Numérique : comment French Tech Bordeaux peut s’ouvrir au monde
Economie  Numérique 

Numérique : comment French Tech Bordeaux peut s’ouvrir au monde

actualisé le 14/12/2017 à 14h52

French Tech Bordeaux a célébré ce mardi les 3 ans d’attribution du label en présence du secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi. Avec un nouveau président à sa tête, Jérôme Leleu, l’écosystème bordelais veut appuyer l’ouverture à l’international de ses startups.

Le numérique est plutôt à la fête ces derniers mois à Bordeaux Métropole : arrivées de la société de « cloud » OVH (100 emplois créés), installation du siège social de Betclic, le site de paris en ligne (150 emplois délocalisés de Londres et Paris), inauguration d’un studio d’Ubisoft, éditeur de jeux vidéo (37 salariés, 200 prévus à terme). Ces trois poids-lourds dans leurs secteurs respectifs ont toutes choisi de s’implanter aux Bassins à flot, où se trouve également le siège de CDiscount, fleuron bordelais du e-commerce.

Certes, la place bordelaise a aussi enregistré quelques défaillances de startups locales ayant bénéficié de relais médiatiques (et de subventions publiques), comme l’agrégateur d’informations News Republic, la plateforme d’autopartage Co-Rider ou le service de messagerie mobile de santé Hipok. Et la dernière analyse de la CCI sur l’économie numérique en Nouvelle-Aquitaine soulignait une stagnation du nombre d’emplois entre 2008 en 2015 – autour de 22000 emplois, soit 7,8% des salariés de la métropole bordelaise, ce qui la place au 7e rang des agglos de province.

Mais celle-ci est troisième pour la création de startups (1053 en 2015). Et c’est sans compter les derniers développements. Pour Mathieu Hazouard, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine délégué à l’Économie numérique, « on assiste plutôt une explosion sur la métropole, avec pas mal de structures d’accompagnements qui se montent, publiques (fusion d’AEC et d’Unitec) ou privées (le Village by CA, l’1kubator de Sud Ouest, Héréma…) ».

Feuille de route

Preuve de ce dynamisme : 50 entreprises ont proposé 300 offres d’emplois ce mardi au « job connect » de French Tech Bordeaux. L’association éponyme, censée fédérer les acteurs locaux de la filière, fêtait à la CCI les trois ans d’attribution du label national, en recevant le secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi, ainsi que Laurent Alexandre, chirurgien-urologue, fondateur de Doctissimo, et nouveau gourou français de l’intelligence artificielle.

L’occasion aussi de présenter le nouveau président de l’association : Jérôme Leleu, patron d’Interaction Healthcare, une agence spécialisée dans la e-santé, implantée depuis 5 ans à Bordeaux. Il a été élu par le nouveau bureau de French Tech Bordeaux, mis en place après une crise de gouvernance, interne et politique. Aujourd’hui, la hache de guerre semble enterrée entre les deux principaux bailleurs, le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et la métropole – ou plutôt entre Alain Rousset et Virginie Calmels, ex rivaux aux élections régionales.

« On présente ce mardi une French Tech bien structurée, avec une feuille de route pour les deux ans à venir, indique Jérôme Leleu. Il y a parfois eu beaucoup de fantasmes sur une structure qui couvrait tout l’écosystème de la métropole. French Tech est juste un beau label qui doit permettre de mettre en relation les start-up qui souhaitent se développer aux autres acteurs de la filière – incubateurs, développeurs, investisseurs… Nous allons d’ailleurs créer un système de parrainage pour faire bénéficier les nouveaux arrivants à Bordeaux de l’accueil des anciens. »

Côté ambitions, le boss de French Tech Bordeaux veut « améliorer la visibilité internationale de nos entreprises », alors que 16% d’entre elles sont implantées à l’étranger, selon l’enquête de la CCI.

« C’est pourquoi nous amènerons 40 startups au CES de Las Vegas (le consumer electronics show, grand-messe du numérique, NDLR). Jusqu’ici, chacun partait de son côté. »

Licornes et humanoïdes

Il s’agit ainsi d’aider les entreprises locales à toucher d’emblée une clientèle plus large. Et leur permettre d’atteindre une taille critique dont, pour l’heure, peu semblent pourvues, estime Jean-Louis Blouin, ex directeur général d’I2S (innovative imaging solutions) et président de l’ENSC (école nationale supérieure de cognitique) de Bordeaux.

« Notre écosystème est sympathique, fait la fête et emmène des gens à Vegas. Mais avec les gens raisonnables et volontaires à la tête de French Tech et de Digital Aquitaine (le pôle régional), il me semble que nous sommes à un moment où nous devons avoir des ambitions plus élevées : quelles sont les quatre ou cinq lignes directrices qui vont « driver » le développement du numérique dans les prochaines années ? On constate un foisonnement de startups, visible par exemple aux 200 tiers-lieux dans la région. Mais si on n’est pas capables de définir des axes forts, on ne va pas générer ces fameuses licornes (startup valorisée à plus d’un milliard d’euros, comme OVH et Blablacar en France, NDLR). »

« Il manque deux ou trois grosses boîtes qui permettraient de rayonner encore plus et de tirer la filière », abonde Mathieu Hazouard. Plusieurs secteurs pourraient selon Jean-Louis Blouin tirer leur épingle du jeu : un pôle image et jeu vidéo entre Bordeaux et Angoulême ; la robotique, qui s’appuie sur le cluster Aquitaine Robotics (et sur des humanoïdes deux fois vainqueurs de la RoboCup coupe du monde de foot des robots), et ses retombées potentielles en aide de vie pour les handicapés ou les personnes âgées ; ou encore l’e-santé (5% des entreprises du numérique, contre 16% dans l’e-commerce) :

« C’est un point fort, avec une société comme Interaction Healthcare, vraiment en pointe sur la 3D et la réalité virtuelle, la première avec une vraie perspective mondiale ».

L’important c’est l’e-santé

A la tête de cette dernière société, et de French Tech Bordeaux, Jérôme Leleu reconnait que « le territoire a une vraie richesse dans cette thématique de l’e-santé, avec des startups en forte croissance comme Poietis (qui développe des tissus humains en 3D), Clay (logiciels de reconnaissance gestuelle) ou Nomadeec ».

« On peut préempter des sujets au niveau international, poursuit-il. Montréal s’est imposée comme un leader de l’intelligence artificielle alors qu’il n’est pas sûr que la ville compte plus de sociétés qu’Israël ou Singapour. Mais ce n’est pas incompatible avec le fait d’avoir une vision très globale. La mission de French Tech Bordeaux, c’est d’aider toutes les startups, même si elles se rangent dans des thématiques a priori moins fortes, comme la foodtech. »

L’évènement French Tech Bordeaux, mardi 12 décembre à la CCI (DR)

Ce mardi, c’est un membre du gouvernement, Mounir Mahjoubi, qui a tendu l’oreille aux préoccupations des startuppers bordelais (outre le soutien à la candidature de Bordeaux à l’accueil de la RoboCup 2020). Anthropologue et fondatrice de Lucine (12 salariés), Marine Cotty-Eslous aimerait par exemple un accompagnement de l’Etat pour exporter son application de lutte contre la douleur par stimulation du cerveau.

« Je rêve d’être leader avec ce produit qui est une première mondiale, et de rester basée en France », martèle la jeune femme, qui a pris date avec le cabinet du secrétaire d’Etat.

D’autres ont souligné que les blocages auxquels ils se heurtent sont plutôt franco-français : ils pointent les relations compliquées avec de grands groupes du CAC40, dont les startups dépendent pour accéder à certains marchés. Ou encore la « frilosité » de certaines administrations à expérimenter les solutions qu’elles proposent.

Course à handicap

« J’ai l’impression de franchir les frontières d’un pays à chaque fois que je prospecte un nouveau département », souffle Stéphanie Dulout, qui essaye de convaincre les Agences régionales de santé (ARS). La directrice de Nomadeec a pourtant démontré avec des ambulanciers privés de la Vienne l’efficacité de son interface digitale permettant d’accéder à des bilans de patients par visioconférence.

« Le service a été créé par un médecin urgentiste, il est commercialisé depuis 2016 et nous avons calculé qu’il ferait économiser 35 millions d’euros par an à la Sécurité sociale s’il était utilisé par tous les ambulanciers de garde. Il permettrait d’éviter par exemple des hospitalisations aux urgences inutiles après une chute sans gravité d’un pensionnaire d’Ehpad, ou de prévenir des séquelles dramatiques à une victime d’AVC (accident vasculaire-cérébral). »

Mais les limites au déploiement des startups peuvent aussi se trouver à Bordeaux même : le boom du numérique et l’arrivée de grandes entreprises entraîne une forte concurrence pour le recrutement de codeurs ou des data scientists (spécialistes de l’exploitation des données).

« Les écoles publiques n’arrivent pas trop à satisfaire la demande, estime Jean-Louis Blouin. L’école de cognitique que je préside forme 80 étudiants par an, elle pourrait sans problème accueillir le double si ses moyens n’étaient pas limités. la région fait beaucoup en matière de formation, mais il n’y que l’État qui peut créer des postes d’enseignants et de chercheurs. »

Enfin, Jérôme Leleu point un problème propre à la métropole bordelaise :

« La ville est attractive, c’est super, mais l’accès au logement pour nos collaborateurs de 30 ou 35 qui veulent vivre dans Bordeaux est un vrai sujet. C’est très compliqué pour les primo-accédants ».

Le phénomène de la flambée des prix du logement avait déjà été relevé par un baromètre récent comme un handicap à l’attractivité de Bordeaux. Il pourrait ainsi nuire aussi au développement de ses startups.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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