Crise des expulsions : un hébergement proposé à tous les occupants de la Bourse du travail
Société 

Crise des expulsions : un hébergement proposé à tous les occupants de la Bourse du travail

Clap de fin pour l’occupation de la Bourse du travail de Bordeaux où près de 70 migrants avaient trouvé refuge après l’évacuation de plusieurs squats de l’agglomération bordelaise. Après 18 jours d’attente derrière les lourdes grilles grises, la préfecture, l’OFII et le 115 auraient proposé des solutions d’hébergement à l’ensemble des occupants ce jeudi. Retour sur la mobilisation.

Ce petit papier plié en quatre, précieusement gardé dans son portefeuille, lui redonne le sourire. Ce soir Amin (tous les prénoms ont été modifiés) dormira dans un centre d’accueil d’urgence géré par Emmaüs sur la rive gauche de Bordeaux. Cette solution est temporaire mais il espère qu’elle lui permettra de tourner la page et de se construire un avenir.

Toujours des sans-abris sous la flèche

A Saint-Michel, une dizaine de personnes continue de dormir sur des matelas à même le sol, parfois une tente, alternant entre la flèche et le parvis de l’église, au rythme des contrôles de police.

Après l’évacuation du Gars Rage, un des squats gérés par le collectif Le Squid, le 9 juillet dernier, ils étaient une trentaine à s’être installés là. Si une vingtaine d’entre eux sont partis, sans que l’on sache où, pour Youssouf et ses camarades d’infortune restés sur place, c’est « la seule solution ».

Venu « s’abriter à la maison de dieu » après avoir connu 4 ans de rue et de cabane en foret, lui se dit lassé et dans un sentiment d’impasse, notamment administrative. Une situation qui a conduit Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, à publier un communiqué dénonçant les expulsions sans proposition de logement, le 29 juillet dernier.

Michel Barrabès, délégué épiscopal pour La Pastorale des migrants du diocèse de Bordeaux appelle également les catholiques à rejoindre les associations et partenaires déjà mobilisés en « solidarité » avec les migrants.

Comme 70 autres personnes, ce petit brun dynamique de 24 ans, originaire du Maroc, dormait en effet depuis près de deux semaines dans le hall de la Bourse du travail. Le Samu Social y a recensé fin juillet 58 personnes disposant en majorité du droit d’asile.

Mais ce sont les familles qui ont été orientées en priorité vers un hébergement. Désormais, a-t-on appris ce jeudi, la préfecture, l’OFII (office français de l’immigration et de l’intégration) et le 115 ont proposé des solutions d’hébergement à l’ensemble des occupants. Jointe par Rue89 Bordeaux, la préfecture n’a pas souhaité faire de commentaires.

Expulsés des squats par la préfecture, les occupants de la Bourse du travail avaient investi ce bâtiment de la mairie de Bordeaux, avec l’accord de la CGT qui y dispose de ses bureaux. Dans l’attente de propositions de relogement, il ont alors fait avec les moyens du bord et le soutien des syndicats CGT et CNT, d’associations telles qu’Ovale Citoyen, le réseau éducation sans frontière, Médecin du Monde ainsi que des collectifs et citoyens militants.

Chaque soir des bénévoles sont venus passer la nuit sur place afin d’assurer soutien et sécurité des migrants. Pendant la journée, c’est à quelques rues de là, à l’Athénée libertaire, qu’ils ont trouvé refuge. L’espace associatif militant ne désemplit pas depuis qu’il a ouvert ses portes à un accueil de jour, mi-juillet.

Un des occupant se repose tandis que la plupart sont sortis. Tous prennent soin de garder les lieux les plus sereins possible malgré la promiscuité. (EB/Rue89 Bordeaux)

« Chaque matin est un combat »

Devant le grand panneaux blanc où sont affichés les adresses utiles, des offres d’emploi et les plannings d’ateliers, les uns et les autres s’inscrivent. Entre conseils juridiques, permanence d’orientation de santé, réparation de vélos ainsi qu’un atelier de cuisine autogérée, les réfugiés et leurs soutiens animent les lieux. Grâce à une cagnotte et aux dons alimentaires, ce sont en effet près de 150 repas qui préparés chaque soir et certains midis de la semaine.

« Depuis 3 semaines, on a eu la chance de ne pas avoir un seul jour sans manger » explique Lucas*, un souriant quadragénaire ivoirien, participant de la cuisine collective. « Une solidarité qui fait chaud au cœur » assure-t-il.

Ce fils de gendarme, diplômé en logistique et chauffeur poids lourd, distribuait de l’aide alimentaire en Côte d’Ivoire. Il se sent donc dans son élément ici.

« Chaque matin est un combat mais au moins ici tu oublies le stress, tu te sens utile. » Désignant des deux mains sa chemise impeccable, il ajoute: « Quand tu as traversé tout ce qu’on a traversé, la dignité ça n’a pas de prix. »

A la Bourse du travail, une étagère de bureau a été recyclée en rayonnage destiné aux dons alimentaires déposés par les habitants et bénévoles. (EB/Rue89 Bordeaux)

Membre du Collectif des Migrants de Bordeaux, il co-anime aussi la page Facebook qui relaie les événements, la liste des besoins réactualisée quotidiennement ainsi que les points réguliers sur l’évolution de leur situation. Devenu un outil central de la mobilisation, le collectif gère les différentes commissions d’organisation (santé, communication etc) et sillonne les marchés de la région afin de sensibiliser la population. Dimanche midi un stand d’information et une collecte seront organisés au Wanted café, place des capucins.

« Il y a un mois, je n’aurai jamais cru tout cela possible » lâche Pauline une bénévole du Collectif des Migrants de Bordeaux.

Une situation précaire

Même si les inquiétudes persistent. La Bourse du travail ferme ses portes, et avec elle son unique douche pourtant précieuse. Quant à l’accueil de jour, son activité n’est prévue pour l’instant que jusqu’à la fin du mois.

Or si tous les migrants rencontrés à la Bourse ce jour semblent avoir une solution d’hébergement pour ce jeudi soir, l’Athénée voit sa fréquentation se renouveler constamment. Trouver des solutions durables relève donc toujours de l’urgence pour les nombreux bénévoles rencontrés sur place. Contactée, la préfecture ne souhaite pas communiquer sur la situation.

Le linge des réfugiés sèche sur les grilles servant habituellement aux tracts et affiches militants.(EB/Rue89 Bordeaux)

« Les solutions de logement sont une avancée mais on pourrait re-remplir la Bourse ce soir (jeudi) », s’inquiète Jean-François Puech, président de l’association Ovale Citoyen.

« L’ensemble du dispositif social existant est saturé. On le voit bien le lundi et le vendredi quand l’atelier cuisine est fermé le midi, les autres structures ne peuvent compenser. »

Au tableau de l’Athénée libertaire, seules deux associations proposent l’entretien du linge. Et dans les faits, il repose essentiellement sur la volonté de bénévoles qui font des machines chez eux. Quant aux squats, ils ne permettent souvent pas des conditions d’accès aux sanitaires et à une alimentation optimale.

« Pour ceux qui ont obtenu l’asile, le logement relève des obligations de l’Etat mais pour ceux en attente d’une décisions administrative la situation reste très difficile » ajoute Jean-François Puech.

Malgré les relogements, l’accueil des enfants reste une préoccupation majeure des bénévoles. Crayons et jouets restent à disposition en cas de nécessité. (EB/Rue89 Bordeaux)

« Une bonne nouvelle pour les familles »

Insistant sur l’absence de statut juridique des mineurs lorsqu’il font un recours pour la reconnaissance de leur minorité, il s’inquiète de la situation à venir cet hiver. Il espère donc l’engagement d’une collectivité territoriale dans un bail précaire afin de créer une « zone tampon » destinée à héberger les personnes en attente de traitement de leur situation.

Quant à Corinne Versigny, secrétaire générale de la CGT 33, dont le bureau se trouve dans le bâtiment, elle estime que la solution de ce « drame humanitaire » est une « bonne nouvelle pour les familles » qui ont été logées sur des dispositifs pérennes.

Mais « cette situation est le révélateur d’une politique libérale et financière » et « les besoins sur l’agglomération sont tels que dès qu’une personne obtient un logement, une autre prend sa place » nous disait-elle aussi en début de semaine.

A l’instar d’Eric Chevance du collectif Bienvenue, dans une vidéo publiée il y a quelques jours, l’Union départementale CGT en appelait aux collectivités locales à recourir à leur pouvoir de réquisition des quelques 20 000 logements vides de l’agglomération. La situation semble donc loin d’être réglée.

L'AUTEUR
Eloïse Bajou
Journaliste fraichement issue de l'Ecole Publique de Journalisme de Tours (EPJT), photojournaliste au sein du collectif Macadam Press et ex-professionelle de santé dans le social.

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