Les moustiques de la presqu’île font le bad buzz à Ambès
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Les moustiques de la presqu’île font le bad buzz à Ambès

Depuis quelques semaines, les autorités se divisent sur l’épineux sujet de la démoustication de la Presqu’île d’Ambès. Le maire juge « insuffisants » les traitements imposés par le préfet, et le conseil départemental refuse de financer un épandage de biocides, dont l’impact est dénoncé par les écologistes.

Il est 18h un lundi à Ambès. Les portes se ferment les unes après les autres malgré les rayons de soleil qui inondent encore les jardins. « On est obligés de se protéger », explique Michèle, une habitante. Se protéger de quoi ? Des moustiques qui pullulent sur la Presqu’île, où le climat et les marécages sont propices à leur développement.

Le maire d’Ambès, Kevin Subrenat, récemment rejoint par celui d’Ambarès, Michel Héritié, lève la voix pour trouver une solution à cet irritant problème. Pour lui, la situation n’est plus tenable. La fête foraine qui se tient sur la place principale est déserte. Seuls les forains restent dehors en se claquant régulièrement mollets et avant-bras.

Ras-le-bol et incompréhension

Pour Nicolas Calmette, pharmacien dans la commune d’Ambès, les moustiques font désormais partie du quotidien :

« A partir de février-mars, les gens commencent à acheter des produits anti-moustiques. En ce moment, je fais les stocks presque quotidiennement. Il n’est que 14h et déjà quatre personnes sont venues m’en acheter depuis ce matin. »

Le chikungunya, la dengue ou le zika, maladies transmises par les moustiques, tétanisent la plupart de ses clients :

« Ce sont souvent pour les enfants en bas âges et les personnes âgées que les gens achètent, même si la majorité de ma clientèle a entre 25 et 50 ans. En réalité, la peau de ces publics est plus fine qu’un adulte. La réaction à une piqûre est donc plus marquée. J’ai déjà vu des “œufs” de 2-3 centimètres de large ! »

Malgré la violence des piqûres, Nicolas Calmette tente de rassurer ses concitoyens, en leur indiquant qu’aucun cas n’a été déclaré dans la commune. Ces propos rejoignent ceux de Didier Laroche. Celui-ci est chargé du dossier de démoustication au conseil départemental de la Gironde, auquel revient la compétence santé :

 « En 2017, nous avons référencé 20 cas de personnes atteintes chikungunya, zika ou dingue, infectées lors de leurs voyages hors de France. Sur ces 20 cas, seul un a requis une intervention, la présence de  moustiques tigres étant avérée.  A chaque fois, les zones sont traitées pour enrayer le problème et les tuer. L’objectif de cette intervention est d’éviter que le moustique pique la personne infecter et la transmette à d’autres de la même façon. »

Autochtones et hélicos

En effet, la procédure est rigoureuse. Lorsqu’une personne déclare des symptômes, l’information est immédiatement relayée à l’Entente interdépartementale pour la démoustication (EID). Celle-ci va alors analyser le milieu pour connaître la population de moustiques tigres et l’éradiquer en projetant sur un rayon de dix kilomètres un pesticide, la deltaméthrine. Cette procédure ne concerne donc en aucun cas les moustiques autochtones.

« Pour les moustiques “classiques”, l’EID fait des actions de démoustication avec un biocide naturel : le bacille de Thuringe. Il détruit alors les larves de moustiques et permet de canaliser la population. »

Le bacille de Thuringe, c’est précisément cette substance que souhaiterait pulvériser Kevin Subrenat sur sa commune.  De nombreuses fois alpagué dans la rue par ses électeurs, le maire d’Ambès a décidé de lancer une pétition directement adressée au préfet et au département pour leur demander un épandage par hélicoptère sur les marais et les sous-bois. En deux semaines, elle a recueilli plus de 3000 signatures.

« Les campagnes de l’EID sont faites en voiture ou à pied. Ils pulvérisent le bacille dans les rues et dans la ville mais pas dans les marais et les forêts où leurs techniques ne fonctionnent pas. Or, c’est là que se trouvent les gîtes à moustiques et le seul moyen d’y accéder, c’est par hélicoptère. Cela ne sert à rien de traiter les communes si ces zones-là ne le sont pas. »

Le Lac de Cantefrêne qui accueille les Odyssées Ambésiennes est aussi victime des moustiques. (JC/Rue89 Bordeaux)

La piqûre de la facture

La situation inextricable dans laquelle se trouvent le département et la mairie d’Ambès est aussi liée au financement de ces campagnes de démoustication. Pour Didier Laroche, le constat est clair :

« Monsieur Subrenat demande à ce qu’on lui finance un traitement héliporté. Le problème c’est que depuis qu’il est entré dans le programme de démoustication de la Gironde en 2014, il n’a pas financé une seule année les traitements, ce qui est d’ailleurs à la limite de l’illégalité. Dans ce cas, il me semble difficile de demander un épandage par hélicoptère qui multiplierait la facture par cinq ! »

La situation a en effet déjà eu lieu en 2014, lors de l’entrée de la presqu’île dans le périmètre de l’arrêté préfectoral. L’état des communes étant critique, le Préfet a pris des mesures d’urgence : un épandage de bacille de Thuringe sur les marais, sous-bois et habitations. Résultats, la population de moustiques a diminué de moitié cette année-là.

Pourtant, cela n’a pas suffi et quatre ans plus tard, la situation serait revenue au même point selon le maire d’Ambès :

« Depuis cet épandage, rien ne s’est passé. Il n’y a plus eu de traitements dans les marais. Quand on sait qu’un moustique vit maximum deux mois, ce ne peut pas être une solution pérenne. Pour cette année, c’est malheureusement trop tard. On demande surtout cet épandage pour l’année prochaine, en février-mars. »

Faux, rétorque Didier Laroche. La ville aurait été traitée chaque année, comme les 80 autres gérées par l’EID.

L’important, c’est la santé

En réalité, le nœud du problème réside dans son appellation. La loi stipule que si la démoustication est d’ordre sanitaire, le coût revient intégralement à l’État. En revanche, la facture est partagée entre le département et la mairie si c’est une question de confort.

Moustique tigre (Calafellvalo/Flickr/CC)

Et c’est ici que se créent les dissensions : pour la mairie, c’est un problème sanitaire, les résidents ne pouvant plus vivre en extérieur la moitié de la journée. Pour le département, c’est un problème de confort puisque le moustique tigre, principale menace, n’est pas impliqué.

Les sommes en jeu peuvent expliquer les réticences dans chacun des camps. Selon Didier Laroche, les campagnes de démoustication coûtent chaque année entre 20 000 et 25 000€ au département. En 2014, lors de l’épandage par hélicoptère, la facture a grimpé à 149 000€, pour un seul vol d’hélicoptère sur la zone à traiter.

« Ce n’est pas une gestion à l’économie, explique-t-il. Mais on doit analyser nos dépenses avec rigueur, c’est avec l’argent public que l’on paye ces campagnes de démoustication. »

Du côté du préfet, la décision est définitive : il n’y aura pas de traitement héliporté en 2018.

Pesticide bio ?

L’autre débat se concentre sur la substance utilisée par l’EID et dont Kevin Subrenat souhaiterait se saisir : le bacille de Thuringe.  Labellisé comme produit biologique, il permet de tuer les larves des moustiques sans impacter l’environnement. Le maire d’Ambès est ferme sur le sujet : il n’utilisera pas de pesticides dans ces marais, vrais écosystèmes naturels à préserver.

« Ce que l’on veut pulvériser, c’est du VECTOMAX G, du bacille de Thuringe, un produit biologique. Hier encore, j’ai eu un appel d’un apiculteur, paniqué à l’idée que je pulvérise des pesticides. Mais dès que je lui ai donné le nom du produit il s’est rassuré : il utilise cette même substance pour traiter ses buis, sans que cela ne tue les abeilles. »

Alors que la deltaméthrine, utilisée par le département pour tuer les moustiques tigres nécessite une évacuation des habitations lors du traitement, ce n’est absolument pas le cas du bacille qui se répand en voiture ou à pied.

La delthamétrine, un pesticide toxique

La delthamétrine est un pesticide toxique pour l’homme s’il est inhalé ou ingéré. Il es en revanche très toxique pour les organismes aquatiques, entraînant des effets néfastes à long terme. Présente en grande quantité dans le corps, elle peut provoquer des nausées, des vomissements ou des vertiges mais aussi des signes d’irritation cutanée. Si l’exposition à la delthamétrine est récurrente et prolongée, des signes d’engourdissement facial sont constatés, même si ces derniers disparaissent dans l’heure. 

L’innocuité de ce biocide est toutefois discutée. Pour la Sepanso dont l’analyse a été reprise par EELV Haut-de-Garonne, ce produit, comme les autres, ne fait pas de distinction entre les larves et menace l’écosystème. Jean-Marie Froidefond, administrateur de la Sepanso et auteur de l’analyse, nuance son innocuité.

« Le bacille touche en réalité tous les insectes volants et les diptères plus précisément. Par répercussion, il impacte également les amphibiens et poissons pour qui les larves sont leur principale nourriture. Ces zones sont classées Natura 2000, ce qui signifie qu’on cherche à y préserver la biodiversité. Vouloir démoustiquer serait contradictoire à la directive. »

Pour Frédéric Dinard, citoyen en membre du Groupe EELV Aquitaine, la requête du maire d’Ambès remet en cause les avancées écologiques de ces derniers mois.

« Il y a un vrai paradoxe dans la requête de Monsieur Subrenat. On réussit enfin à interdire les épandages viticoles et désormais, il veut en faire contre les moustiques. De même, on arrive à interdire les néonicotinoïdes qui tuent les abeilles et il veut utiliser ce bacille dont la composition n’est pas certifiée inoffensive pour ces bêtes ! »

Pour l’écologiste, le principal problème du bacille de Thuringe est lié à sa bioaccumulation.

« Le bacille ne disparaît qu’au contact des UV. Dans les eaux et dans le sol, il ne se désagrège pas et se bioaccumule : il reste sur les plantes et dans le sol. Et ce traitement, malgré son appellation bio n’est pas anodin : si on tue des moustiques, leurs prédateurs s’amenuisent et les moustiques reviendront de plus belle. Cette solution n’est donc vraiment pas une solution durable. »

Odyssées sans moustique

Les solutions durables, le maire d’Ambès et les autres parties du problème les connaissent : la sensibilisation des populations et les prédateurs naturels du moustique.  La mairie ainsi que le département affirment vouloir relancer une campagne d’information auprès des habitants pour les alerter sur les gestes à faire pour éviter leur prolifération : vider les coupelles emplies d’eau, protéger les piscines, nettoyer les gouttières….

« En parallèle, nous aimerions rencontrer les gestionnaires de ces milieux et les organismes responsables de l’hydraulique, explique Didier Laroche, chargé du dossier au Conseil Départemental. Parce que ce n’est pas la coupelle de l’habitant qui fait venir ces moustiques. Il est bien de l’expliquer à la population, pour que cette dernière agisse conjointement à nos actions, mais il faut aussi gérer le problème à l’échelle supérieure et remettre en place une gestion hydraulique plus sérieuse qui réduira la population des moustiques. »

Kevin Subrenat réfléchit quant à lui à la pose de nichoirs pour hirondelles et chauve-souris afin de favoriser leur retour dans la région. Il rejoint ici les revendications d’EELV qui promeut la seule utilisation de ces prédateurs pour régler le problème. Didier Laroche affirme également que le département travaille sur le sujet, pour préserver ces lieux, classé à Natura 2000 depuis une quinzaine d’année.

Dans l’immédiat, et pour rassurer les futurs visiteurs, un traitement au bacille sera exceptionnellement réalisé par l’EID avant les Odyssées Ambésiennes, temps fort de l’été sur la Presqu’île, prévues cette année le 25 août.

L'AUTEUR
Julie Chapman
Julie Chapman
Journaliste, étudiante à Sciences Po Bordeaux. Bordelaise de naissance et de cœur.

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