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La culture en friche au Taillan ?
Culture  Politique 

La culture en friche au Taillan ?

par Simon Barthélémy.
Publié le 30 novembre 2015.
Imprimé le 05 août 2021 à 10:21
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La gratuité, c'est fini au Pôle culturel du Taillan-Médoc (DR)

La gratuité, c’est fini au Pôle culturel du Taillan-Médoc (DR)

Fin de la gratuité de la médiathèque, 1% artistique repoussé… L’opposition socialiste dénonce les économies visant le secteur culturel, récemment adoptées par la municipalité du Taillan-Médoc. Celle-ci met en avant ses finances exsangues, léguées par la précédente majorité, et en cours d’examen par la chambre régionale des comptes.

Le dernier conseil municipal du Taillan-Médoc, le 8 octobre, a voté une délibération déclarant « sans suite » un projet d’œuvre destinée à décorer le Pôle culturel de la ville. Le texte prévoyait d’indemniser à hauteur de 5000 euros l’artiste, Emmanuel Aragon, retenu pour cette commande, passée en janvier 2014, et d’un budget total de 47000 euros. Motif : « les finances de la commune ne permettent plus à ce jour de financer le 1% artistique ».

L’ancien maire de cette ville de la métropole, Ludovic Freygefond, a aussitôt envoyé au préfet de région une demande de contrôle de légalité de cette décision. Cette décision lui semble en effet contrevenir à l’obligation faire aux collectivités territoriales de consacrer 1 % du montant de l’investissement à l’insertion d’œuvres d’art dans toutes leurs constructions. Et le « classement sans suite du 1% culturel n‘est selon lui pas « motivé par des fondements juridiques ».

Pour la maire du Taillan le projet artistique est simplement « repoussé » :

« On le fera quand on aura les moyens », indique à Rue89 Bordeaux Agnès Versepuy qui précise que cette décision n’a pas été « prise par plaisir, mais sous la contrainte budgétaire ».

« Un projet massacré »

« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », déclare l’ancien patron du PS girondin. Ce dernier avait « fait le choix de ne pas trop s’exprimer et de rester en retrait » du fait des deux procédures judiciaires dont il est l’objet – condamné en première instance pour corruption passive et prise illégale d’intérêt dans une opération immobilière, il sera jugé en appel ce mardi à Bordeaux. Lorsque nous l’avons rencontré (avant les attentats du 13 novembre), Ludovic Freygefond craignait d’ailleurs le télescopage entre cette actualité et son combat pour défendre son bébé, le Pôle Culturel .

« On ne peut pas massacrer un projet parce qu’on l’a combattu pendant les élections municipales», poursuit-il.

Ludovic Freygefond critique en effet une succession de décisions visant la médiathèque : la mairie a refusé un legs de 20000 CD de musique classique, arguant qu’elle n’aurait pas le personnel pour traiter cette donation d’un particulier. Les disques ont finalement atterri à la bibliothèque de Bordeaux. La ville est en outre revenu sur l’ouverture du Pôle culturel les premiers dimanche après-midi du mois, et a décidé de le laisser fermer un autre jour dans la semaine, le jeudi. Enfin, elle a renoncé à la gratuité de l’inscription, à contrecourant de la tendance des bibliothèques métropolitaine.

« Pas question de sacrifier la culture »

Tout ça pour faire des économies de bout de chandelle, plaide l’opposant socialiste. Selon lui, l’inscription payante (15 euros par an) rapportera entre 8000 et 12000 euros par an, à supposer que ses 2700 abonnés (contre 1300 avant l’ouverture de la médiathèque, l’an dernier) acceptent de payer.

« La majorité municipale au Taillan est une droite très conservatrice qui a un vrai problème avec la culture », tranche Ludovic Freygefond.

Agnès Versepuy, l’édile de la commune, proteste :

« Il n’est pas question de sacrifier la culture, bien au contraire, mais de se focaliser sur les actions au quotidien. Les ateliers de musique (qui ont attiré 50 enfants supplémentaires, NDLR) restent par exemple gratuits. Mais de très gros investissements ont été faits entre 2010 et 2014, notamment la construction de la médiathèque et du groupe scolaire Tabarly. Et le contrôle en cours de la chambre régionale des comptes confirme la situation très compliquée pour la commune, déjà observée l’an dernier par une étude du Trésor Public. Nous devons faire de grosses économies. Des arbitrages ont été pris, comme l’extinction de l’éclairage public la nuit, qui nous fera gagner 40000 euros par an. »

1 million d’économie par an ?

Le Taillan-Médoc aurait en effet un encours de dette de 13 millions d’euros, soit 1 316 euros par habitant, quand la moyenne est en Gironde de 786 euros par habitant. La commune, qui doit rembourser cette année 1,6 million, est celle de la métropole qui a le plus de difficulté à rembourser sa dette. Un vrai « effet ciseau », puisque les dotations de l’Etat ont parallèlement fondu (de 325000 en 2015), et la ville se refuse à augmenter ses impôts locaux.

Que préconisera la Chambre régionale des comptes ? La municipalité prépare actuellement ses réponses au rapport intermédiaire, encore non rendu public. Mais elle pourrait devoir faire 1 million d’euros d’économie supplémentaire sur son budget de fonctionnement, de 9 millions actuellement…

Aussi, Agnès Versepuy espère que la préfecture sera « compréhensive », si elle effectue le contrôle de légalité sur le 1% artistique du le Pôle culturel. L’Etat a deux mois pour le faire après la saisine par Ludovic Freygefond.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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