5 questions sur l’œuvre d’art contestée prévue aux Bassins à flot en 2018
Culture 

5 questions sur l’œuvre d’art contestée prévue aux Bassins à flot en 2018

Bordeaux Métropole a confirmé ce vendredi l’installation en juin 2018 de l’œuvre de l’artiste londonienne Suzanne Treister aux Bassins à flot, « Le Vaisseau spatial ».

Michel Duchène, vice-président de Bordeaux Métropole chargé des grands projets d’aménagement urbains, a annoncé l’installation de l’œuvre de Suzanne Treister aux Bassins à flot en juin 2018. La soucoupe volante est le deuxième élément du triptyque conçu par l’artiste londonienne qui s’intitule « Les Vaisseaux de Bordeaux » dans le cadre de la commande artistique Garonne. Le premier, « L’Observatoire / Bibliothèque de science-fiction », a été inauguré dans le parc de l’observatoire à Floirac en juin 2017. Le troisième, « Le Puits », est attendu sur les quais de Bordeaux en 2019.

De ces trois éléments, voire de l’ensemble de la commande Garonne, l’œuvre des Bassins à flot est celle qui a suscité le plus de réactions négatives. « Le pire est qu’une œuvre d’art ne fasse polémique », ironise Michel Duchène.

Depuis cette polémique, voici, en cinq questions, ce qu’il faut savoir sur cette sculpture de 20 mètres de diamètre, inscrite dans la prochaine livraison avec « Les fontaines de Bacalan » de Clémence van Lunen et « Nouvelles espèces de compagnie » de Suzanne Lafont.

1- Quel titre ?

Initialement intitulé le « Vril », la sculpture portera finalement le titre « Le Vaisseau spatial ».

En novembre 2015, après avoir dévoilé le projet du « Vril », une association bacalanaise s’en est pris à l’artiste, voyant dans le nom de son œuvre un référence au Vril de l’Allemagne nazie. Lors d’une rencontre entre le responsable de l’association et l’artiste, cette dernière s’est expliquée :

« Je vous comprends à 100%. J’ai moi aussi perdu mes grands-parents pendant la guerre. J’ai cherché toute ma vie à surmonter ce passé et cette épreuve. Mais le Vril que je propose n’incarne plus les idées nazies mais le dynamisme français. »

« La polémique a été injuste » pour Michel Duchène qui se demande : « Comment peut-on reprocher de telles choses à Suzanne Treister, issue d’une famille de déportés et de résistants ? ». La faute à une faible médiation ? Il répond :

« Un travail de médiation pour ceux qui s’y opposent n’aurait servi à rien. On ne peut pas convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus. A l’adresse du grand public, et à l’occasion de son inauguration, il y aura des personnes sur place pour expliquer la démarche. Il y aura également une exposition au Capc et une vidéo qui expliquera la genèse de l’œuvre et le public pour voir ensuite l’œuvre d’art. »

2- Quel matériau ?

Dans les textes écrits par Suzanne Treister lors de ses réflexions, on peut lire ceci :

« En 2013, lors de la traversée en bateau sur la Garonne, j’ai été frappée d’apprendre que de nombreux bateaux datant de la Seconde Guerre mondiale se trouvent encore au fond du fleuve. J’ai même vu les débris de certains d’entre eux affleurer la surface. […] J’ai eu l’idée d’extraire un de ces navires de guerre de la Garonne et de le transformer en quelque chose d’autre […]. J’ai donc eu l’idée de le transformer en vaisseau spatial. »

Pour les pourfendeurs du projet, ce concept n’a pas manqué d’alimenter leur manière de considérer l’œuvre et d’argumenter leur contestation.

Cependant, c’est dans la perspective de la conservation de l’œuvre que le choix des matériaux s’est décidé. Une convention signée entre Bordeaux Métropole et le CAPC musée d’art contemporain a permis en janvier 2016 la mise en place d’un groupe de recherche visant à réfléchir à ces problématiques. Il en a résulté le choix de l’aluminium. « Pour nous, comme pour l’artiste, ça aurait été un rêve d’utiliser la ferraille récupérée sur les bateaux allemands », souligne avec regrets Marie Fernandez, responsable de la commande artistique, au sein de la Mission Rayonnement et Equipements Métropolitains.

« Ce ne sont pas des œuvres éphémères, ajoute Michel Duchène. Elles ont été pensées pour durer dans le temps et elles sont là pour 30/40 ans. »

3- Quel emplacement ?

Le Vaisseau spatial sera sur le bassin n°1, en face du Hangar G2, à l’entrée du bassin à gauche.

Les premières images de l’installation de l’œuvre révèlent un emplacement au fond du bassin n°2. Contesté, le choix s’est porté ensuite sur le bassin n°1, en face des deux cales sèches qui pourraient accueillir l’activité de réparation des yachts de luxe. Un moment, on a craint que ce nouvel emplacement puisse gêner les manœuvres de ces yachts et le port de Bordeaux assurait ne pas avoir été consulté sur cette question.

« Le port de Bordeaux valide cet emplacement, déclare Michel Duchène. Il a prévu le dragage d’un chenal pour pouvoir poser le socle de la structure. Donc, les grands bateaux ne peuvent pas y accéder, sinon ils s’envaseraient. »

La sculpture ne sera toutefois pas accessible aux spectateurs, juste visible des quais.

4- Quel coût ?

Le chiffre d’1,5 million a été avancé pour le triptyque et confirmé par Bordeaux Métropole.

Pourtant, à l’annonce de la réalisation de la soucoupe volante et de son principe, une des opérations censée être coûteuse était l’extraction d’un bateau allemand de la Garonne et sa transformation :

« Il n’y pas de surcoût, répond Marie Fernandez. Dans le budget initial, un nouveau matériau était prévu. Il y a eu des petites surprises et des ajustements, mais le coût ne change pas. »

Finalement, pour la fabrication de la soucoupe, la Métropole a du choisir un atelier nantais, Métalobil, « parce que nous n’avons pas trouvé des compétences sur notre territoire ».

Et la rémunération de l’artiste ?

« Un artiste de renommée, ça peut aller jusqu’à 80 000 €, explique Marie Fernandez. Malgré sa notoriété, Suzanne Treister n’est pas dans cette fourchette, elle est bien en dessous pour l’ensemble du triptyque. »

« Il y a plusieurs avantages pour Bordeaux d’avoir des artistes de renommée, ajoute Michel Duchène. Il y a l’attrait du public, mais aussi une forme de notoriété internationale, et c’est une très bonne chose que Bordeaux soit référencée au niveau international grâce à ces artistes. »

5- Quelle date pour l’inauguration ?

L’inauguration est annoncée pour juin 2018. L’on espère cependant qu’elle soit pas aussi confidentielle que celle de L’Observatoire de Floirac, inauguré sur invitation.

« L’Observatoire est sur un site non classée ERP (espace recevant du public, NDLR), précise Marie Fernandez. Nous étions effectivement limités pour cette soirée, comme pour la visite de l’œuvre. Pour Le Vaisseau spatiale, l’inauguration est ouverte au public et Suzanne Treister a promis d’y assister (elle était absente de l’inauguration de L’Observatoire pour des raisons de santé, NDLR). »

« Toutes les œuvres prévues ont été installées », se réjouit Michel Duchène qui rend, au passage, hommage à Alain Juppé et Vincent Feltesse, « des élus qui n’ont jamais rien lâché ».

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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