Société 

Un projet de golf loin d’être green près de Bordeaux

actualisé le 20/06/2016 à 15h46

Les travaux de terrassement ont débuté dans la zone Natura 2000 (SB/Rue89 Bordeaux)

Les travaux de terrassement ont débuté dans la zone Natura 2000 (SB/Rue89 Bordeaux)

Opposés à un projet de golf et de deux complexes immobiliers sur une zone Natura 2000 à Villenave-d’Ornon, des militants appellent ce 18 juin à un week-end festif au site de la Plantation, où pourrait pousser une ZAD.

Un chemin bordé d’arbres passe entre deux étangs. Des cygnes glissent sur l’eau, un héron s’envole à notre passage. On pourrait se croire perdu à la campagne, s’il n’y avait pas le bruit de l’autoroute, et le centre commercial des Rives d’Arcins, dont certains bâtiments dépassent des cimes, à deux pas.

Nous sommes sur le Domaine dit de Geneste, situé sur la commune de Villenave-d’Ornon entre Garonne et rocade. Ce samedi après-midi de mai, nous cherchons  des militants hostiles à la transformation en golf et en complexe immobilier de ces 167 hectares de zone humide. Ils ont donné rendez-vous sur site pour un pique-nique aux sympathisants. Nous croisons Dominique, venu de Bègles à vélo pour se joindre à eux.

« J’ai 55 ans, je viens ici depuis l’âge de 15 ans. Je suis un pêcheur de compétition et ici on trouve de tout – des gardons, des carpes, des brèmes. On n’a plus beaucoup de nature, et ils détruisent tout. Là bas, ils ont abattu deux chênes centenaires, c’est catastrophique de voir ça. »

Près d’un tractopelle qui a déjà bien excavé le terrain, on retrouve un groupe d’une vingtaine de personnes, en train de peindre une banderole « Non au golf », bientôt déployée à l’entrée du site.

« Ils ont déjà remblayé des chemins, vidé un étang et en ont dévié un autre, bouché des fossés, tout ça sur une zone protégée, tempête Christophe Guenon, agriculteur et porte-parole de la Confédération Paysanne de Gironde. Nous, paysans sur les terres Natura 2000, nous respectons le cahier des charges, qui nous interdit de retourner la terre pour protéger la biodiversité et ces gens là font tout le contraire pour un projet immobilier et sportif. »

La pelle du 18 juin

Les anti-golf ont décidé d’appeler à un gros week-end d’action, les 18 et 19 juin, avec débats, concerts, mais aussi jardinage et constructions de cabanes. Bref, s’ils sont assez nombreux, ils ont bien l’intention de rester et bloquer les travaux.

Le terrassement a en effet été lancé le 16 mars, suite à la présentation officielle du projet par le maire de Villenave-d’Ornon, Patrick Pujol. Sur l’ex Domaine de la Plantation, où se pratiquait l’élevage jusqu’aux années 80, va donc voir le jour d’ici 2018 un parcours de 9 et 18 trous, sur 80 hectares. Géré par NGFGolf (groupe Financière Duval, propriétaire de plus de 50 golfs en France), il comprendra un Club House, d’un hôtel et de résidences-services.

Propriétaire de l’ensemble des terrains, Vizzion Europe (groupe basé à Bruxelles, et qui compte parmi ses principaux actionnaires les Mulliez, propriétaires d’Auchan) prévoit de construire sur les autres terrains, au nord et au sud du domaine, deux ensembles urbanistiques, des résidences d’un côté, des bureaux, commerces, des centres de séminaire et de bien-être de l’autre.

Un gros projet immobilier, d’un montant qui s’élèverait à 600 millions d’euros, va ainsi être bâti sur une zone inondable en amont de Bordeaux, ce qui interpelle les Christophe Guenon, de la Confédération Paysanne :

« Ces terres stockent les crues lorsque la Garonne sort de son lit. Quand les 16 hectares seront en partie urbanisés, où iront les milliers de m3 d’eau ? A Bègles et à Bordeaux. »

Green washing

Le groupe Vizzion assure que tout est prévu :

« Nous allons jouer avec cette montée des eaux, en prévoyant un bassin qui récupérera les débordements et qui les rendra au fleuve dès que son niveau redescendra », déclarait dans Sud Ouest son directeur du développement, Yves de Voghel.

Argument massue : c’est un golf « écologique » que Vizzion veut faire pousser à Villenave-d’Ornon. Les plans d’eau seront conservés, tout comme la végétation sauvage, l’utilisation des pesticides et des fongicides sera « raisonnée » sur les greens, l’eau, dont les golfs sont très gourmands, sera pompée dans un étang, et son ponctionnement limité à  189 000 m³ par an.

Sur le Domaine de la Plantation (SB/Rue89 Bordeaux)

Sur le Domaine de la Plantation (SB/Rue89 Bordeaux)

Bref, à les en croire, un golf peut tout à fait se fondre dans une zone Natura 2000, telle qu’est classé depuis 2004 le Bocage humide de Cadaujac et Saint-Médard (le domaine de la Plantation), et y accueillir les animaux qui n’auraient pas peur de prendre une balle. Et les lois européennes qui encadrent Natura 2000 n’interdisent pas le développement d’activités humaines sur ces sites.

Les opposants tiquent à l’usage, même modéré, de pesticides et d’intrants, dont les effets sur les milieux ne sont pas neutres, et estiment que « l’herbe rase nécessaire au golf n’a jamais profité à aucune espèce ».

Or selon l’Autorité environnementale, la zone compte la présence « probable » d’espèces protégées, comme le vison d’Europe, le martin pêcheur ou le milan noir. Des naturalistes y ont aussi repéré un papillon rare, le Cuivré des marais, et la seule tortue d’Europe, la cistude, mais pas ceux qui ont réalisé l’étude d’impact.

De Bez à Vizzion

Pour les associations de défense de l’environnement, celle-ci n’a pas été menée correctement, d’autant moins que des études différentes ont été conduites pour les trois volets du projet – le golf, les résidences du quartier Courrejean, le quartier de Geneste.

« Les dossiers réglementaires doivent prendre en compte le projet global et surtout évaluer les impacts cumulés (dont les autres projets environnants), souligne Olivier, un des militants anti-golf. C’est pour ces points d’ailleurs que la France a été mise en demeure par l’Europe pour le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. »

Si « le projet était lancé aujourd’hui, il ne passerait pas du fait du renforcement de la loi sur les zones sensibles », indique d’ailleurs une source connaissant bien le dossier. Sauf que les recours juridiques contre le projet de la Plantation sont épuisés. Dernier épisode en date : en janvier 2015, le tribunal administratif de Bordeaux a débouté la Sepanso, qui a décidé de ne pas faire appel.

Epilogue d’un feuilleton vieux de près de 30 ans ? C’est en effet en 1987 que la mairie de Villenave-d’Ornon valide la création d’un « golf immobilier » sur le Domaine de la Plantation. Celle-ci vient d’être cédée par la commune et la Communauté urbaine de Bordeaux à un promoteur privé, Eric Bez – une décision alors critiquée par la chambre régionale des comptes, selon laquelle la collectivité « s’est dessaisie d’un élément important de son patrimoine qui avait vocation à être aménagé dans un but d’intérêt général ».

Condamné pour faux et usage de faux dans l’affaire des Girondins de Bordeaux, que présidait son père Claude, Eric Bez cèdera en 2008 la Plantation à Vizzion Europe. Le groupe franco-belge pensait bien avoir le terrain dégagé.

Histoires de clubs

Mais les opposants au golf immobilier ne baissent pas les bras. Après avoir envisagé un référé pour stopper les travaux, ils ont finalement interpellé la police de l’eau pour signaler des travaux dans le lit mineur du Lugan, qui n’ont pas fait l’objet de demande d’autorisation. Si la direction départementale partage leur constat d’irrégularité, cela pourrait ouvrir une nouvelle brèche judiciaire.

Du côté de la Bordeaux Métropole, on ne se mêle pas d’un projet privé, ni du pré carré des communes. Mais pour son vice-président en charge de la politique nature, et élu écologiste béglais, Clément Rossignol-Puech, le golf de Villenave est « un symbole des aménagements qu’il ne faut plus faire. Il y mieux à imaginer sur une zone Natura 2000 ». Pour empêcher de tels projets d’être conduits ailleurs, il prépare un schéma directeur pour préserver les espaces à forts enjeux environnementaux, notamment les zones humides, avec un diagnostic qui localiserait par exemple les biotopes d’espèces en voie de disparition.

Deux députés ont par ailleurs saisi le gouvernement, via des questions écrites. Noël Mamère a notamment demandé à Ségolène Royal, ministre de l’environnement, d’ « intervenir dans ce dossier qui ne correspond pas à l’image d’excellence environnementale de la France » :

« La zone humide est extrêmement importante dans la mesure où elle constitue l’habitat d’espèces en voie de disparition comme l’angélique des estuaires ou le vison d’Europe, a rappelé le député-maire de Bègles, en voisin . (…) Les zones humides constituent 3 % du territoire national (1,5 million d’hectares) mais la France a perdu en un siècle les deux tiers de ses zones humides. Il est par conséquent important de ne pas avoir ce type de projet à Villenave-d’Ornon. »

Le chantier n’attendra sans doute pas la réponse de la ministre ou celle de la police de l’eau. Aussi, dimanche, les opposants au golf envisagent de faire du Domaine de la Plantation une zone à défendre (ZAD). Pour ne pas dire bienvenue aux clubs.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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