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Une expo très olé-olé sur l’histoire de la tauromachie ouvre à Bordeaux

Le Musée itinérant des Tauromachies universelles présente à Bordeaux une exposition sur « l’histoire des tauromachies méditerranéennes de la préhistoire à nos jours ». La violence de certaines images poussent les associations anti-corrida à demander un avertissement à l’attention du jeune public. Et le message de l’expo qui veut rattacher la tauromachie à la préhistoire, prend selon les spécialistes de cette période quelques libertés avec la vérité historique.

Le groupement des associations taurines de Gironde ne voulait pas forcément beaucoup de publicité autour de l’exposition qu’il accueille à Bordeaux, Halle des Chartrons, à partir de ce mardi 9 janvier. Selon Pierre Darrouzet, membre de ce groupement, les organisateurs de cet événement ne souhaitent « pas faire de communication avant son ouverture », « pour éviter les réactions hostiles » et « parce que nous ne sommes pas des provocateurs ».

C’est raté. Plusieurs associations anti-corrida sont déjà au courant. Faute d’empêcher la tenue de cette exposition – « Ce serait liberticide » pour Thierry Hély, président de la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas (FLAC). « Nous ne sommes pas des ayatollahs », ajoute Michel Rittling, président d’Agir contre la torture des animaux (ACTA) Gironde –, ces associations posent quelques conditions.

Protéger les enfants

Loin d’être un secret bien gardé, cette exposition est en tournée dans « les villes taurines » depuis quelques mois, et avant Bordeaux, elle avait déjà suscité l’ire de la FLAC lors de sa présentation à Béziers. Thierry Hély, avait demandé et obtenu l’affichage d’un avertissement prévenant le visiteur de la violence de certaines images exposées. Il a adressé la même demande à la mairie de Bordeaux.

« A Béziers, des familles m’avaient contacté parce qu’elles étaient choquées de voir des scènes sanguinolentes à hauteur d’enfants : des taureaux en sang, des toréros encornés… J’ai demandé à la médiathèque qui accueillait l’exposition de prévoir un avertissement et elle l’a fait. De plus, cette exposition inquiète le collectif Protec qui s’indigne des sorties scolaires qui y sont organisées. »

En effet, le collectif Protec (Protégeons les Enfants des Corridas), avait adressé le 10 décembre 2017 un courrier au ministère de l’Éducation nationale lui demandant « de préciser sa position sur les sorties scolaires à l’exposition itinérante intitulée “Tauromachies Universelles” ». Le collectif, qui demande par ailleurs de réglementer l’accès des corridas aux enfants, accuse ce « dispositif prosélytique » de vouloir « créer une pépinière d’aficion pour renouveler le public des arènes ».

Sur le site de l’Union des villes taurines de France (UVTF), à l’origine de l’exposition avec l’Observatoire national des cultures taurines (ONCT), on peut clairement lire :

« Avec l’aval du ministère de l’Éducation Nationale et dans le cadre des directives existantes, il sera proposé à tous les élèves des collèges et lycées des villes taurines une ouverture culturelle sur le patrimoine taurin inscrit au PCI français en 2011 [la corrida est depuis 2016 radiée du patrimoine culturel immatériel (PCI), NDLR], et sur sa place dans la société actuelle. »

L’exemple d’une opération pilote, menée en novembre au collège Marie-Curie de Rion-des-Landes, mentionne que 205 élèves ont participer aux animations proposées.

Avertissement

« La ville a demandé l’affichage de cet avertissement et nous avons eu confirmation qu’il serait bien présent », rassure Fabien Robert, adjoint au maire en charge de la culture et du patrimoine à Bordeaux.

Au président d’ACTA Gironde qui s’étonne que la mairie de Bordeaux « soit associée à ce genre d’événement en leur mettant à leur disposition une salle municipale et le logo de la ville qui apparaît sur l’affiche », l’élu à culture s’en tient « à un cadre légal » :

« La ville de Bordeaux a des espaces d’exposition qu’elle met librement à disposition de toutes les associations qui le souhaitent, sans vérification du contenu à partir du moment où il demeure légal. Le prêt gracieux d’un espace donne lieu en contrepartie à l’affichage du logo sur l’affiche de l’événement. Et cela est valable pour tous les événements accueillis. Nous ne sommes naturellement pas l’organisateur de cette exposition et dès lors que le contenu est légal, la ville n’a pas à prendre parti. Par ailleurs, je vous rappelle que le refus de mise à disposition d’une salle publique à une association est illégal dès lors que l’association est autorisée. »

Que contient cette exposition ? Rappelant au préalable que « la corrida est légale en France » et que ce sera aux parents « de savoir ce qui est bon pour leurs enfants », Pierre Darrouzet nous l’explique :

« C’est une exposition sur la relation et l’évolution de celle-ci entre l’homme et le taureau depuis la préhistoire jusqu’à nos jours, depuis 23 000 ans, depuis les premiers dessins dans la grotte de Villars [illustration de l’affiche de l’exposition, en une de l’article, NDLR] jusqu’à nos jours. C’est une exposition qui relève de la culture, de l’archéologie, de la paléontologie… Il nous semble que c’est un élément culturel qu’il est bon de faire connaître au public. L’exposition a un déroulé, sur la fin on aborde forcément la tauromachie au XXe et XXIe siècle. »

« Une imposture »

Associer la préhistoire de près ou de loin à la tauromachie est l’autre point qui coince pour les anti-corrida. Thierry Hély parle de « délire total » :

« Nous réfutons certaines informations rapportées dans cette exposition, notamment celles qui prétendent que la corrida aurait trouvé ses sources dans la préhistoire, à Lascaux ou ailleurs… Tous les spécialistes que nous avons contactés ont répondu que c’était invraisemblable. […] La ville de Montignac s’est indignée devant de telles affirmations au point de se déclarer anti-corrida.« 

De concert, Michel Rittling dénonce « une imposture » :

« Il y a un détournement des références préhistoriques pour la promotion de la corrida. C’est une manière de donner à la tauromachie une histoire qu’elle n’a pas. C’est une opération marketing alors que les arènes se vident. »

Alors, la corrida date-t-elle de la préhistoire ?

« Je vous dis de suite non, tranche Denis Tauxe, préhistorien et référent scientifique pour la Semitour, gestionnaire du Centre international d’art pariétal Montignac Lascaux. Il faut être extrêmement prudent quand à toutes les interprétations qui fleurissent depuis quelques années à tout va. Ce n’est pas fondé. Nous sommes dans un art qui n’est pas narratif. […] Sur les 25 000 ans d’art préhistorique, on connaît moins de dix scènes qui opposent l’homme à l’animal et on ne peut pas associer des hypothèses à partir de si peu d’échantillons. »

Pour les association taurines, la banderille assassine vient des âges farouches.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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