La solidarité des Bordelais contre la faim et le froid
Société 

La solidarité des Bordelais contre la faim et le froid

A l’heure où le grand froid sévit partout en France, la situation des sans-abris inquiète. A Bordeaux, à côté d’acteurs incontournables (Restos du cœur, Emmaüs…), plusieurs associations se sont créées pour leur venir en aide, en proposant des moments festifs.

« Couscous de l’amitié », prenez-en de la graine

Tradition emblématique de l’association « Graines de solidarité », le « couscous de l’amitié » a soufflé sa 30e bougie l’année dernière. Ce plat préparé dans les locaux de l’association du quartier Saint-Michel, et servi place des Capucins tous les samedis à 18h en période hivernale, a été crée en 1986 sous l’impulsion de Pierre Olivier, comme nous l’explique Evelyne Monge, secrétaire comptable et adhérente de longue date :

« C’est à cette époque-là que “Les restos du cœur” ont été créés tout comme les grandes associations qui malheureusement marchent toujours. On voudrait bien que ça disparaisse. Malheureusement, ça marche d’autant plus aujourd’hui qu’on a beaucoup de migrants et de réfugiés qui affluent, ce qui rends la tâche encore plus difficile. »

Graines de solidarité

Présidée par Hanifa Mzizoua depuis 2005, l’association compte 80 adhérents. Partenaire avec Carrefour Market, où elle récupère les invendus, « Graines de solidarité » achète également de la nourriture à la Banque alimentaire de Bordeaux et de la Gironde. Des maraudes sont organisées deux fois par semaine sur un secteur s’étendant de Sainte-Catherine à Saint-Christoly, en passant par la gare Saint-Jean où plusieurs mineurs auraient été retrouvés dans la rue.

Dans la continuité du couscous de l’amitié, l’association propose aussi des colis alimentaires aux familles et aux personnes isolées, souvent des sans-abris à qui on demande de se déplacer dans les locaux. L’association demande une contrepartie pour chaque action – une barquette de couscous contre 1€, 2€ le colis alimentaire pour une semaine. Théoriquement, la famille devrait pouvoir repartir avec l’équivalent d’un caddie plein pour 6€. Les colis familiaux sont distribués dans leurs locaux, notamment pour respecter la chaîne du froid puisque l’on demande aux familles de venir avec leurs sacs isothermes.

Des bénévoles de Graines de solidarité (WS/Rue89 Bordeaux)

« La Gamelle bordelaise » met les petits plats dans les grands

Fondé le 1er janvier 2015 par une bande de potes, le collectif de « La Gamelle bordelaise » est composé d’une dizaine de bénévoles actifs, salariés ou étudiants… Il réalise régulièrement des maraudes grâce aux dons de particuliers, et a ainsi pu distribuer 500 repas en décembre.

« La gamelle » a commencé en rassemblant des vivres et en distribuant des repas chauds aux sans-abris et aux réfugiés, notamment ceux du camp de Sahraouis sur le quai de la Souys après leur expulsion du pont Saint-Jean. Elle communique régulièrement via sa page facebook sur ses besoins pour ses maraudes et distributions.

« Ce n’est pas que nous avons l’impression qu’il y a de plus en plus de sans-abris, on en est sûrs, estime Joe, fondateur du collectif. Malheureusement, il en existe encore un nombre considérable qui ne sont pas pris en charge. »

Si l’association se concentre sur la distribution de soupe chaude et de pâtes, elle récolte également des vêtements chauds que les bénévoles distribuent aux personnes dans le besoin. Joe refuse toute compétition de solidarité et se dit prêt à travailler avec toute association le contactant. La gamelle bordelaise a d’ailleurs été récemment aidée par l’association « Cœur de tricot » qui leur a confectionné des plaids, gants et écharpes.

Des tablées solidaires pour partager plus qu’un repas

Repas du mercredi de la Tablée (WS/Rue89 Bordeaux)

Depuis deux mois, plusieurs associations dont « Les enfants de Coluche » ou encore » Smile pour tous », organisent des tablées solidaires tous les mercredi et samedi de 20h à 22h. L’occasion d’échanger des moments conviviaux autour d’un repas chaud et parfois d’un spectacle d’artistes, comme ce fut le cas mercredi dernier où des slameurs et un cracheur de flammes étaient présents pour animer la soirée.

Smile pour tous

Fondée il y a seulement deux mois et demi, l’association fédère déjà une importante communauté sur Facebook. Soutenue par des artistes locaux réalisant des clips avec des T-shirts à l’effigie de l’association, cette dernière compte réaliser d’autres projets pour l’avenir, dont la réalisation d’ateliers culinaires pour les sans-abri près de la gare Saint-Jean. Toujours dans l’optique de briser les barrières, elle projette également de réaliser un direct live d’une nuit passée auprès des sans-abri afin de sensibiliser les bordelais.

Lors de ces tablées, chaque personne se sert de ce dont elle a besoin, et notamment des vêtements. David Marinho, un des trois fondateurs de l’association « Smile pour Tous » souhaite avant tout « partager un repas convivial avec les gars de la rue », autour de gâteaux et de plats « 100% faits maison ».

Jugeant les maraudes trop superficielles, « puisqu’on passe environ 3 à 4 minutes par personne », David préfère centraliser les efforts de l’association autour des tablées. Ces opérations rencontreraient un franc succès auprès des sans-abris, mais beaucoup moins auprès des personnes qui ne vivent pas dans la rue, ce qu’il déplore :

« Il y a encore beaucoup trop de barrières et même si certains s’arrêtent, ça reste minime. Le but est de partager un repas tous ensemble et de faire se rencontrer des personnes qui ont eu un travail, une vie, comme tout le monde. »

L’association souhaiterait convier plus d’artistes tels que des graffeurs ou des slameurs à l’avenir pour rendre ces moments plus festifs encore. Fière de son succès, elle souhaiterait étendre les tablées à la rive droite où une demande se fait sentir.

Des aides administratives

Avec 70 bénévoles à son actif, l’association peut se permettre de mener plusieurs combats de front. Car, David en est bien conscient, la distribution de repas ne suffit pas :

« On a réussi à sortir 5 personnes de la rue depuis un mois et demi, en leur trouvant un travail et un logement. Malheureusement, je dis toujours que quand un gars sort de la rue, il y en 5 autres qui prennent sa place. »

Au delà des simples repas, l’association assure en effet un suivi administratif des personnes auxquelles elle est venue en aide (recherche d’un emploi, d’un logement ou encore obtention de papiers tels que la carte vitale, le RSA ou les allocations). David affirme avoir aussi pu nourrir et héberger à l’hôtel une trentaine de réfugiés, avant de leur payer des billets de train pour le nord de la France, la Belgique et l’Allemagne.

L'AUTEUR
Romain Ethuin
Romain Ethuin
Etudiant en 3e année d'Infocom, fils d'une mère tahitienne et d'un père chti, je suis également rédacteur en chef du N'infonews, le journal qui ne pense qu'à ça...

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