Ecologie 

Greenpeace « interdit de séjour » à la centrale nucléaire du Blayais

[INFO RUE 89 BORDEAUX] EDF a refusé que le représentant de Greenpeace à la Commission locale d’information nucléaire participe comme initialement prévu à une visite d’inspection de la centrale du Blayais par l’ASN (autorité de sûreté nucléaire). L’ « interdit de séjour » réagit dans une lettre ouverte au directeur de la centrale.

Cette visite de la centrale, intervenue les 22 et 23 mars derniers, devait se dérouler en présence de deux observateurs de la Commission locale d’information (CLI), l’instance censée assurer la transparence des installations nucléaires auprès des citoyens, élus, associations… invités par l’Autorité de sûreté nucléaire, le gendarme du nucléaire en France.

Patrick Maupin, porte-parole de Greenpeace à Bordeaux, et membre du bureau de la CLI du Blayais, faisait partie de la délégation. Il a finalement été décrété persona non grata par EDF, et s’en émeut en écrivant au directeur de la centrale, Pascal Pezzani, via une lettre ouverte adressée à Rue89 Bordeaux :

« Le 19 mars, alors que la visite était fixée depuis un mois et demi, vous avez signifié à la Commission ne finalement “choisir” qu’un seul des deux observateurs proposés pour participer à cette inspection en précisant, sans doute après un débat difficile, que serait admis un représentant syndical du personnel d’EDF au détriment de celui de Greenpeace. »

Représailles ?

Cet incident diplomatique intervient dans un contexte tendu entre l’ONG et l’État sur ce sujet de la sûreté nucléaire. Des activistes de Greenpeace qui s’étaient introduits dans la centrale de Cattenom (Moselle) ont ainsi été condamnés à de la prison ferme parce qu’ils voulaient justement mette en lumière la protection défaillante des installations.

« Interdire l’accès à ces visites au représentant de Greenpeace, sans doute en représailles des actions menées ces dernières années par l’association pour lancer l’alerte sur les défauts de sûreté et de sécurité, est un choix totalement arbitraire et qui va à l’encontre du besoin des citoyens d’une plus grande transparence et d’un contrôle sur la sûreté des centrales », poursuit Patrick Maupin.

Le militant écologiste fait valoir que cette fois, Greenpeace aurait dû être autorisée à visiter le Blayais : selon une convention signée en 2011 entre EDF et la CLI, deux observateurs de son bureau « peuvent exceptionnellement assister, en qualité d’observateur, aux inspections de contrôle d’organismes extérieurs, au premier rang desquels les inspections de l’ASN de Bordeaux ».

« Cette décision interroge sur votre conception de la transparence, signale-t-il donc à Pascal Pezzani. Outre votre immixtion dans la représentation de la Commission, vous refusez ainsi la mise en œuvre des procédures de transparence et d’information usuelles et légitimes qui permettent à l’ensemble des citoyens, et à leurs représentants légalement désignés, d’être informés de la sûreté de fonctionnement de la centrale. »

No comment

Joint par Rue89 Bordeaux, le service communication de la centrale du Blayais a nié que cet engagement valait pour les visites de l’ASN. Et n’a pas souhaité faire de commentaire sur le refus de laisser Patrick Maupin suivre cette inspection. Ce dernier défend son bon droit :

« Que vous le souhaitiez ou pas, la participation des riverains et citoyens, par l’intermédiaire de leurs associations, aux inspections de l’ASN est légitime, compte tenu des problèmes existants dans la centrale : depuis la sécurité des piscines de combustible usé, en passant par un marquage en tritium non expliqué ou par l’usure prématurée et la corrosion de certains équipements, ces multiples incidents sont documentés dans les lettres d’inspection publiques de l’ASN à partir desquelles les citoyens sont en droit de se forger leur propre opinion. »

Greenpeace prévient que la décision du directeur de la centrale « ne mettra fin ni aux interrogations légitimes des citoyens ni à la présence de Greenpeace à leurs côtés pour documenter les risques dont vous déniez la réalité ».

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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