Mobilisation pour défendre les options facultatives au lycée
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Mobilisation pour défendre les options facultatives au lycée

Les affiches sur les grilles du lycée Max-Linder à Libourne (DR)

Les affiches sur les grilles du lycée Max-Linder à Libourne (Olivier Desagnat)

Dès la rentrée 2016, le Rectorat de Bordeaux a décidé de supprimer le financement des options facultatives non linguistiques dans les lycées. Une décision qui inquiète de nombreux établissements craignant la perte de leur attractivité, de postes d’enseignants, et d’effectifs.

« Après les attentats, on a dit que c’est la culture qui allait sauver le monde, et on finit par supprimer des options artistiques ! », s’emporte une professeur d’Arts plastiques d’un lycée bordelais. Les enseignants s’inquiètent d’une directive qui sera appliquée à partir de la rentrée 2016 : le financement des options facultatives non linguistiques est dorénavant à la charge des lycées.

Une mesure qui a poussé les professeurs et les élèves du lycée Max-Linder, à Libourne, à organiser une journée d’action ce vendredi pour protester contre la disparition de leurs options facultatives « arts plastiques » et « cinéma ». Comme eux, les enseignants et les parents d’élèves du lycée Elisée-Reclus à Sainte-Foy-la-Grande s’étaient mobilisés mardi dernier pour les options « sport », « arts plastiques » et « musique ».

L’autonomie des lycées

Pour comprendre cette mesure, nous avons tenté de joindre le recteur de l’Académie de Bordeaux. Celui-ci a répondu par le biais d’une note transmise par ses services :

« La carte des formations est arrêtée par le recteur. Dans les mesures en préparation pour la rentrée, nous avons globalisé les dotations horaires des options. Cela s’inscrit dans le renforcement de l’autonomie des établissements. […] Il n’y a pas de fermetures des options. En fonction de la dotation globale horaire, c’est au lycée de les financer. »

La Dotation globale horaire (DGH) est une enveloppe d’heures attribuée aux lycées par le Rectorat (et aux collèges par l’Inspection Académique) en fonction des effectifs prévus, des options ou spécialités proposées et des diverses voies d’orientation après la seconde. Chaque établissement reçoit une DGH pour financer les enseignements obligatoires et les options enseignées, avec une « marge » dont la gestion est laissée à l’appréciation des proviseurs pour éventuellement doubler les classes ou organiser des soutiens.

Les DGH de la rentrée 2016 ne comprendront plus le financement des heures consacrées aux options non linguistiques. Les lycées devront trouver le financement dans la « marge ».

Une situation « hypocrite »

Le SNES Bordeaux, l’antenne local du Syndicat national des enseignements de second degré, dénonce une situation « hypocrite » :

« Le rectorat maintient les options facultatives non linguistiques mais ne les finance plus, résume Fabienne Sentex, membre du secrétariat académique du SNES Bordeaux. Il invite les lycées à le faire dans un contexte d’augmentation des effectifs évaluée à plus de 2100 élèves pour l’Académie de Bordeaux. Les lycées n’y arriveront pas. »

Le lycée Elisée-Reclus à Sainte-Foy-la-Grande voit sa DGH calculée avec 56 heures en moins pour un effectif de 450 élèves :

« Notre établissement accueille 10% de familles à faibles revenus de plus que la moyenne nationale, précise Eric Barthélémy, enseignant. Les options artistiques font partie des rares contacts avec la culture pour certains élèves. En plus, le lycée est un pôle d’attractivité assez important pour notre territoire agricole. Perdre des options, c’est perdre des élèves, et ensuite des postes d’enseignants. C’est catastrophique ! »

Olivier Desagnat, intervenant dans l’option cinéma du lycée Max-Linder à Libourne, renchérit :

« On brise l’élan d’élèves surmotivés, on casse l’image un peu attrayante qu’ont ces établissements et je crains que les économies faites soient mineures. A Max-Linder, et surtout à Elisée-Reclus, ce sont des petits phares d’espérances dans des territoires ruraux sinistrés. Surtout que Sainte-Foy-la-Grande vient d’entrer en zone prioritaire politique de la ville ! »

Financer la réforme du collège ?

Sur son site, le syndicat annonce avoir « fait de la question des options l’axe central de sa déclaration lors du dernier Comité technique académique de ce jeudi 28 janvier, le recteur a répondu que certaines situations pouvaient être étudiées avec une attention particulière ».

Le lycée Elisée-Reclus a déjà réussi à « récupérer » 18 heures de plus qu’ « on peut répartir pour maintenir les options de première et terminale » précise Eric Barthélémy. Mais cette solution « au cas par cas ne résout pas le problème », rétorque Fabienne Sentex :

« La décision du rectorat ne tient pas compte des conséquences sur les projets et les partenariats montés depuis plusieurs années avec les acteurs extérieurs à l’éducation nationale… On va voir disparaître des options historiques comme celle du théâtre du Lycée Montesquieu, en place depuis 30 ans avec le Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine. »

Selon le SNES, « cette ponction sur les lycées est destinée à financer la réforme des collèges ». Contactée, l’Inspection académique (IA-DASEN) nous a promis un éclairage que nous attendons toujours.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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