Alain Juppé : deux ans d’un maire « à tiers temps »
Politique 

Alain Juppé : deux ans d’un maire « à tiers temps »

actualisé le 19/04/2016 à 19h25

Vincent Feltesse, ce lundi 18 avril 2016 devant le palais Rohan (SB/Rue89 Bordeaux)

Vincent Feltesse, ce lundi 18 avril 2016 devant le palais Rohan (SB/Rue89 Bordeaux)

Deux ans après sa réélection à la mairie de Bordeaux, les élus socialistes font un bilan sévère de l’action d’Alain Juppé, et taclent sa dauphine désignée, Virginie Calmels, qu’ils jugent trop occupée par ses activités dans le privé.

« Je me pose de plus en plus la question : est-ce le mandat de trop pour Alain Juppé, qui est ailleurs, très clairement ? », s’est interrogée Michèle Delaunay ce lundi à Bordeaux à propos d’un « maire à tiers temps » – en pleine campagne pour la primaire des Républicains, il a par exemple supprimé un des deux bureaux mensuels à Bordeaux Métropole, qu’il préside.

Lors d’un « bilan d’étape » après deux ans de mandat du maire de Bordeaux, les conseillers municipaux socialistes ont rappelé leurs « points de clivages très importants » avec ce dernier. Les 5 élus jugent que la ville « exclut de plus en plus de personnes », à travers ses politiques de logement, de stationnement, d’équipements, d’imposition…

« Si on regarde la fiscalité directe, Bordeaux est la 3e ville où la taxe d’habitation a le plus augmenté, estime Matthieu Rouveyre. Mais la fiscalité indirecte augmente aussi : le stationnement, les tickets de tram et de bus, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui a progressé de 38 euros en moyenne pour les Bordelais habitant dans le centre. La ville cède aussi son patrimoine, comme Regaz et l’hôtel de Ragueneau. Et pourtant, à cause des PPP,  l’endettement est en train de revenir à des taux que l’on connaissait avant 1995, et qu’Alain Juppé avait contribué à faire baisser. Il laissera les finances dans un état déplorable. »

A l’image de Ginko ou des Bassins à flot, Vincent Feltesse dénonce « l’obsession de construire coute que coute, sans être regardant en terme de qualité des logements et attentionné envers certains types de population ». L’ancien président de la Cub (communauté urbaine) rappelle par exemple que Bordeaux compte seulement 14% de ménages avec enfants, contre 22% dans le reste de la métropole, et que 70% des nouveaux logements sont vendus à des investisseurs pour défiscalisation.

Bordeaux « bien mal liftée »

Alors que les prix se déconnectent des besoins du marché – un T3 se loue en moyenne 721 euros dans le parc privé, et est inaccessible à 58% ménages –, pour les socialistes, la ville fait encore trop peu pour le logement social – avec 16,6%, elle est encore loin de l’obligation légale de 25%.

« Bordeaux est bien mal liftée, estime Emmanuelle Ajon. On a tiré un peu partout pour lui refaire un belle façade, mais le patrimoine est mal adapté aux besoins des Bordelais. »

La conseillère municipale critique en particulier le déficit d’équipements de proximité. Par exemple, glisse l’élue de la Bastide, sur les 4 projets de nouveaux quartiers rive droite, aucun ne prévoit un nouvel équipement sportif, à l’exception du gymnase d’un collège :

« La municipalité promettait une piscine de plus, nous en avons une de moins car la piscine Galin est fermée pour travaux. »

Nicolas Guenro s’étonne pour sa part qu’une autre annonce d’Alain Juppé non suivie d’effet n’ait pas été plus remarquée :

« Le maire nous avait dit en conseil municipal être en pleine renégociation avec Vinci sur la concession du parking des Grands Hommes. 6 mois après, on nous dit le contraire, et circulez il n’y a rien à voir ! Cela pose un problème de rapport à la réalité et à la vérité, et explique un peu du désenchantement vis à vis des politiques. Si les élus ne sont pas forts avec les forts, à quoi ça sert ? »

Directeur de Citiz Bordeaux, Nicolas Guenro pointe en outre, à l’instar des associations locales, l’arrêt quasi total de toute initiative pour le vélo depuis 2 ans. Il regrette que le bouclage des boulevards en TCSP (transport en commun en site propre) ne soit toujours pas prioritaire, et redoute que la ligne Gradignan-Talence-Cenon se fasse au détriment d’une ligne circulaire.

Boulevards pour Calmels ?

Vincent Feltesse plaide pour que sur cet axe ne soit pas choisi un tramway, « ce serait une absurdité », ce que tendent à montrer les premières études. L’étude de l’a’urba sur les boulevards, qui vient d’être remise à Alain Juppé, pourrait apporter quelques éclairages sur ce point.

Vingt ans après la rénovation des quais, le maire verra-t-il réhabilités les boulevards ? Il est probable que cet immense chantier se déroule sous la houlette de son successeur. Peut-être Virginie Calmels, son adjointe à l’économie, si Alain Juppé accède à l’Elysée en 2017. Mais là aussi, les élus socialistes contestent la façon dont est menée cette transition.

« C’est la politique du bon plaisir, raille Michèle Delaunay. Je nomme une dauphine, je distribue des fiefs aux futurs candidats… Cette désignation par un seul homme est une atteinte au féminisme. »

Mazette. Et les élus PS s’inquiètent en outre de possibles conflits d’intérêts :

« Virginie Calmels vient de rejoindre le conseil d’administration d’Assystem, une société d’ingénierie et de conseil en innovation (dans le pétrole et le nucléaire, notamment, NDLR) qui pourrait être amenée à travailler pour des collectivités locales, rappelle Nicolas Guenro. Elle est aussi au CA d’Iliad. Est-ce de bonnes habitudes en terme de démocratie et de séparation des activités ? »

Pour Matthieu Rouveyre, l’adjointe d’Alain Juppé « accumule les postes à responsabilités dans le privé comme dans le public et on ne sait pas quel temps elle compte consacrer à ces derniers ». Et de souhaiter, comme pour les élus nationaux, que les élus locaux mettent leurs activités professionnelles entre parenthèses.

Le vice-président du conseil départemental de Gironde relève de surcroit que la transition se fait « dans une certaine impréparation » :

« Dans l’hypothèse où Virginie Calmels serait désignée maire de Bordeaux en cas d’élection d’Alain Juppé à la présidence de la République, elle perdrait aussitôt cette fonction si elle se présente et remporte l’élection législative. »

Assez de si pour mettre Bordeaux en bouteille.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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