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Gymnases : Bordeaux encore loin du but ?
Sport 

Gymnases : Bordeaux encore loin du but ?

par Simon Barthélémy.
Publié le 25 mai 2018.
Imprimé le 21 octobre 2021 à 16:28
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La ministre des sports Laura Flessel a inauguré ce jeudi le nouveau gymnase Aubiers-Ginko à Bordeaux. L’occasion pour les associations sportives de Bacalan de réclamer un équipement sportif  similaire pour leur quartier. Envisagé depuis des années sur un terrain en risque inondation, le projet est toujours dans les limbes.

« Citez moi une ville de 9000 habitants qui n’a pas gymnase », lance Vincent Maurin, président de l’association sportive Charles-Martin. C’est pourtant le cas à Bacalan, où le basket, le hand et le volley se pratiquent sur les terrains en plein air, en béton, et en piteux état du stade Charles-Martin.


Aux Aubiers-Ginko, le sport en partage

Ce jeudi 24 mai, le stade Aubiers-Ginko a été inauguré par la ministre des sports, Laura Flessel, entourée de l’adjointe au maire de Bordeaux déléguée aux sports, Arielle Piazza, ainsi que le maire de quartier, Pierre de Gaétan Njikam. Précisément construit entre ces deux quartiers, le stade veut être un pont entre leurs habitants.

« Le sport est un formidable outil de lien social, estime Arielle Piazza. C’est pour cela que ce stade a été construit ici et porte ce nom d’Aubiers-Ginko : pour accentuer le mélange des populations, renforcer ce lien qui se construit progressivement. »

Financé par le CNDS, le département, la région ainsi qu’un financeur privé – Bouygues Immobilier (aménageur du quartier Ginko) –, le stade a ainsi couté 4,4 millions d’euros. Equipé d’un terrain multiport (handball, volley, basket, badminton) et d’un mur d’escalade aux normes olympiques, il accueillera ainsi des écoles et les clubs de l’APIS et Chantecler.

Des créneaux sont prévus pour les écoles du quartier Vaclav-Havel, Bordeaux-Lac 2, Jean-Monnet et les écoles supérieures privées des Bassins à flot. Les tribunes peuvent accueillir 300 spectateurs.

Alors que la ministre des sports Laura Flessel inaugurait ce jeudi le gymnase Aubiers-Ginko (lire encadré) les clubs du quartier ont alerté la presse sur ce véritable serpent de mer : si la création d’un tel équipement est sur le tapis depuis plus de 10 ans, elle n’aboutit pas car l’emplacement choisi, une emprise du stade bacalanais, est en zone inondable.

« Il ne s’agit pas d’opposer les gymnases de Ginko et des Bassins à flot (prévu lui pour 2020, NDLR) qui sont structurants pour ces nouveaux quartiers et ont toute leur légitimité, poursuit Vincent Maurin. Mais le gymnase de Bacalan relève complètement de l’obligation d’un maire  de trouver des équipements propres à la pratique sportive des scolaires – 3 écoles dans le quartier, un collège et un lycée – et des clubs, de surcroit dans un quartier politique de la ville. »

« Les enfants se cognent au mur »

Or le sport est entravé par le manque d’infrastructures, souligne Sébastien Meynard, enseignant à l’école Charles-Martin :

« Le programme des profs est dicté par les installations sportives. Le terrain du petit gymnase de Charles-Martin a été uniquement conçu pour faire de la gym. Il ne fait que 30 mètres sur 15, et les enfants se cognent aux murs. Dès qu’il pleut, et cela a souvent été le cas cet hiver, il n’y a donc pas de hand ni de basket. Et les panneaux de basket, fixes, sont trop hauts pour les enfants en élémentaire. »

Gymnase des Aubiers-Ginko (JC/Rue89 Bordeaux)

Pour Sébastien Meynard, cela a des conséquences pour les sportifs de tout le quartier :

« Si nous devions créer un club omnisport à Bacalan, nous n’aurions que 4 sections (boxe, tennis, foot, natation), contre 27 pour l’Union Saint-Bruno et plus de 30 pour le Stade Bordelais. Ceux qui n’ont pas de moyens de locomotion n’envoient pas leurs enfants de 7 ou 8 ans en bus ou en tram dans d’autres quartiers. Ceux qui font du basket doivent aller jouer au gymnase du Grand Parc, dont les créneaux sont saturés. Résultat, les clubs perdent des adhérents. »

Jeu, set et mat

D’autres ne peuvent au contraire plus en accueillir, comme le club de tennis de Bacalan.

« On a eu en quelques années une hausse spectaculaires de nos adhérents, passés d’une vingtaine d’adhérents à 50, dont une quinzaine de familles précaires, bénéficiaires de l’ARS (allocation de rentrée scolaire), indique son président, Imad Zouhair. Et cette année on a dû refuser du monde, c’est une première ! Car on n’a que deux cours, et aucun n’est couvert. Nous avons donc du mal à garantir une certaine continuité chez nos adhérents. »

Avec l’arrivée de milliers de nouveaux habitants aux Bassins à flot, les associations soulignent que les équipements sportifs pourraient être un creuset de mixité avec le Bacalan populaire. Ajoutant que le quartier manque de salles capables d’accueillir des fêtes scolaires comme des tournois d’échecs, elles ne veulent pas entendre parler d’un terrain de hand couvert, comme l’idée leur aurait été avancée.

« On ne demande pas Bercy, mais un équipement polyvalent, fermé, avec des vestiaires, ajoute Sébastien Meynard. Il pourrait très bien être surélevé pour prévenir le risque inondation. »

Gym tonic

Jointe par Rue89 Bordeaux, Arielle Piazza, adjointe au maire chargée des sports, répond que cette option, trop coûteuse, n’est pas sur la table. Et assure regretter le blocage actuel :

« Bacalan a un collège, des pratiquants et des associations très dynamiques, tous les critères sont réunis. Et nous avons été jusqu’à choisir un architecte (pour un projet estimé à 4,2 millions d’euros, NDLR). Malheureusement, le site est sous le coup d’une inconstructibilité décidée par l’État. Je pense toutefois que les contraintes du PPRI (plan de prévention du risque inondation) seront levées quand la métropole aura construit les digues sur la Garonne et conforté les berges. Le dossier est dans les mains de la préfecture, que l’on relance tous les 6 mois. »

Sur les terrains du stade Charles Martin à Bacalan (SB/Rue89 Bordeaux)

L’adjointe fait aussi valoir que la mairie « construit pas mal dans le secteur », avec le nouveau gymnase des Aubiers, celui des Bassins à flot qui sera livré fin 2020, ou encore un city stade couvert près de l’ancien emplacement de l’Iboat.

Mais Bordeaux risque de courir encore quelques temps derrière le retard accumulé. A l’instar des piscines, dont 3 fonctionnent actuellement sur Bordeaux, la situation des gymnases revient régulièrement en débat au conseil municipal.

En novembre dernier, les élus écologistes s’étaient ainsi alarmé de « l’état de délabrement » de Grand Parc 3, « dont les revêtements sont troués de tout bord ». Les translucides venaient en plus d’être cassés par des petits malins pour voler des ballons et du matériel. Arielle Piazza répondait alors que des travaux, dont les coûts sont inscrits au budget, allaient y être menés rapidement. Une rénovation plus ambitieuse n’est toutefois pas à l’ordre du jour, pour ne pas handicaper les utilisateurs de ce gymnase très fréquenté, selon Arielle Piazza.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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