Alcool et grossesse : boire ou se reproduire, il faut choisir
Société 

Alcool et grossesse : boire ou se reproduire, il faut choisir

Affiche de la campagne "Zéro alcool pendant la grossesse" (DR)

Affiche de la campagne « Zéro alcool pendant la grossesse » (DR)

Malgré les risques graves pour l’enfant à naître, 40% des Françaises enceintes boivent encore de l’alcool. Une campagne nationale vient d’être lancée, et un programme expérimental démarre en Aquitaine pour mieux accompagner les femmes.

Dysmorphies faciales, retards de croissance, troubles du langage et du comportement, myopie, hyperactivité… Objets d’une journée mondiale de sensibilisation, le 9 septembre, les effets sur le fœtus de l’alcoolisation des femmes pendant leur grossesses touchent une naissance sur 100, soit 8000 cas par an en France. Dans l’ancienne région Aquitaine, cela concerne 350 naissances par an.

« C’est à peu près dans la moyenne nationale, en revanche la région, terre de viticulture et de fêtes, est plus touchée par le problème d’hyperalcoolisation des jeunes, un phénomène objectivement constaté par les arrivées aux urgences », souligne Martine Valadie-Jeannel, médecin référent en charge des addictions à l’Agence régionale de la santé.

Quand en France, 44% des 18-25 ans ont déjà bu au moins 6 verres par jour dans l’année écoulée, cette proportion est en effet plus importante dans la région depuis des années. L’ARS et la Mildeca  (mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) ont choisi l’ex Aquitaine pour un programme expérimental de prévention, afin de mieux informer les futures mamans, mais aussi mieux accompagner les femmes souffrant d’addiction.

Méconnaissance des risques

Objectif : parvenir à zéro alcool pendant la grossesse, alors que seulement 60% des femmes déclarent aujourd’hui avoir totalement arrêté, et que 5% disent même boire deux verres par jour, soit le seuil de neurotoxicité directe pour le fœtus.

« Il y a une méconnaissance des risques, et une tendance à les sous-estimer, en mettant en avant le plaisir de boire quelques verres de temps en temps », explique Shérazade Kinouani, chef de clinique et membre du département de médecine générale de l’Université de Bordeaux.

De gauche à droite : Martine Valadie-Jeannel, Audrey Gonneau, Shérazade Kinouani et Mélina Fatseas, psychiatre addictologue au CHU de Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

De gauche à droite : Martine Valadie-Jeannel, Audrey Gonneau, Shérazade Kinouani et Mélina Fatseas, psychiatre addictologue au CHU de Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

« Contrairement au tabac, la question de l’alcool n’est pas systématiquement abordée par les professionnels de la périnatalité, car elle parait un peu intrusive, poursuit le docteur Valadie-Jeannel. Les études montrent ainsi que 40% des jeunes femmes affirment que la question de l’alcool n’a jamais été abordée pendant leur grossesse. Par ailleurs, la femme qui a des problèmes d’alcool est souvent dans le déni, elle a honte et peur d’être culpabilisée. »

Post-partum

Financé à hauteur de 100000 euros par l’État, le programme, lancé le 1er avril dernier, est piloté par un nouveau centre ressources Alcool et Grossesse, qu’anime l’association Agir 33 Aquitaine. Il tentera de fédérer les actions menées par diverses structures, comme l’Emap (équipe mobile addiction parentalité) du CHU de Bordeaux, qui prend en charge les mères alcoolo-dépendantes, ou le Réseau Périnat des maternités et professionnels d’Aquitaine. Ses acteurs interviennent avant la naissance, mais aussi après, comme l’explique Muriel Reboda, pédiatre :

« Il peut y avoir un souci quand les femmes ne savent pas qu’elles sont enceintes mais continuent à boire, ce qui peut causer des malformations au début de la grossesse. Mais les troubles du comportement peuvent être provoqués plus tard – il n’y a pas de moment où l’enfant est plus protégé que d’autres. L’alcool est la première cause non génétique de retard mental chez les jeunes enfants. Ces troubles – hyperactivité, difficulté à gérer ses émotions, moindre capacités d’attention… – sont parfois diagnostiqués tardivement, vers 9 ou 10 ans, et s’aggravent à l’âge adulte, entrainant des risques (violence, toxicomanie…). Si on parvenait à le faire plus précocement, cela permettrait de mieux guider les familles. »

Pour Audrey Gonneau, seule permanente du centre de ressources Alcool et Grossesse, « un parcours de santé reste à construire en Aquitaine, car les pratiques sont nombreuses mais éparses ». Pour y voir clair et lancer une mobilisation interdisciplinaire, un colloque régional se tiendra ce jeudi 8 septembre à Bordeaux.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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