Baroud d’honneur contre la fermeture du pont de pierre
Brèves 

Baroud d’honneur contre la fermeture du pont de pierre

« Pont de pierre fermé = rocade bouchée = Bordelais énervés. Merci Juppé !! » Alors que Bordeaux Métropole doit se prononcer ce lundi sur la fermeture définitive du pont de pierre à la circulation des véhicules individuels motorisés, des commerçants de la Bastide et des « motards en colère » se sont rassemblés derrière ce slogan, ce vendredi place Stalingrad.

Il n’y avait pas foule. Une vingtaine de personnes, essentiellement des commerçants, une poignée de motards, et quelques riverains, ont exprimé leur souhait que l’expérimentation de fermeture du pont de pierre aux voitures, lancée en aout dernier ne soit pas pérennisée. Du moins pas sous sa forme actuelle, explique Patrick Youf, buraliste et représentant du collectif des commerçants de la rive droite (une cinquantaine, jusqu’au bout de l’avenue Thiers) :

« Certains d’entre nous ont subi une perte de leur chiffre d’affaire allant jusqu’à 30%, un licenciement a du avoir lieu dans une pharmacie, un autre est en cours dans un bar. Avec l’extension du stationnement payant sur toute la Bastide, ce n’est plus possible, on a des retards de membres de nos personnels, et des gens qui ne veulent plus venir ici. D’un autre côté, les bars et les restos apprécient la place sans voiture, c’est agréable le midi quand les gens peuvent se mettre en terrasse. Alors nous demandons une réouverture partielle, par exemple aux heures de pointe, jusqu’à 10h le matin. Avec une fermeture totale les week-ends et jours fériés. »

Ce point de vue est partagé par certains maires de la rive droite, comme Alain Turby (Carbon-Blanc) qui a relayé la pétition du collectif des commerçants (signée à cette heure par 272 personnes). Ces derniers ont soumis d’autres idées à la métropole, comme de laisser ouvert le pont à la circulation dans le sens sortant, de la rive gauche à la rive droite.

Le collectif des commerçants a aussi réalisé un comptage des vélos passés sur le pont jeudi – 4300, soit selon eux deux fois moins qu’annoncé par la métropole pour justifier le succès de l’opération. Sans se faire cependant beaucoup d’illusions : une machine arrière de la métropole sur ce dossier très symbolique est selon nos informations assez improbable.

La charrue sur le pont

La fédération française des motards en colère (FFMC) voudrait en outre que les deux-roues de moins de 50 cm3 soit autorisés :

« On est complètement d’accord avec l’objectif de baisser la pollution et privilégier les modes doux, affirme Philippe Crutel, de la FFMC 33. La mauvaise qualité de l’air provoque plus de 40000 morts par an en France. Mais les motos polluent moins que n’importe quelle voiture. Et c’est surtout la façon de faire, dans la précipitation, que nous critiquons. Laisser passer les petites motorisations, ce serait un minimum : ils mettent pas leur intégrité physique en jeu sur le pont Saint-Jean, où la limitation à 50 km/h n’est pas respectée. »

Rassemblement des commerçants et motards sur le pont de pierre (SB/Rue89 Bordeaux)

Plusieurs commerçants tentent une analyse globale la situation, comme la fleuriste Emmanuelle Bailly  :

« Moi même je circule à vélo, car j’ai la chance d’habiter et de travailler à la Bastide. Mais les logements en centre ville sont de plus en plus chers, et beaucoup de gens doivent s’installer loin de leur lieu de travail. Comment on fait pour qu’ils puissent se déplacer sans galérer ? Pour l’instant on ne propose rien, mais on ferme les ponts, et les bouchons se déplacent vers Cenon. On a mis la charrue avant les bœufs. »

4 voitures, ça suffit

La commerçante estime avoir perdu entre 10 et 20% de son chiffre d’affaires depuis le mois d’aout, mais pas seulement à cause du pont de pierre – elle évoque le passage à une seule voie de circulation pour les voitures sur l’avenue Thiers. Et elle s’étonne qu’on ne propose pas des tarifs de stationnement préférentiels sur la rive droite, notamment du côté de Darwin, pour les gens qui prennent ensuite le vélo ou le tram pour aller dans le centre.

Parmi les riverains présents certains ont tous leurs raisons de râler. Mais il n’est pas simple de discuter de contraintes envers les automobilistes avec Corinne, 49 ans, et résidente de la Bastide : chez elle, les 4 membres de la famille ont tous une voiture (et un grand garage) !

« On en a tous besoin, plaide-t-elle. Ma fille étudie à l’autre bout de Talence, il faut une heure pour y aller en tram et 20 minutes en voiture. Mon mari et mon fils travaillent à Artigues, il leur faut un véhicule pour leur déplacements professionnels. Et moi ? Je ne travaille pas, mais j’en ai besoin pour faire des courses. »

Dans ces conditions, traverser la Garonne à pied ou à vélo devient effectivement une folle aventure.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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