Un 1er mai contre le FN, des Bordelais entre vote Macron et « ni ni »
Politique 

Un 1er mai contre le FN, des Bordelais entre vote Macron et « ni ni »

Loin de la rudesse des affrontements parisiens, la fête des travailleurs à Bordeaux a été l’occasion d’affirmer une volonté dans cet entre-deux-tours : combattre l’extrême droite. Certains voteront Macron avec ou sans convictions, d’autres s’interrogent encore sur leur choix. Voici les regards de 5 militants, garantis sans langue de bois.

Il fallait faire avec les averses et les divisions. Le défilé du 1er mai, transformé entre les deux tours de la présidentielle en une manifestation contre le FN, a réuni 7000 personnes environ – 3500 pour la police et 8000 selon la CGT dont sa secrétaire départementale Corinne Versigny se réjouit : « C’est plus que l’année dernière contre la loi El Khomri ».

La loi Travail parait loin, et l’ambiance n’est pas folichonne. Le premier tour de l’élection présidentielle est passé par là. Les deux candidats en lice ne font pas le bonheur des manifestants de la fête des travailleurs. La candidate de l’extrême-droite inquiète ces militants qui pour nombre d’entre-eux étaient aussi en marche (si on peut dire) contre les lois Macron et El Khomri.

Depuis le soir du premier tour, les Bordelais ont connu cinq rassemblements dont un seul à l’appel de SOS Racisme disait « Non au FN, non à Le Pen ». Les autres, spontanés et anti-fascistes, ont soit dénoncé la « mascarade électorale » ou scandé « ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron ».

Seule manif sans heurts

De dimanche à vendredi (hormis mercredi), chaque soir les manifestants (100 à 300) se sont rassemblés et ont essayé (parfois réussi) de manifester. Les tirs de flashballs ont fait plusieurs blessés dont un photojournaliste et ont déclenché des jets de bouteilles ou de cannettes en réponse. Les interpellations se sont multipliées.

Cette manifestation du 1er mai s’est déroulée sous le signe de la division syndicale et militante mais sans aucun heurt. CGT, FSU et Unef étaient en tête de cortège suivis par Solidaires et la CNT (où le camion crie « français, immigrés, même patron, même combat) puis les autonomes et les mouvements et partis politiques. Force ouvrière proposait un rassemblement à son local, quand la CFDT n’appelait pas à manifester localement.

Le candidat à la présidentielle Philippe Poutou était présent, tout comme le zadiste Eric Petetin.

Alors au deuxième tour, votera ou votera pas ? 5 manifestants rencontrés ce lundi, reviennent sur leur semaine de réflexion.

Lire pages suivantes les témoignages de Frédéric, Evelyne, Santiago, Willy et Barbara.

Frédéric, sa première manif du 1er mai et sa bonne nouvelle

Frédéric affichait un drapeau européen sur la pancarte qu’il brandit. Il n’était pas seul à défendre l’Union européenne si fièrement… ils étaient deux. Sans se connaître, un autre homme avait posé le drapeau étoilé sur ses épaules. A 34 ans, le Bordelais participe à sa première manif du 1er mai :

« Il y a le 2e tour et pour la première fois aussi je me suis syndiqué à la CFDT, ça fait deux bonnes raisons de manifester. Le soir du 1er tour, je n’étais pas surpris particulièrement. Je suis soulagé que Macron soit passé malgré ses visions libérales parce qu’il défend les valeurs républicaines.

Frédéric s’affiche avec l’Europe à son bras (XR/Rue89 Bordeaux)

En 2002, j’avais voté pour un petit parti. J’avais participé à la destruction de la gauche. J’y pense désormais quand je vote. En 2012, c’était pour les Verts et j’avais serré les fesses. Cette année, j’ai voté Macron car Cohn-bendit l’a soutenu.

En voyant l’affiche du 2e tour, j’ai compris que ça ne suffisait pas de mettre un bulletin puis de regarder la télé. Il faut manifester, lire de bons médias. Je n’ai pas eu l’occasion de sortir dans la rue jusqu’à aujourd’hui. Les “ni-ni” sont les seuls qui vont en manif. Ceux qui sont les plus motivés sont souvent les plus à gauche. Mais je crois que le “ni-ni” va faire plouf. Cela dit, il va falloir manifester si Macron est élu, quand il va essayer des passer des lois sur le travail. »

Un militant votant pour Benoit Hamon, rejoint la discussion, heureux de croiser un des seuls européistes affichés dans le cortège. La discussion refait le match du premier tour, déborde sur Mélenchon qu’ils ne semblent pas apprécier. Frédéric est surpris, visiblement satisfait :

« Ah bon chez les jeunes, Mélenchon a battu Le Pen ? Bon, c’est déjà une bonne nouvelle. »

Santiago et Evelyne autant « dégoutés » en 2002 et en 2017

Santiago et Evelyne, la soixantaine, sont deux militants communistes. A cause d’une nouvelle averse, les notes sur notre carnet prennent l’eau. Difficile de retranscrire précisément. En plus, ils se connaissent par cœur et font leur phrase à deux, alors on conjugue en une seule citation leur propos :

« Il n’y a pas beaucoup d’ambiance à ce 1er mai. Il n’y a pas de slogan. Surtout quand on fait le parallèle avec les manifestations de 2002. Parmi tous ceux qui sont là, beaucoup se disent que “Macron ce n’est pas mon affaire”.

Santiago et Evelyne, communistes talençais (XR/Rue89 Bordeaux)

Une majorité dit voter contre Le Pen mais Macron c’est le libéralisme. Il a été fabriqué puis lancé par les grands médias. Ils ont été chercher le candidat utile pour empêcher Mélenchon de progresser trop vite. Regardez, quand Hollande sort une première fois de sa réserve ce n’est pas contre Marine Le Pen mais contre Jean-Luc Mélenchon. Je crois quand même que les gens sont lucides par rapport au fait que Macron est une arnaque.

En 2002, c’était le coup de massue. Dimanche dernier au soir du 1er tour, voir la fille Le Pen et Macron, on était dégouté. On était dégouté car aussi on croyait en Mélenchon. Un petit peu. »

Béret noir et foulard rouge, l’ancienne responsable syndicale nage en plein doute :

« J’attendrais la veille du 2e tour pour me décider. Chirac a fait comme si tout le monde avait voté pour lui. On ne veut pas donner un blanc-seing à Macron. »

Willy agacé par « ceux qui ne manifestent pas et donnent des injonctions au vote »

Willy, syndiqué chez Sud PTT,  fait partie de ces manifestants qui usent ses semelles manif après manif. S’il en a loupé quelques unes dans la semaine, il est attaché à ces mouvements spontanés nocturnes autant qu’au mot d’ordre « ni Le Pen ni Macron » :

« Après le 1er tour, il n’y a pas eu de manifestations ni de réactions populaires. Comme beaucoup ont déjà dit : le discours a été intégré. Et ceux qui ne manifestent pas, ça ne les empêche pas de donner des injonctions au vote.

Willy, marcheur en manif pas près de marcher pour Macron (XR/Rue89 Bordeaux)

L’utilité de ces manifestations [spontanées, sauvages, NDLR] pour nous c’est de se motiver, de créer une dynamique. Marine Le Pen ou Emmanuel Macron n’entendent pas ces manifestations. Quand Cécile Duflot propose que Macron fasse un geste vers EELV et le PS, ses cadres lui répondent : “il y a une ligne, un programme et vous serez derrière”. Alors quand on fait ces manifestations, on le fait pour nous et pour dénoncer ce qui se passe actuellement qui est inacceptable. »

Débat à la TV et contre-soirée

Mercredi soir, à l’heure du débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le collectif anti-fasciste Le Pavé Brûlant organise une « contre-soirée ». Sur la place Saint-Michel, trois groupes de musique sont attendus. L’affiche montre le personnage du Monopoly qui tient dans sa main droite un masque à l’image d’Emmanuel Macron, dans l’autre celui de Marine Le Pen, et en toile de fond, le drapeau bleu blanc rouge se compose des termes « antisémitisme », « colonisation », « violence », « austérité ».

Je ne crache pas sur le vote mais c’est une arme comme une autre. Macron ce n’est pas une solution, c’est un problème de plus. Filoche [membre du bureau national du PS, NDLR] le dit très bien lui-même : “le FN est un pistolet et le programme d’Emmanuel Macron est un poison”. Il ne faut pas manger le poison.

Ce n’est pas encore une évidence qu’Emmanuel Macron soit élu. Avec le ralliement de Dupont-Aignan, il y a un risque qu’elle passe. Ce n’est pas la même situation qu’avec Chirac. Au boulot, on me le dit. Ceux qui ont voté Chirac me disent “Plus jamais”. »

Je m’abstiendrai. Le fascisme tue mais le capitalisme aussi. Il y a les empoisonnements au cadmium, à l’amiante, les suicides au travail mais aussi les morts dans le bâtiment. Je ne veux pas qu’il se serve du quitus que je lui donnerai. Je sais que je serai pendant 5 ans dans la rue. »

Barbara, l’insoumise choquée qui « pleurera dans l’isoloir »

Autocollant France Insoumise collé sur son manteau, Barbara a fait un pas de plus dans son engagement politique en participant à sa première manif de 1er mai.

« Le soir du 1er tour, c’était une grosse déception. Et j’étais choquée qu’on nous mette autant la pression. On n’est pas obligé de se prononcer dès le soir de l’élection. C’est le problème souvent de réagir dans l’émotion. J’attends. Je voudrai que le candidat Macron viennent nous draguer sur le social, l’écologie. C’est dingue qu’on vienne nous culpabiliser. Mélenchon, lui, s’est adressé à nous comme à des adultes.

Barbara, insoumise qui ne fait pas FI de son image (XR/Rue89 Bordeaux)

Macron, on aura toujours les moyens d’essayer de le faire changer. Marine Le Pen ça va être plus compliqué c’est sûr. J’ai peur pour le monde associatif que je connais bien. Je connais aussi l’action du FN dans certaines villes. C’est horrible à dire, mais peut-être que moi ma vie ne changera pas si c’est Marine Le Pen. Je m’inquiète pour l’aide aux migrants, aux personnes vulnérables.

Je ne suis pas surprise que ça pose beaucoup de questions. Je pense que je vais pleurer dans l’isoloir. La suite me fait très peur. Les gens vont retomber dans leur confort, devant la télé. Est-ce que la dynamique va s’arrêter ? Je ne sais pas. »

Et celle de la France Insoumise ?

« J’espère que non ! Je n’ai pas pu tracter au premier tour. C’est là où je m’en veux un peu. J’ai le sentiment que le prochain enjeu est là, pour les législatives. Je veux avoir une cohérence intellectuelle. Il faut y aller ! »

Son choix semble fait :

« Voter Macron me fait vraiment chier mais on ne pourra pas douter que je suis anti-FN. D’autant que je suis là ! Je connais beaucoup d’anti-FN que l’on ne voit pas. »

Elle est prête à se rendre souvent dans la rue : « En plus en manifs, on rencontre des gens chouettes. »

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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