Après l’élection au PS, des militants toujours en quête de sens
Politique 

Après l’élection au PS, des militants toujours en quête de sens

Olivier Faure saura-t-il rassembler un PS profondément divisé ? Pendant la campagne pour la tête du parti, Rue89 Bordeaux a interrogé ses militants. A l’issue du vote, certains pourraient-ils rejoindre Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon, ou les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, ou même En Marche ? Entre doutes et loyauté, l’avenir du parti semble plus incertain que jamais.

« On a peur que nos militants très à gauche quittent le parti si c’est un candidat proche des idées de Macron qui est élu premier secrétaire du PS, et inversement… » confie une cadre de la fédération du parti socialiste. Une fuite des militants, c’est ce qu’on redoute le plus, dans les coulisses du parti socialiste de Gironde.

Pour cette retraitée, adhérente depuis vingt ans, « la condition sine qua non pour que le parti relève la tête, c’est que tous les militants soutiennent le candidat élu, peu importe si ils ont voté pour lui ou non ».

Ce soir-là, Olivier Faure est venu rencontrer les militants girondins à Bordeaux. La militante et son amie l’avoue franchement : il ne les a pas convaincues.

« Il manque de charisme, et son discours est assez plat. »

Elles lui préfèrent largement Luc Carvounas, de passage à Cenon la veille. Ce dernier, ex vallsiste mais seul député parmi les candidats à avoir voté contre la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe (Stéphane Le Foll et Olivier Faure se sont abstenus), sera finalement balayé (6,36%).

Finalement, le président du groupe des députés Nouvelle Gauche a pris la tête du parti, après le désistement de Stéphane Le Foll, arrivé à la seconde place à l’issue du premier tour. Olivier Faure, 49 ans, est arrivé largement en tête avec un score de 48,56%, contre 26,10% pour l’ancien ministre de l’agriculture.

En Gironde, c’est ce dernier héraut du hollandisme, qui est arrivé en tête – ce qui devrait permettre au premier secrétaire fédéral, Thierry Trijoulet, de conserver son fauteuil. Soutenu par les très légitimistes tenants de la motion A, majoritaire dans le département (l’ancienne députée Marie Récalde, l’ex ministre Michèle Delaunay, le conseiller régional Philippe Dorthe…), Stéphane Le Foll a ainsi réalisé 34,25 % des voix (sur 1423 votants), contre 28,41% pour Olivier Faure.

Stéphane Le Foll lors d’une réunion publique à l’Athénée municipal de Bordeaux, en 2016 (WS/Rue89 Bordeaux)

Le spectre des insoumis

Le programme de ce dernier était fondé sur une idée forte, et minimale : le rassemblement. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il aura du boulot. Comment réunir des partisans de Stéphane Le Foll, ancien bras droit de François Hollande, avec les soutiens du très à gauche Emmanuel Maurel ? Ce dernier était présent, le 9 mars dernier, à l’Athénée Municipal, pour débattre avec les représentants de ses trois adversaires. Dans la salle, l’ambiance était électrique.

Un adhérent l’interroge :

« Est-ce qu’une alliance avec Jean-Luc Mélenchon ne risque pas de faire partir un grand nombre de militants chez les Insoumis, sans parler du résultats des prochains élections ? »

Le candidat l’assure :

« Si demain dans les luttes nous nous retrouvons aux côtés des Insoumis et des écologistes, c’est tant mieux, plus il y aura de camarades pour s’opposer à Macron, mieux ce sera ! »

Applaudissements d’une partie de la salle. L’autre fait la moue, ou secoue franchement la tête.

Il poursuit son discours et revient sur le quinquennat de François Hollande. Une femme l’apostrophe avec véhémence : « Oh, on est pas là pour refaire le match ! Arrête de parler du passé et passe le micro aux autres ! ». Quelques rangs devant elle, un autre militant se retourne : « Respectez-le, au moins quand il parle ! »

« Si c’est pas Maurel qui est élu, je ne pense pas que je renouvellerai ma carte d’adhérent au parti, confie un militant. Les autres ont des idées trop proches de Macron ou sont mous du genou ! »

Déjà, à l’occasion de la venue de Stéphane Le Foll, une adhérente depuis 6 ans nous assurait avoir voté Mélenchon aux dernières élections présidentielles. Mais pourquoi pas Benoît Hamon, alors candidat officiel du Parti socialiste ?

« Hamon, avec son revenu universel, on perd la valeur du travail. Pour moi ce n’est pas possible ce concept. La gauche pour moi c’est la réduction du travail mais que chacun puisse s’épanouir, donner un peu en fonction de ses moyens aux impôts. »

Des militants convaincus mais déboussolés

Elle regrette un manque de communication dans le groupe local. « A la section, tout est verrouillé, c’est difficile de s’exprimer. On ne nous écoute pas forcément… » Un avis conforté par l’intervention d’un tiers : « Il n’y a pas de débats aujourd’hui au PS, il faut rouvrir le débat ! »

Pourtant, ils sont nombreux à jurer fidélité au parti, peu importe l’issue de l’élection. L’immense majorité des militants présents aux réunions sont des personnes âgées, des adhérents historiques sur les 3000 que compte encore le PS en Gironde. C’est le noyau dur alors que les jeunes se font rares. Au meeting de Stéphane Le Foll, Osiris, 22 ans, intervient :

« Être socialiste, pour moi, cela signifie qu’il faut s’indigner, ne pas s’accommoder du monde tel qu’il est ! Notre planète vit à crédit, il nous faut redistribuer les richesses à ceux qui en ont besoin, et nous avons besoin d’une Europe forte pour y arriver. »

« Il faut arrêter avec les divisions, les frondeurs nous ont trahi au quinquennat précédent », s’indigne une retraitée.

Difficile d’évoquer le nom de Benoît Hamon sans provoquer l’ire de la militante.

« Celui-là, je ne veux plus en entendre parler. Un traître. Jean-Yves Le Drian aussi m’a beaucoup déçue en rejoignant le gouvernement de Macron… »

Les cicatrices du passé ne sont pas refermées, et la pilule En Marche, comme celle des Insoumis ou de Benoît Hamon, est toujours difficile à avaler. Jusqu’à l’étouffement du parti ?

L'AUTEUR
Alexandra Jammet
Alexandra Jammet
Journaliste en herbe branchée environnement et société

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