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Avant l’Euro, tasers et gilets pare balles pour la police municipale

La police municipale va être dotée de pistolets à impulsion électrique et de gilets pare balles, et mènera désormais des contrôles le soir dans les bus et les trams. Avec l’arrivée de la « vidéo verbalisation » et l’extension des périmètres d’interdiction de consommation d’alcool, Bordeaux renforce son arsenal avant l’Euro.

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Avant l’Euro, tasers et gilets pare balles pour la police municipale

Une brigade de la police municipale de Bordeaux sera armée de Tasers à partir de septembre. (Christopher Paul/flikr/CC)
Grâce au taser, la police municipale peut compter sur 20 flics électriques (Christopher Paul/flikr/CC)

Comme annoncé l’été dernier, la police municipale de Bordeaux va être équipée de Tasers. Ce pistolet électrique à impulsion incapacitante (Taser) permet selon la mairie « de renforcer la protection des agents en cas d’agressions et de neutraliser si besoin, sans blesser, des individus agressifs et très menaçants ». Selon Alain Juppé, qui a présenté ce lundi le dispositif, les agressions de policiers municipaux ont été multipliées par 4 en 2015 (soit une quinzaine l’an dernier).

L’investissement est conséquent : 100 000 euros les 20 pistolets, pour 116 agents. A l’issue de formations, en cours, les policiers municipaux jugés physiquement et psychologiquement aptes à l’utiliser se verront délivrés un arrêté préfectoral individuel et nominatif. Si le Taser n’est pas considéré comme une arme létales, ses effets sur la santé font polémique, une étude récente montrant par exemple que ses décharges de 50 000 volts, destinée à bloquer le système nerveux central, peuvent provoquer des cas de démence.

La Ville assure que l’onde, d’une portée de 8 mètres, est « sans effet à long terme ». Afin de prévenir les bavures, « chaque arme est dotée d’une caméra permettant un enregistrement (de l’image et du son) dès qu’elle est mise en œuvre par l’agent ».

Le préfet, seul habilité à autoriser le port d’armes pour des policiers municipaux, a validé la demande de la mairie en août dernier. Son arrêté autorise également la détention par la police municipale de bombes lacrymogènes et de bâtons de protection télescopique. La municipalité a aussi débloqué 62 000 euros pour doter de gilets pare balles tous les policiers  en service sur la voie publique.

« En quoi tout ceci est justifié ?, s’est interrogé lundi Matthieu Rouveyre, conseiller municipal PS. La police municipale n’ayant pas vocation à intervenir dans les situations dangereuses (c’est le rôle de la police nationale) et les chiffres ne démontrant pas une mise en danger actuelle des agents de la Ville, on peut s’interroger sur l’opportunité de ces équipements. À moins que tout ceci soit (encore) une belle opération de communication (au frais du contribuable) d’un maire voulant peaufiner son image en campagne présidentielle. »

Ragondins et caméras

Mais aussi prévenir tout débordement pendant l’Euro 2016 et la Fête du Vin, aux cours desquels la police municipale patrouillera davantage en soirée : à partir de juin, elle effectuera 208 services jusqu’à 2h voire 4h du matin, contre 144 actuellement.

Ni l’équipement de tasers, ni l’extension des périmètres d’interdiction de consommation d’alcool, n’ont cependant été soumis au vote du conseil municipal, ce dont s’est étonné sur sa page facebook l’élu socialiste Nicolas Guenro :

« Bizarreries de la démocratie locale : on vote l’ouverture d un établissement de présentation itinérante au public de ragondins… mais pas l’arrivée de Tasers pour les policiers municipaux. »

La séance de lundi au Palais Rohan a en effet donné lieu à une délibération surréaliste, dégroupée à la demande du Front national, (dont a ainsi pu mesurer l’utilité de ses deux élus), pour approuver un projet d’ »animation pédagogique et ludique » autour de ces rongeurs.

Du monde au portillon ?

Ce lundi, le conseil municipal a aussi débattu de la sécurisation de la Fan Zone instaurée pour l’Euro. L’assemblée a voté une délibération sur le financement des caméras de vidéosurveillance sur la place des Quinconces – 80000 euros, dont 16000 à charge de la ville, 80% de l’investissement incombant à l’Etat.

Alors que les coûts de sécurité ont doublé pour faire face à la menace terroriste – ils sont désormais estimés à 24 millions d’euros – Alain Juppé s’est félicité que le gouvernement ait porté sa participation financière à 8 millions d’euros. L’UEFA (union européenne du football) versera de son côté 4 millions.

« Cet aléa qui nous est imposé repose donc sur les acteurs publics et très peu sur l’organisateur de la manifestation, a déploré l’élu écologiste Pierre Hurmic. Ces 4 millions représentent seulement 0,4% du bénéfice que va engranger UEFA, estimé à un milliard d’euros, alors que les retombées sont pour la ville plus aléatoires, car avec le contexte de tension lié aux attentats, sans doute moins de personnes viendront aux manifestations de l’évènement. »

A Matthieu Rouveyre soulignant que « les grosses sociétés de sécurité ne se bousculent pas au portillon » des marchés des fans zones, Alain Juppé a répondu qu’aucune de ces entreprises n’avait refusé de s’occuper des Quinconces. 300 à 500 personnes devraient veiller au grain sur la place. Sans compter les policiers municipaux.


#Alain Juppé

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