« Depuis samedi dernier, aucune maraude motorisée ne peut circuler dans le centre de Bordeaux. Les bornes restent levées : en effet, la police municipale, activatrice de ces bornes, refuse de s’abaisser à un peu de dignité et/ou de respect de la vie humaine. »
Coup de gueule poussé « à titre personnel » par Saïna Grienar, une travailleuse du 115, mardi matin, son long message a été largement partagé sur Facebook et s’est rapidement transformé en pétition.
Tout commence lundi soir, quand elle est informée que la Croix-Rouge, en maraude dans le centre-ville, patiente depuis vingt minutes, bloquée dans son véhicule par une borne, rue Porte-Dijeaux.
« L’agent municipal ne voulait pas les laisser passer. J’apprends alors que la même situation s’est produite lors d’une maraude samedi dernier », raconte la travailleuse sociale.
Saïna se renseigne de son côté auprès de la mairie qui lui parle « d’un incident et d’une vigilance particulière actuellement sur Bordeaux ».
« On me passe alors la police municipale, je suis tombée sur un agent qui m’explique que « nous, on accepte les distributions place de la République mais pas les maraudes », il était sûr et certain de ce qu’il avançait. La Croix-Rouge m’a dit qu’elle allait faire remonter l’information auprès des autres associations, ce que j’ai fait aussi auprès de ma direction. »
« Attitude criminelle »
Plus tard, elle apprend du Samu Social qu’ils « ont eu les mêmes difficultés durant ce week-end ». Une information que nous a confirmée une membre de la structure, qui affirme que « dimanche soir, le Samu Social n’a pas pu passer les bornes du centre de Bordeaux. » Et donc venir en aide aux sans-abri qui y passent la nuit.
« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, il y a eu peut-être un dysfonctionnement ou autre. Il faut voir avec la mairie ! » lance de son côté Pierre Barbe, président de la délégation locale de la Croix-Rouge.
Le conseiller municipal socialiste Matthieu Rouveyre s’est dit « révolté » par ce message et « cette attitude criminelle », et a adressé un courrier à Alain Juppé pour « avoir des explications ».
Deux assos interdites de circuler
Du côté de la mairie, jointe par Rue89 Bordeaux, on assure que « tout est rentré dans l’ordre ». Jean-Louis David, adjoint au maire en charge de la vie urbaine et de la coordination de la politique de proximité, explique que cette décision de fermer les bornes ne s’applique qu’à deux associations :
« Nous avons eu ce week-end des problèmes avec deux maraudes dans l’hyper centre-ville, qui au lieu de seulement distribuer de l’alimentaire donnaient de l’alcool, il y a eu du trouble à l’ordre public notamment à l’angle de la rue Porte Dijeaux et de la rue Sainte-Catherine, des plaintes de riverains, des gens en situation très alcoolisée qui portaient sur eux des seringues, donc on a remis de l’ordre par rapport à tout ça. Ces deux maraudes à qui nous avons voulu parler n’ont pas souhaité le faire, toutes les autres maraudes comme celle de la Croix-Rouge qui font la demande auprès de la police municipale sont évidemment autorisées à aller donner de l’alimentation à ceux qui sont encore dans la rue. Ces gens qui travaillent avec nous tous les jours et que nous accompagnons n’ont aucune difficulté pour entrer dans le périmètre. »
« Aucune maraude ne distribue d’alcool aux sans-abris »
Ce vendredi, Rue89 Bordeaux a été contacté par un membre d’une des associations mises en cause par la mairie, et qui dément ces accusations :
« Aucune maraude ni aucune association ne distribue d’alcool aux sans-abris. Ce n’est pas dans nos valeurs, on en a pas les moyens et ils n’ont pas besoin de nous pour boire. Ce soir-là, nous sommes arrivés avec du retard. Les SDF ont dû consommer de l’alcool avant notre arrivée. Quand il y a eu une embrouille, nous, les bénévoles , étions déjà partis. On essaye toujours de calmer les esprits qui s’échauffent. La mairie a tout confondu. Et la police qui ne descend pas les bornes aux autres maraudes, ça prouve bien qu’ils mélangent tout, les assos, les maraudes. Ils sont complètement largués sur le sujet » affirme-t-il.
Comment expliquer alors que la Croix-Rouge et le Samu social se soient eux aussi retrouvés bloqués ?
« Ce sont de mauvaises informations, et nous avons encore dit à la Croix-Rouge ce matin que très probablement ils avaient eu un mauvais renseignement, ils peuvent rentrer à l’intérieur du dispositif sans difficultés. C’est clair net et précis, ce sont les instructions du maire et nous les respectons. Les seuls avec qui nous avons des difficultés, nous les connaissons et nous ne voulons pas qu’ils reviennent tant qu’ils distribueront de l’alcool. «
Pas assez d’hébergements
Erreur humaine, dysfonctionnement, problème de communication ? Impossible d’avoir le fin mot de l’histoire.
« J’espère juste que les choses reviendront dans l’ordre et que les maraudes pourront être assurées en cette période de grand froid », confie Saïna.
Mardi soir, aucun problème de circulation lié aux bornes n’a été signalé par les associations, alors que le plan Grand Froid est toujours activé. D’après Saïna, les structures d’accueil « poussent leurs murs » pour accueillir, au-delà de leurs capacités, des personnes en quête d’un abris.
Avec la Maraude du Cœur
Chaque soir, plusieurs bénévoles membres de différentes associations apportent des vivres et du réconfort aux sans abris. Les membres de la Maraude du Cœur se rejoignent au pied de la Tour, Place Pey Berland, et commencent traditionnellement leur tournée par la place Saint-Christoly.
« Entre 5 et 20 personnes nous attendent généralement là-bas », informe Estelle, présidente de l’association. Les bras chargés de denrées alimentaires, vêtements et produits d’hygiène, récoltés grâce à leur groupe Facebook, la petite troupe se dirige alors vers Saint-Projet, puis vers le MacDonald’s de Sainte-Catherine, avant d’épuiser les stocks jusqu’à la Victoire.
« On va aller voir pour les prochaines maraudes vers les Capucins et la gare Saint-Jean, il y a de la demande vers là-bas. On va aussi organiser des maraudes véhiculées pour aller du côté de Lormont, Bègles, Pessac, pour les squats », précise Gaëtan, le fondateur.
Pour cette autre maraudeuse, bénévole d’une autre association riveraine, le plus important est d’alerter sur le manque de places d’hébergements.
« C’est la préfecture qui bloque l’ouverture de nouvelles places. C’est hypocrite, quand on ouvre les journaux on a l’impression qu’il y a plein de places supplémentaires, alors que sur le terrain, on se rend compte que ce n’est pas vrai. Quand on commence une maraude, en général à 20h, il n’y a déjà plus d’hébergements », déplore-t-elle.
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