Les personnels des Ehpad au bord du burn-out
Société 

Les personnels des Ehpad au bord du burn-out

Suite à un mot d’ordre national, les salariés des 180 Ehpad de Gironde ont mené des actions pour alerter sur la dégradation de leurs conditions de travail, et donc sur celle des conditions de vie des personnes en situation de dépendance.

Plus de 150 aides-soignantes d’Ehpad de la Gironde ont manifesté ce mardi à Bordeaux, où des délégations ont été reçues par le président du conseil départemental et par l’Agence régionale de Santé.

Suite à l’appel national à la grève de l’intersyndicale, nombre des 180 Ehpad (établissements hospitaliers pour les personnes âgées et dépendantes) de Gironde – étaient mobilisés, avec des débrayages sur site pour ne pas léser les résidents, ou des actions d’informations des habitants et des familles. Les directions des Ehpad étaient aussi au soutien, sauf en de rares cas.

Car si les personnels alertent sur la dégradation de leurs conditions de travail – il y a trois fois plus d’accidents du travail dans les maisons de retraite comparé à la moyenne nationale, et davantage que dans le BTP – ils le font aussi par respect pour les personnes dont ils ont la charge.

« C’est du travail à la chaîne, quasiment de la maltraitance car il faut faire vite, déplore par exemple Laetitia. On est 7 aides-soignantes pour 85 résidents à la Maison de Saint-Aubin. Entre 7h du matin et midi, on doit s’occuper de la toilette. Puis ce sont les repas, il faut faire manger deux ou trois résidents en même temps. On voudrait passer plus de temps avec elles, mais c’est impossible. Si on avait au moins une personne de plus, ce serait bien. »

« Pourtant on a la fibre »

Intérimaire dans ce secteur depuis 12 ans, Patricia affirme que dans tous les Ehpad du départements dans lesquels elle intervient, la moyenne est d’une aide-soignante pour 12 ou 13 résidents. En théorie, la moyenne est de 0,6 personnel pour 1 résident. « Le ratio que l’on demande c’est un personnel pour un résident, au moins », indique Marina Ghilhodes est secrétaire du syndicat CFDT Santé Sociaux en Gironde.

« C’était déjà l’objectif du Plan solidarité grand âge, en 2006, rappelle Patricia. En plus, les structures ont tendance à s’agrandir, sans augmenter leurs effectifs en conséquence. »

Manifestation devant l’ARS (SB/Rue89 Bordeaux)

Avec des conséquences concrètes douloureuses, poursuit cette Talençaise :

« Les gens restent chez eux de plus en plus vieux, et beaucoup de ceux qui arrivent en Ehpad sont grabataires, parfois centenaires, certains ont même du mal à tenir une brosse à dent. On devrait bien s’occuper de ces gens qui ont travaillé toute leur vie. Or on a l’impression de les bousculer sans cesse. Nous avons parfois même pas le temps de les emmener se promener dans les jardins. Ceux qui n’ont pas la chance de recevoir des visites de la famille ne sont parfois pas sortis depuis 6 mois ! Alors quand on rentre le soir, on a l’impression de revenir de l’usine, c’est dur psychologiquement. Pourtant, on ne fait pas ce métier par hasard, on a la fibre ».

Il s’agit pourtant là de métiers en tension, où les besoins sont très forts. Dans un communiqué diffusé ce mardi, l’ARS Nouvelle-Aquitaine indique avoir investi 123,2 millions d’euros depuis 2012, et créé plus de 3000 postes de personnels soignants (aides-soignants, infirmiers, médecin coordonnateur), « soit en moyenne 4 à 5 postes par Ehpad sur les 5 dernières années ».

Cinquième risque

Et entre 2018 et 2021, l’agence prévoit de créer plus de 1300 places d’hébergement permanent en EHPAD ; soit près de 216 ETP (équivalent temps plein) de personnels soignants supplémentaires.

« Pour autant, reconnait l’ARS, il existe encore des tensions fortes dans plusieurs Ehpad de Nouvelle-Aquitaine se traduisant concrètement par des difficultés relatives au rythme des actes professionnels, à l’épuisement des équipes, à l’absentéisme et au turn-over fragilisant la qualité et la sécurité de la prise en charge. C’est pour limiter ces difficultés supplémentaires que l’ARS Nouvelle-Aquitaine attribue en moyenne chaque année plus de 1,6 millions d’euros de crédits non pérennes à la demande des établissements pour les frais de remplacement de personnels et l’adaptation aux postes de travail. »

Mais au delà des rallonges financières accordées par l’État, dont récemment le coup de pouce de 50 millions d’euros du gouvernement, les syndicats espèrent un vrai plan pour la dépendance. Alors que 1 personne sur 6 aura plus de 75 ans en 2040 en Nouvelle-Aquitaine, ils demandent la prise en charge de ce fameux cinquième risque de la Sécurité sociale, plusieurs fois promis et jamais mis en œuvre.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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