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A domicile, Alain Juppé tacle les populistes
Politique 

A domicile, Alain Juppé tacle les populistes

par Simon Barthélémy.
Publié le 10 novembre 2016.
Imprimé le 28 mai 2022 à 13:00
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Alain Juppé a fait le plein du Palais des Congrès pour son meeting bordelais, tombé le jour de la victoire de Donald Trump. Une élection dont le maire de Bordeaux tire quelques leçons.

A 10 jours du premier tour de la primaire, Alain Juppé voulait une démonstration de force ce mercredi soir dans sa ville. Avant la venue sur de Nicolas Sarkozy samedi, le pari est tenu puisque son meeting a attiré plus de 3000 personnes, de la quasi totalité du conseil municipal de Bordeaux aux militants corréziens, venus soutenir le fidèle de Jacques Chirac. Avec ferveur, mais sans s’enflammer non plus, sorti des « Juppé président » et de quelques huées pour François Hollande ou Marine Le Pen.

D’emblée, le maire de Bordeaux rappelle dans son discours qu’il est l’héritier des gaullistes, de son prédécesseur (au Palais Rohan et à Matignon) Jacques Chaban-Delmas, dont on célèbre le 10 novembre le 16e anniversaire de la mort, et de Charles de Gaulle, disparu un 9 novembre, en 1970. Ces deux résistants ont marqué la France, insiste Alain Juppé, gagnant la guerre contre le nazisme et léguant ensuite le programme du CNR et la Sécurité sociale, puis le projet de Nouvelle Société, « toujours d’actualité ».

« L’inspirateur du FN, c’était Pétain contre de Gaulle, nous c’est de Gaulle », affirme-t-il peu après. Très remonté contre « les calomniateurs d’extrême-droite et leurs complices » qui le taxent de salafisme et d’antisémitisme, Alain Juppé prône un discours de vérité, « le contraire du populisme ».

Les deux France

Le 9 novembre entre aussi dans l’Histoire comme le jour de l’élection de Donald Trump. Mais Alain Juppé s’est gardé de le ranger dans le même sac populiste que Marine Le Pen, la première à se féliciter de la victoire du magnat de l’immobilier. Il se dit naturellement « disposé pour dialoguer » s’il est aussi élu président, même si « l’idée qu’il se fait de la France et de l’Europe est encore un peu floue ».

L’ex Premier ministre retient parmi les causes de la victoire du candidat républicain la « paupérisation des classes moyennes », liée à la pression fiscale, et la « sourde menace sur l’emploi » de la transformation numérique (il n’évoque pas en revanche la désindustrialisation accélérée par les accords de libre-échange, dont l’effet a pourtant été désastreux pour les démocrates dans des Etats clés).

Alain Juppé veut toutefois mettre en garde les français contre la dénonciation aveugle des élites. Il dresse un parallèle entre la situation américaine et celle des « deux France » qu’il voit se dessiner sous ses yeux : l’une métropolitaine et entreprenante, l’autre ouvrière ou rurale, en souffrance – résultat, entre autres, selon lui de l’échec de François Hollande, « 5 années perdues pour la France ».

Deux France qu’Alain Juppé souhaite ne pas voir s’écarter, tout comme il veut « réconcilier la France avec sa diversité », « une richesse qu’il faut respecter » – à condition toutefois que « les communautés ne tombent pas dans le communautarisme »  et que soient « renforcées les bases de notre unité », dont les « racines judéo-chrétiennes » de la France.

Ordonnances

Car en dépit de quelques ouvertures – sur l’écologie, brièvement, par exemple -, le discours du maire de Bordeaux vise bien un public de droite, le cœur de cible à mobiliser pour le premier tour du 20 novembre.  Aussi, une bonne partie de son propos a porté sur des thèmes chers à son camps, tels que la sécurité, l’immigration ou la libéralisation de l’économie (contrôle des frontières, simplification du code du travail…).

Alain Juppé, et son porte-parole Dominique Bussereau avant lui, soulignent qu’une partie du programme sera appliquée par ordonnances, après vote d’une loi d’habilitation. De quoi prendre de court, avant la rentrée de septembre, les syndicats et Philippe Martinez, s’amuse l’ancien Premier ministre, qui veut sans doute s’éviter les mauvais souvenirs de décembre 1995.

Curieusement, ou est ce pour flatter l’assistance bordelaise, c’est son expérience de maire que son adjointe Virginie Calmels et Dominique Bussereau auront surtout mis en avant dans leurs interventions précédant celle d’Alain Juppé.

« C’est le seul maire candidat à la primaire, et qui présente ce qu’il est capable de faire dans une grande ville », selon le président du département de Charente-Maritime. « C’est un rassembleur incontesté », estime la vice-présidente de la métropole, « qui a poursuivi la cogestion avec la gauche initiée par Jacques Chaban-Delmas ».

Jusqu’où pourra-t-il – et voudra-t-il – rassembler à la primaire, et peut-être ensuite à la présidentielle ? Dominique Bussereau estime en tous cas que « le seul moyen de battre Marine Le Pen, c’est d’élire le candidat capable d’arriver en tête au premier tour ». Suivez son regard.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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