux
Journaliste en devenir à l'ISIC de Bordeaux

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