Les facteurs attaquent le nouveau tri postal en Gironde
Société 

Les facteurs attaquent le nouveau tri postal en Gironde

25 à 50% des facteurs était en grève ce lundi en Gironde. Ils dénoncent des changements profonds du métier, dont la division des missions de tri et de distribution, qui selon les syndicats vont affecter la qualité du travail.

Le monde des boites aux lettres va se diviser désormais en deux catégories : celles qui reçoivent beaucoup de courriers et celles qui en reçoivent peu. Le syndicat Sud PTT dénonce cette mesure, comme nous l’explique Willy, agent courrier à La Poste Mériadeck et délégué syndical :

« Ceux qui en reçoivent fréquemment auront leur courrier tous les jours. Les autres verront leur courrier retenu à la plate-forme industrielle et distribué seulement certains jours de la semaine. Le but recherché, c’est que le facteur s’arrête le moins possible à chaque boite pour optimiser le temps de travail. »

Cette distribution dite « pilotée » vient profondément transformer le boulot des facteurs qui actuellement assurent le tri et la distribution entre plus ou moins 7h et 14h.

Payant

La nouvelle organisation que souhaite imposer la direction doit scinder ces deux missions entre deux brigades distinctes. Pour les syndicats, les risques sont clairs : les agents de la brigade de tri seront vite atteints de troubles musculo-squelettiques, ceux de la brigade de distribution affronteront une mission physiquement éprouvante au gré du temps et surtout avec une coupure à mi-journée pouvant durer de 45 minutes à 4h – une pratique habituelle dans le métier usant de caissière.

Ainsi, en distribuant l’après-midi, le facteur devra assurer des missions supplémentaires : visites payantes auprès des personnes âgés, relevage payant des compteurs… Pour ceux et celles qui souhaiteront être assurés d’avoir leur courrier le matin, il faudra là-aussi payer un nouveau contrat.

Willy, membre de Sud PTT à Bordeaux (XR/Rue89 Bordeaux)

Sud PTT a donc appelé à la grève ce lundi. La CGT et Force Ouvrière les ont rejoint et le mouvement a fait masse : plus de 600 grévistes soit la moitié des effectifs (hors CDD et intérimaires) et le rassemblement de plus de 400 d’entre eux devant La Poste Mériadeck. Un mouvement « historique » selon Sud PTT sous un « temps de facteur » :

« Vous avez de la chance, ça pourrait être pire, vous pourriez être en tournée », lâche un militant dans le micro sous les rires des grévistes.

Gage

Selon la direction, seulement 23,5 % des agents se sont mobilisés, soit « 490 des 2081 agents de la plateforme distribution courrier ». Dans un communiqué, elle justifie ces nouvelles organisations par une baisse du « trafic courrier » observée ces dernières années – -6,26 % en Gironde en 2017.

La direction parle également (en novlangue) d’ « évolution », de « nouveaux relais de croissance », de « gage d’une pérennisation » du métier et de « de préserver le modèle social de l’entreprise basé sur le CDI à temps complet sur 35 heures. »

« On ne conteste pas la baisse de courriers ordinaires – encore faudrait-il qu’elle soit calculée correctement – mais elle est compensée par l’augmentation des colis, des recommandés, des objets suivis, des petits paquets internationaux, du e-commerce, précise Willy, de Sud PTT. Or ces services ne sont pas pris en compte. Et la Poste nous vend une baisse vertigineuse des courriers pour justifier des suppressions d’emplois – 10000 par an depuis 10 ans – mais est incapable de prouver que ça correspond à la baisse du courrier. »

Gérard Lamarque, secrétaire départementale de la CGT Fapt, se réjouit de cette journée et espère bien réussir à conserver le seul petit avantage du métier : la journée continue de 7h à 14h. Il rappelle qu’un facteur touche entre un Smic en début de carrière et 1800 à 2000 euros brut après 30 ans de turbin (selon qu’il soit salarié ou fonctionnaire).

Grève illimitée

Surtout, il voit l’arrivée massive des intérimaires dans toutes les branches du métier : « Ils sont 40% au centre de tri colis, 80% à Chronopost et 90% à la filiale de livraison DPD ». Et décrit la dureté du métier :

« Il y a un an, ils ont fermé le bureau de Margaux dans le Médoc. Résultat, le périmètre du bureau de Castelnau-de-Médoc a été redéfini et les facteurs font 6h30 de voitures par jour pour leur tournée en montant et descendant 400 fois par jour de leur voiture. Comme personne de l’ancienne équipe n’avait accepté la proposition, ils ont embauché des nouveaux qui, après un an, commencent déjà à avoir des problèmes de santé et doivent prendre des arrêts. »

Autre exemple : à Eysines, l’agence de la cité du Grand-Caillou va fermer avec transfert des instances colis et recommandés à la presse indique un syndiqué Sud au micro de la radio La Clé des Ondes qui dénonce aussi une 5e organisation en 10 ans dans le bureau central d’Eysines.

Une grève illimitée va également démarrer ce mardi matin dans les postes de Cenon/Bastide et de Mériadeck/Bègles/Barrière de Bègles.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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