Economie  Sport 

Darwin et les Ultramarines veulent racheter les Girondins

actualisé le 03/04/2018 à 00h00

[POISSON D’AVRIL] L’écosystème Darwin et les supporters des Girondins ont déposé un dossier de reprise commun pour faire de Bordeaux le premier grand club français écolo et appartenant à ses socios.

Notre-Drame-du-Lac, c’est du passé. Les dirigeants de Darwin qualifiaient encore récemment en ces termes le nouveau stade de Bordeaux, considéré non sans raison comme une aberration écologique. Finalement, le Matmut Atlantique, baptisé René Gallice par les supporters des Girondins, pourrait bien être le théâtre à la fois d’une sacrée expansion pour l’écosystème de la caserne Niel, mais aussi d’un projet sportif hautement excitant.

A la vue des éléments divulgués sur le projet de reprise du club de football par le fonds d’investissement américain General American Capital Partners LLC (GACP), d’influentes personnalités bordelaises, inquiètes, ont en effet décidé de présenter une offre alternative à M6, actuel propriétaire des Girondins.

« Je ne suis pas particulièrement fan de foot, mais qu’un élément aussi important du patrimoine de la ville puisse être bradé avec un montage financier aussi abracadabrantesque m’a motivé, explique à Rue89 Bordeaux Philippe Barre, fondateur de Darwin. A une condition : comme pour la caserne Niel, nous voulons reprendre le club en conjuguant esprit d’entreprise et militantisme associatif. »

Socios bordelaise

Une alliance improbable s’est alors nouée entre un groupe d’investisseurs conduit par Philippe Barre, mais qui tiennent à rester discrets pour l’instant, et les Ultramarines. Le principal groupe de supporters des Girondins s’interroge lui aussi notamment sur les moyens dont dispose réellement GACP, qui n’aurait en fonds propres qu’entre 5 et 10 millions d’euros, sur les 72 millions nécessaires pour racheter les parts de M6.

« Pourquoi dans ces conditions ne pas donner une chance à un investissement de socios dans le club, à l’image du Barça, qui appartient à ses supporters ? », lance Laurent, des Ultramarines.

Ouvrir une partie – encore indéterminée – du capital d’un club à tous ses fans serait en effet une première en France, malgré la volonté manifestée ailleurs par d’autres groupes de supporters. Elle donnerait un inestimable coup de projecteur – et de sympathie – à la nouvelle direction des Girondins. Et permettrait aux supporters-actionnaires bordelais de contester les interdictions préfectorales de déplacement qui leur sont infligées.

Open Barre

L’autre point fort économique du dossier réside sans doute dans l’accord que Darwin affirme avoir avec le consortium Vinci-Fayat qui exploite le Matmut, SBA (Stade Bordeaux Atlantique). En échange d’une baisse du loyer (prohibitif) versé par les Girondins, les nouveaux dirigeants du club s’engageraient à démultiplier les évènements organisés dans le stade, à commencer par le festival Climax, qui  déménagerait de Cenon vers le Matmut, concerts d’électro « french touch », conférences d’Edgar Morin ou encore salons Emmaüs…

L’écosystème de la rive droite tirerait d’autres avantages à franchir la Garonne. Grâce au marché de la buvette du stade, les nouveaux propriétaires du club auraient un atout  dans leur quête d’équilibre économique : la Darwin BeerTM. Ils envisageraient par ailleurs de s’associer à la Caisse des dépôts pour transformer les bureaux du lac, qui seront bientôt en grande partie délaissés, en gigantesque tiers-lieux, et de construire (avec Fayat) sur ces terrains en zone humide des cabanes tchanquées abritant des auberges de jeunesse de luxe.

Et plusieurs associations de Darwin, en délicatesse avec BMA quant à leur place dans la ZAC Bastide Niel,  trouveraient un nouveau point de chute, en particulier le roller derby au centre d’entraînement du Haillan et la ZAUE (zone d’agriculture urbaine expérimentale) dans la Jallère.

De Bistro Régent à la permaculture

Le dossier prévoit d’ailleurs de soumettre les joueurs des Girondins à des stages de permaculture, pour avoir la main verte en plus du bon pied. Et un nom d’entraîneur circule déjà : Graham Potter, le technicien du club suédois d’Östersund, passé de la 4e division à la coupe d’Europe avec du beau jeu, en poussant ses footballeurs à faire de la danse ou du théâtre, et à se produire en public.

Quelles sont les chances du projet Darwin-Ultramarines de toucher au but ? Joint par Rue89 Bordeaux, Nicolas de Tavernost, le patron de M6, n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. Le dossier de reprise 100% bordelais aurait toutefois reçu un bon accueil du côté de Bordeaux Métropole, où on craint comme la peste qu’un nouvel actionnaire dénonce l’accord entre SBA et les Girondins, et contraignant le club à payer son loyer même en cas de rétrogradation sportive.

A moins que le projet ne butte sur des aspects plus farfelus du projet, comme renoncer à l’avion pour tous les déplacements du club, ce qui pourrait surtout poser problème en cas de qualification européenne, ou pour les matches de coupe au fin fond de la Bretagne ou du Jura.

Soucieux aussi d’afficher son engagement écolo sur le maillot du club – les noms de Sea Shepherd ou de Surfrider Foundation reviennent avec insistance -, les futurs dirigeants devraient aussi se passer de la manne financière de l’actuel sponsor, Bistro Régent. Un vrai sacrifice.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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