« Bonsoir Floirac, ici le piquet de grève de la Benauge, je t’informe que Deschamps 1 et 2 vont être coupés. En clair, les trains ne passeront plus la Garonne à Bordeaux. »
Il est 22h11. Au téléphone, Yoann, de la CGT RTE, annonce la coupure de l’électricité des voies du Réseau Sncf à l’entrée de Bordeaux.
Une assemblée général en a décidé ainsi quelques minutes plus tôt. Les deux secrétaires occupent, depuis 20h, en compagnie d’une centaines de personnes le poste électrique de la Benauge qui vient tout juste d’être inauguré, construit pour la LGV Tours-Bordeaux. De retour sur le parvis, ils sont accueillis par des applaudissements.
De Stalingrad à République, contre la loi Travail
A l’appel de l’intersyndicale, un nouveau rassemblement a eu lieu ce jeudi place Stalingrad à Bordeaux contre la loi Travail. La CGT organisait « un grand tractage pour informer les salariés et plus largement la population de l’inefficacité de la loi Travail pour l’emploi et du désastre qu’elle serait pour les droits des travailleurs ».
Comme d’habitude, c’est le grand écart sur le nombre estimé des manifestants : 300 selon la police, 1500 selon les organisateurs, la CGT assurant dans son communiqué : « Non, la mobilisation ne faiblit pas ». En passant par le pont de Pierre, où la circulation – voitures et tramways – a du être interrompue, les manifestants se sont ensuite dirigés vers la place de la République.
Une nouvelle manifestation nationale est prévue le 14 juin. Plus tôt, une manifestation intersyndicale des retraités pour le pouvoir d’achat et les services publics est programmée pour le jeudi 9 juin à 10h30 place Pey Berland.
La goutte qui a fait déborder le vase
Les membres des syndicats CGT Blayais, CGT Énergie 33 et CGT RTE, se félicitent de leur action coup de poing en contestation de la loi travail El Khomri, mais aussi l’ouverture du capital de RTE (réseau de transport de l’électricité). Mais ils dénoncent bien d’autres décisions, comme le chantier pharaonique d’Hinkley Point dans lequel le groupe veut s’engager et va devoir dépenser des milliards d’euros.
La loi El Khomri est donc la goutte qui a fait déborder le vase. La décision d’occuper le poste électrique de la Benauge a été votée à l’unanimité. Ici, il n’y a pas de personnel. Ce poste est entièrement automatisé et sous le contrôle du centre de Floirac. Les syndicalistes ont coupé les télécommandes et ont pris les choses en main.
« Nous avons choisi ce poste pour plusieurs raisons, détaille Yoann. Nous avons voulu éviter de pénaliser les usagers, l’heure de la coupure correspond surtout aux passages des trains de fret, donc on cible l’économie. »
Opération réussie ?
Un peu avant la coupure, vers 21h30, des cadres de la direction se rendent sur place en compagnie d’un huissier pour constater l’occupation. Ils resteront derrière les grilles. Philosophe, le responsable du site veut juste s’assurer que les règles de sécurité sont respectées :
« Nous sommes dans un centre électrique, il y a un risque pour la sécurité des biens et des personnes », déclare-t-il.
Une fois l’électricité coupée, il avoue « ne pas être complètement surpris ». Un peu plus loin, des employés de la SNCF entament une intervention sur la voie. Dans l’assemblée, la satisfaction se lit sur les visages. « On a tapé là où ça fait mal », se réjouit un syndicaliste. On évoque les coupures déjà opérées à Toulouse et en Lot-et-Garonne la veille. Cette action est bien partie pour s’afficher au tableau des réussies.
Mais la joie est de courte durée quand, sur les voies qui se trouvent à quelques mètres, passe un TGV en direction de Bordeaux. Quelques uns s’interrogent sur la réussite de l’action. Yoann explique que les trains sont probablement sur leur lancée, ou que la SNCF a déjoué le coup. Dix minutes plus tard, un deuxième, puis un troisième, et enfin quelques policiers viennent aux nouvelles et repartent :
« On ne peut pas toujours gagner, lâche un syndicaliste. Mais cette action est malgré tout symbolique, ils ont compris qu’on pouvait les atteindre. Regardez, même la police est venue, c’est pas tout à fait raté ! »
Certains relativisent beaucoup moins et affichent ouvertement leur déception. En partant, l’un d’eux marmonne agacé : « J’ai même raté le concert des Sheriff pour être ici ce soir. »
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