Qui se soucie du bidonville des réfugiés sahraouis à Bordeaux ?
Société 

Qui se soucie du bidonville des réfugiés sahraouis à Bordeaux ?

actualisé le 09/04/2018 à 09h48

Plus de 200 personnes, en majorité des demandeurs d’asile sahraouis, vivent aujourd’hui quai Deschamps, dans des conditions sanitaires indignes. Malgré les directives du gouvernement visant à résorber les bidonvilles, les associations dénoncent l’inaction de la préfecture de Gironde.

Yahdih affirme avoir passé 4 ans en prison au Maroc après avoir manifesté pacifiquement pour l’indépendance de son pays, le Sahara occidental. Désormais réfugié en France, il vit depuis 9 mois dans un des baraquements de fortune qui ont fleuri au squat du 53 quai Deschamps, à Bordeaux.

« C’est difficile, confie-t-il. Il y a seulement deux toilettes pour 200 personnes, et un seul point d’eau. »

Pourtant, plusieurs dizaines de demandeurs d’asile sahraouis, ainsi que quelques migrants d’Afrique subsaharienne, en grande majorité des hommes, ont élu domicile en octobre 2015 dans cette ancienne usine de la rive droite. Ils étaient alors une centaine. Depuis, et malgré un incendie qui avait brûlé le toit du grand hangar, le bidonville continue à prospérer, au grand dam des associations.

État en position démissionnaire

Médecins du monde, Droit au logement, la Ligue des droits de l’Homme et la Cimade ont rendu publique ce jeudi une lettre adressée il y a 15 jours au préfet, mais restée sans réponse. Elles y dénoncent l’ « inaction » de l’État face à l’urgence humanitaire :

« Tous les efforts consentis par les citoyens et les associations ne suffisent pas à remédier à l’indignité dans laquelle l’attentisme sinon la démission des pouvoirs publics plonge ces personnes venues demander protection à la France. La dégradation constatée des conditions sanitaires, due à un  amoncellement de déchets, à la prolifération de rats, à l’absence d’infrastructures appropriées pour les toilettes et d’adduction d’eau, sans oublier des problèmes de sécurité (3 incendies) n’auront pas suffi à convaincre la Préfecture ni les Collectivités Territoriales de la nécessité de solutions dignes et respectueuses du droit. »

Un robinet pour 200 personnes au squat du quai Deschamps (SB/Rue89 Bordeaux)

Morgan Garcia, de Médecins du Monde, précise que les associations intervenant sur le squat du quai Deschamps ont laissé le temps au nouveau préfet, Didier Lallement, de prendre connaissance du dossier. Elles déplorent aujourd’hui son « silence », alors que ce bidonville, « ne devrait tout simplement pas exister », selon Morgan Garcia :

« La majorité des personnes ici devraient être hébergées en CADA (centre d’accueil pour demandeurs d’asile). Leur droit d’accès à l’eau, reconnu par les Nations-Unies depuis 2010, est bafoué. Les arrêtés de dépollution du site pris par la préfecture n’ont jamais été appliqués. Aujourd’hui, nous demandons simplement que le préfet de Gironde applique une circulaire récente du gouvernement visant à résorber les bidonvilles en créant des groupes de travail avec tous les acteurs concernés. Or nous n’avons jamais eu de réponse. »

Que les Sahraouis appellent le 115

Pourquoi la préfecture refuse-t-elle de mettre en place un tel comité de pilotage ? Sollicitée par Rue89 Bordeaux, elle ne répond pas à cette question. Son communiqué envoyé ce jeudi à la presse égraine des chiffres censés démontrer l’engagement de l’Etat, qui « consacre plus de 2 millions d’euros par mois à l’accueil et à la mise à l’abri des personnes vulnérables en Gironde ».

« Le département de la Gironde fait face depuis trois ans à une augmentation très importante du nombre de demandeurs d’asile, passé de 1850 en 2015 à 3036 en 2017. Pour faire face à cette situation, l’État a considérablement renforcé et diversifié son dispositif d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile. »

La préfecture fait ainsi mention de 1148 places en CADA, de 625 places d’hébergement d’urgence dans des hôtels financées en 2017 pour demandeurs d’asile, 192 places du Programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (PrAHDA) dans la métropole, et bientôt 100 places créées pour le nouveau centre d’accueil et d’examen des situations (CAES). Et le bidonville du quai Deschamps, dans tout ça ?

« Les sahraouis qui représentent près de 20 % des demandeurs d’asile en Gironde (soit près de 600 personnes, NDLR), bénéficient des mêmes droits que ceux attribués aux autres demandeurs d’asile, conclut le communiqué préfectoral. En appelant le centre 115, ils peuvent avoir recours aux dispositifs d’hébergement proposés par l’État dans le département ou la région. »

HCR, OMG

Le silence est tout aussi assourdissant du côté de la mairie de Bordeaux et de la métropole. « C’est un sujet 100% préfecture », nous est-il ainsi répondu. La mairie de quartier, qui s’occupe de vider la benne à ordure placée à l’entrée du camp, s’est en revanche engagée à assurer l’alimentation électrique – plusieurs branchements pirates avaient fait sauter la lumière du pont Saint-Jean et du pont de pierre.

« Il a fallu qu’on touche à un symbole touristique de Bordeaux pour agir maintenant plutôt que pendant les grands froids, soupire Morgan Garcia. Il n’empêche qu’en France, dans la cinquième puissance économique mondiale, ce squat est toujours en deçà des préconisations du HCR (haut commissariat aux réfugiés) pour les camps. »

Si vous voulez vous lancer dans l’humanitaire, pas besoin d’aller aux antipodes, il suffit de se rendre rive droite de la Garonne.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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