Cédric Herrou, parrain de Bienvenue : « Les réfugiés ne sont pas les coupables, ils sont les victimes »
Société 

Cédric Herrou, parrain de Bienvenue : « Les réfugiés ne sont pas les coupables, ils sont les victimes »

Cédric Herrou a, depuis 2015, entrepris d’aider les réfugiés entrés en Europe via l’Italie. Son action, « citoyenne et spontanée », lui a valu d’être interpellé et condamné à plusieurs reprises. Il est l’invité de Solidarité réfugiés 33 pour les États généraux des Migrations et parrain de la programmation Bienvenue.

Il y a ceux qui connaissent Cédric Herrou et les autres. Ce producteur d’huile d’olive dans la région de Breil-sur-Roya, dans le département des Alpes-Maritimes, à la frontière italienne, n’était pas destiné à se retrouver un jour de 2016 sur le devant de la scène, ni même dans les colonnes du New York Times.

Son fait est celui d’avoir aidé plus de 250 migrants à passer la frontière franco-italienne. Cela lui a valu plusieurs condamnations et une arrivée à son procès au tribunal de Nice en 2017 sous les applaudissements d’un public qui soutient ses actions.

« Ce que j’ai fait n’est pas exceptionnel, relativise Cédric Herrou. J’accueille des gens, je leur donne des coups de main. Il se trouve que ça devient rare et c’est ça qui est grave. »

Aider les migrants spontanément

Cédric Herrou est l’invité de Solidarité réfugiés 33 pour les États généraux des Migrations qui se dérouleront le 24 mars au Rocher de Palmer à Bordeaux. Il est également parrain de la programmation Bienvenue qui se déroule du 23 mars au 28 avril en Gironde. Le Breillois ne se considère pourtant pas militant et, interrogé par Rue89 Bordeaux, il déclare :

« Le militantisme n’est pas un milieu dans lequel je me sens bien. Il se trouve que j’organise des concerts et des festivals. Donc recevoir beaucoup de monde à la ferme, jusqu’à 300 personnes, ça je sais faire. Sauf que dans ce cas, il n’y a pas de buvettes et pas de concerts. »

Sur ses champs d’oliviers, ces dernières années, Cédric Herrou n’accueille pas des festivaliers, mais des migrants. Les tentes plantées sur ses terres, abritent des femmes et des hommes qui ont risqué leurs vies en traversant la Méditerranée.

Avant 2015, rien ne prédestinait pourtant ce fermier à s’engager dans l’accueil des réfugiés. Sur les rochers de Vintimille, il dit avoir vu errer des hommes de 20 ou 25 ans et, sur les routes de la vallée de la Roya, des familles et des enfants.

« Je me suis arrêté un jour. J’ai discuté avec certains, j’ai commencé à les connaître. Jusqu’au jour où, en 2016, en emmenant une famille à la gare, on a échangé nos numéros de téléphone. Plus tard, cette famille me rappelle et me dit qu’on l’a expulsée en Italie. Je suis allé la retrouver dans l’église de Vintimille. Dans cette église, j’ai vu toutes ces familles et tous ces enfants. C’est là que j’ai commencé à réfléchir sur l’aberration du système d’accueil des réfugiés. De manière spontanée, j’ai commencé à les aider. »

Des réfugiés à la frontière franco-italienne (Association DTC – Défends ta citoyenneté)

Ainsi, Cédric Herrou traverse régulièrement la frontière franco-italienne pour offrir de l’aide aux réfugiés souhaitant entrer en France. Il est arrêté plusieurs fois, sans suites. Après une interpellation en août 2016 avec huit migrants, le procureur de Nice refuse de porter des accusations, considérant ses actions comme humanitaires.

En octobre 2016, il est de nouveau arrêté, avec d’autres personnes, suite à l’occupation de l’ancienne gare SNCF désaffectée de Saint-Dalmas-de-Tende afin d’y loger une cinquantaine de migrants. Après un premier jugement clément par le tribunal de Nice, la cour d’appel d’Aix-en-Provence le condamne à quatre mois de prison avec sursis pour avoir aidé des clandestins à traverser la frontière, et à 1000€ de dommages et intérêts pour occupation illicite de la gare.

« Je n’en parlais pas autour de moi. Quelques amis proches savaient que j’aidais les migrants à passer la frontière, mais la plupart ont été surpris quand je me suis fait arrêter la première fois et qu’ils ont vu les articles dans la presse. »

« Les migrants ne sont pas les coupables, ils sont les victimes »

Devant l’afflux des réfugiés, la France et l’Europe ont peu respecté la Convention de Genève relative au statut des réfugiés, selon laquelle un État doit accorder le statut de réfugié aux personnes qui en font la demande, ainsi que les droits et les devoirs de ces personnes.

Alors que le candidat Macron déclarait lors de sa campagne présidentielle : « Un homme ou une femme qui demande asile en France, qui met sa vie en danger, s’est battu pour sa liberté et celle de sa famille, est quelqu’un, en vertu de nos principes, qui doit être accueilli. » Une fois élu, le président Macron peaufine un projet de loi « asile et immigration », présenté en février au Conseil des ministres, discuté à l’Assemblée nationale courant mars, et très critiqué :

« On n’est jamais allé aussi loin, souligne Cédric Herrou. Cette loi vise à enfermer des réfugiés pendant leurs demandes d’asile. On veut mettre en prison des gens qui ne sont pas coupables, ils sont victimes. Il y a quand même une drôle de conception de la justice dans la 5e puissance mondiale. […] Raccourcir les délais de traitement des dossiers, l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides, NDLR) dit que ce temps ne suffira pas. La CND (Cour nationale du droit d’asile) est du même avis, le personnel est même en grève. Il faut écouter les gens sur le terrain. »

« Se concerter avec les associations », c’est justement le but des États généraux des Migrations. « Un audit sur ce qu’on peut faire ensemble » sera soumis au gouvernement.

« Personne n’a des solutions à tout. Il faut de la concertation. Il faut une réflexion européenne. Il ne faut pas que l’Europe prenne en otage les pays les plus faibles comme la Grèce et l’Italie dans la question des réfugiés. Les méfaits de la migration sont causés par la gestion de celle-ci par les États européens. Calais existe parce que l’Angleterre bloque les migrants. Vintimille existe parce que la France les bloque aussi. Vintimille, une commune de 25000 habitants, se retrouve avec 2000 réfugiés qui dorment sous les ponts à cause de la politique des États. C’est elle qui cause ces troubles à l’ordre public. »

Cédric Herrou (avec béret et lunettes), sans sa ferme, avec des réfugiés (Association DTC – Défends ta citoyenneté)

A l’heure des comptes

« D’un côté on parle d’intégration comme étant un devoir et d’un autre côté les migrants à Calais dorment dehors et se font gazer par les flics. On s’intègre à quoi ? C’est quoi l’intégration ? On peut s’intégrer à une société qui montre l’exemple. Or, on ne leur montre que de l’oppression. Il y a des enfants qui dorment à la rue, qui ne vont pas à l’école, et après on leur demande de s’intégrer ! »

Sur ce constat, Cédric Herrou a contribué, en janvier 2018, à faire condamner la France par le Tribunal permanent des peuples. Ce tribunal symbolique, qui existe depuis 1979, s’est réuni pendant deux jours à Gennevilliers en région parisienne pour évoquer les violations des droits des migrants. L’Union européenne et la France ont été condamnées pour « complicité de crimes contre l’humanité » dans la crise migratoire.

Quelles sont les conséquences d’une telle condamnation ?

« Aucune ! C’est surtout pour laisser quelque chose derrière nous. C’est symbolique. Dans 10 ou 15 ans, on rediscutera de tout ça. Parce qu’on sera emmené à nous justifier. Le gouvernement et l’État se comportent ainsi aujourd’hui parce que, en face, il y a des gens qui ne prennent pas encore la parole. Mais quand ils la prendront, ils vont demander des comptes à la France et à l’Europe. Il faut montrer qu’on est resté digne, qu’on s’est mobilisé. »

Et il n’est pas trop tard pour le faire.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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