Nuit Debout s’éveille à Bordeaux
Politique 

Nuit Debout s’éveille à Bordeaux

actualisé le 08/04/2016 à 11h04

Comme à Paris, c'est sur la place de la République que Bordeaux fera sa première Nuit Debout (DR)

Comme à Paris, c’est sur la place de la République que Bordeaux fera Nuit Debout (DR)

La première Nuit Debout à Bordeaux se déroulera ce samedi 9 avril sur la place de la République. Ce mercredi se tenait une réunion d’organisation à l’Athénée Libertaire. Reportage.

Il s’est passé quelque chose rue du Muguet. A l’Athénée Libertaire ce mercredi soir, l’excitation et le sérieux sont palpables chez la centaine de participants à la réunion d’organisation de la première Nuit Debout bordelaise.

Galvanisés par l’exemple des milliers de Parisiens qui débattent H24 sur la place de la République depuis le 31 mars, et alors que le mouvement a déjà essaimé dans une vingtaine d’autres villes, beaucoup espéraient que la Belle endormie ne rentre pas non plus se coucher après les manifs contre la loi Travail. Preuve de cette attente, 3300 personnes ont déjà « liké » la page Nuit Debout Bordeaux 5 jours après sa création.

Alors l’Athénée Libertaire affiche complet. Beaucoup doivent rester debout pour écouter, dans un premier temps, les informations livrées par les citoyens-nes à l’origine de ce « Forum ouvert » – notamment des militants de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) ou du collectif On Vaut Mieux Que Ça.

Le 40 mars à Répu

Parmi eux, certains avaient déjà tenté, en vain, d’occuper la place de la Victoire à l’issue de la manifestation du 31 mars. Cette fois-ci, et comme dans toutes les autres actions Nuit Debout en France, qui occupent légalement l’espace public, une très officielle demande a été déposée à la préfecture pour occuper la place de la République du samedi 9 avril 18 heures au lundi 11 avril, 00h00.

S’il est autorisé, le rassemblement aura lieu à l’issue de la manifestation contre la loi Travail, qui s’élancera ce samedi « 40 mars », selon l’expression du collectif, à 14h depuis cette même place de la République, jusqu’aux Quinconces.

Objectif : créer le un rassemblement « pacifique, ouvert et populaire visant à réinvestir l’espace public pour échanger, débattre et construire ensemble ». Outre les débats, des animations seront au programme, avec probablement des projections de « Merci patron ! », le film de François Ruffin, du journal Fakir, à l’origine de la Nuit Debout, ou encore « Comme des lions », documentaire sur la grève des ouvriers de PSA Aulnay.

Un débat surgit cependant sur le choix de la place, coincée entre le cour d’Albret, le tribunal et l’hôpital Saint-André : « Ça va être un peu relou, il n’y a pas de vie dessus, elle est vide H24 », râle un participant.

On lui répond que la place de la Victoire, d’abord annoncée à tort comme le point de rendez-vous sur Facebook, posait de nombreux problèmes : le passage du Marathon, des lignes de tramway et des bars environnant, auraient nécessité un gros dispositif de sécurité pour éviter tout incident. Et la fan zone de l’Euro 2016 va être installée dans peu de temps sur la place des Quinconces, alors que « notre intention est d’installer le mouvement dans la durée », assure une militante de la CIP.

« Covoiturage universel de la Révolution »

A 3 jours de la manifestation du 9 avril, le collectif a opté pour la place de la République (comme à Paris…), quitte à remettre ce choix en cause lors des premières AG qui s’y dérouleront samedi.

A l’Athénée Libertaire, l’essentiel des 2h30 de discussions est d’ailleurs consacré à la préparation de cette première Nuit Debout. 8 groupes sont mis sur pied – logistique, communication, accueil et sécurité, médical… On appelle à la rescousse pour trouver des compétences d’aide-soignante ou de radiologie et côté matériel, un rétroprojecteur et des couvertures de survie. Et pour les transports ? « J’ai créé une page facebook qui s’appelle Covoiturage universel de la Révolution » (on ne l’a pas trouvée, NDLR), lance quelqu’un.

Sombres héros de la mer

Quelques grands principes sont adoptés : pas de feux sur la place pour éviter les accidents, pas d’alcool ni de drogue, pas d’argent en circulation pour l’organisation – tout se fera grâce aux dons, au troc ou à la récup’ –, par exemple. Des règles seront par ailleurs fixées dans une charte, en cours de rédaction, qui interdira tous propos sexistes, raciste, homophobes, antisémites ou discriminatoires.

Certains semblaient attendre un engagement clairement affiché, comme Steve, étudiant en médecine, qui cite Saint-Exupéry  :

« A quel moment va-ton donner du sens à ce mouvement ? Je cite Saint-Exupéry : “Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer.” »

Technicien informatique dans un lycée et « simple citoyen », Fabrice a, de sa propre initiative, créé la page facebook et le compte twitter de la Nuit Debout Bordeaux, avant d’être contacté par les associations qui s’en revendiquent. Il répond à Steve que « c’est au peuple de décider, on va le voir ce week-end ».

« Nous sommes les 99% »

Les participants veulent en tous cas éviter toute récupération : les militants associatifs, syndicaux et politiques sont priés de mettre « drapeau, bannière, slogans et étiquettes » dans leur poche. Si on croise quelques figures d’organisations locales, comme la Ligue des Droits de l’Homme, beaucoup de jeunes sont présents : un équivalent français d’Occupy Wall Street ou du mouvement des « Indignados » espagnol est peut être en train de naître, il ne faut pas laisser passer ce train de l’Histoire.

« Je vois ici les germes de ce qu’étaient la Révolution française, la Commune, la Résistance, s’enflamme Panthéa, consultante en informatique de 50 ans. Quand j’étais au lycée en Iran, en 1979,  j’étais très active lors de la révolution qui a renversé le Shah (avant la prise du pouvoir par les ayatollahs, NDLR). Arrivée en France, je me suis engagée dans tout ce qui bouge, de la lutte pour les droits des étudiants étrangers au mouvement des retraites, en passant par Attac. Ce ne serait pas possible de faire la Nuit Debout à Téhéran, le mouvement serait toute suite réprimé dans le sang. En Europe, nous avons cette chance. Cette génération doit la saisir, pour marquer son époque, dire que nous sommes les 99%. »

Les 1% trembleront-ils dimanche ?

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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