Le Matmut Atlantique affiche des bilans économique et écologique pas brillants
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Le Matmut Atlantique affiche des bilans économique et écologique pas brillants

En 2016, le Matmut Atlantique a enregistré un déficit de près de 3,3 millions d’euros, très loin de son objectif initial. La présentation au conseil de Bordeaux Métropole du rapport d’exercice de SBA (Stade Bordeaux Atlantique), qui a construit et exploite l’enceinte dans le cadre d’un partenariat public-privé, a donné lieu ce vendredi à un nouveau débat sur la pertinence du modèle économique, mais aussi sur son impact écologique.

Après une perte de plus de 3,6 millions d’euros en 2015, le consortium Vinci-Fayat, aux commandes de SBA (Stade Bordeaux Atlantique), est donc à nouveau dans le rouge, pour sa première année pleine d’exercice (le stade avait été livré le 30 avril 2015). Le déficit était l’année dernière de 3,29 millions d’euros contre 1,34 million initialement espéré, pour un chiffre d’affaires de 19,2 millions d’euros (dont 9,2 millions de loyers payés par la ville de Bordeaux en 2016, dorénavant la métropole depuis le transfert de l’équipement, et près de 6 millions d’évènements d’entreprises organisés au stade).

La nouvelle n’est en soi guère surprenante. SBA continue à payer un contrat de « naming » moins lucratif qu’escompté – le partenariat avec l’assureur Matmut rapporte 2,8 millions d’euros par an, pour 4,2 millions attendus dans le modèle économique du stade.

Mais le rapport souligne également des « charges de personnel importantes », presque deux fois plus élevées que prévu : le stade a mobilisé 15,5 équivalent temps plein (ETP) contre 8 prévu dans son modèle initiale. Or le coût moyen de chaque ETP est de 103 000 euros par an, et ce coût humain représente 40% du déficit de SBA.

« N’est on pas devant un déficit structurel par rapport à un équipement surdimensionné vu les besoins de notre territoire ?, s’est donc interrogée la conseillère métropolitaine socialiste Emmanuelle Ajon. Et SBA serait-il en droit de demander la renégociation de ce contrat, présentant un risque financier pour notre métropole ? »

Paradise city

Hypothèse écartée par Nicolas Florian, maire adjoint de Bordeaux en charge des finances :

« J’entends la petite musique sur le risque encouru par la collectivité si SBA n’était plus en mesure d’exploiter le stade, mais il n’y en a aucun. C’est le signataire du PPP qui supporte tous les risques liés à la construction et l’exploitation, et c’est sur 30 ans que se jugera ce bilan. (…) Je fais le pari que Vinci et Fayat finiront par l’exploiter de façon convenable ».

L’élu Les Républicains en veut pour preuve les deux concerts programmés l’été dernier, les Vieilles Canailles et Céline Dion, alors qu’il n’y en a eu aucun en 2016. Un autre show, celui des Guns n’Roses, aura lieu le 26 juin prochain.

Pierre Hurmic redoute au contraire « la concurrence à venir de la nouvelle Bordeaux Métropole Arena » (qui sera inaugurée le 24 janvier prochain). C’est pour l’élu écologiste bordelais un des facteurs « permettent sérieusement de douter d’un retournement spectaculaire de conjoncture pour SBA ». Le principal d’entre eux, c’est le « taux de remplissage très moyen du stade (on atteint difficilement les 80% pour les grosses affiches des Girondins de Bordeaux) ».

Et encore, ce chiffre inclut les 5 matches de l’Euro 2016 de foot, pour lequel a été construit le nouveau stade. Pendant la saison 2015/2016, son affluence moyenne était de 25921 spectateurs (pour 44000 places), entre les rencontres à domicile des Girondins et les trois matches de rugby disputés par l’Union Bordeaux-Bègles.

Forme olympique

C’est en deçà la jauge de Lescure, et le public vient de moins en moins nombreux – 15000 personnes pour le dernier Bordeaux-Montpellier, par exemple. Les mauvais résultats des Girondins n’incitent guère à l’optimisme. Qu’adviendrait-il du stade en cas de descente en L2 ? La cour des comptes avait rappelé l’engagement de l’actionnaire du club, M6, à verser à la métropole son loyer (3,8 millions d’euros) dans tous les cas de figure.

Quant à SBA, qui a déjà demandé de renégocier son contrat, « la réponse est non », martèle Nicolas Florian :

« Il y a un contrat, il faut le respecter. Ce n’est pas par hasard qu’on est en contentieux avec SBA (procédure en cours au tribunal administratif, NDLR), car on défend les intérêts de l’agglomération. »

Et Alain Juppé, président de la métropole, défend toujours l’intérêt d’un stade « sans lequel nous n’aurions jamais eu l’Euro 2016, ni la perspective d’attirer des matches de la Coupe du monde de rugby en 2023 et ou les rencontres de foot des JO en 2024. »

Le Matmut, « un aspirateur à voiture »

Pour l’écologiste Pierre Hurmic, le bilan carbone du Matmut Atlantique présenté ce vendredi en même temps que les résultats financiers, est « catastrophique ».  L’impact moyen d’un match national est ainsi de 12 kilos par spectateur (soit l’équivalent de 60 kilomètres en voiture), contre un kilo pour une sortie au cinéma, ou 15 pour un festivalier d’Ocean Climax. Mais ce bilan grimpe à 38 kilos pour un participant à un séminaire, et à 90 pour un spectateur de l’Euro.

Les déplacements représentent plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre d’une rencontre nationale. Le bilan carbone est calculé sur un exemple de match attirant 19200 personnes, dont 13500 arrivant dans 6600 voitures, ce qui vaut au stade, situé en périphérie le qualificatif d’aspirateur à voiture.

Plus de 3 kilos de CO2 viennent de l’énergie,  – 5071 mégawattheures d’électricité consommés en 2016. Pierre Hurmic dénonce en particulier la luminothérapie de la pelouse, dont la consommation annuelle équivaut à celle de 500 ménages français. Ce dernier propose d’étudier la possibilité de poser davantage de panneaux photovoltaïque, par exemple sur la toiture. Un option qu’avait rejeté les pompiers, affirme Alain Juppé.

Pour améliorer son bilan carbone, SBA avance plusieurs possibilités, dont celle d’augmenter la capacité du parking vélos, et de favoriser l’utilisation du tram, qui n’est aujourd’hui pas à saturation, ou encore d’inciter les spectateurs au covoiturage pour les déplacements lointains.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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