Pour la renaissance de la Salle des Fêtes, Gamine se reforme, Kery James annoncé
Culture 

Pour la renaissance de la Salle des Fêtes, Gamine se reforme, Kery James annoncé

Fermée depuis 1995 et désormais restaurée, la salle des fêtes du Grand Parc sera inaugurée le 29 juin, avec notamment le retour sur scène de 10 groupes mythiques du rock bordelais, dont Strychnine, les Stagiaires ou Gamine, qui se reforme pour l’occasion. L’amorce d’une programmation éclectique et ouverte sur le quartier.

Les 45 jeunes de l’orchestre Démos de l’Opéra de Bordeaux, qui initie des enfants issus de quartiers défavorisés à la musique classique, seront les premiers à jouer dans la salle des fêtes du Grand Parc, le 29 juin prochain. Tout un symbole : 26 ans après son dernier concert (de Khaled), l’équipement veut à nouveau être à la fois un lieu de vie et d’animation ouvert aux habitants, et un outil de démocratisation culturelle.

Il s’agira d’abord de renouer avec son passé d’unique grande salle de rock bordelaise, où se sont produits les Cure, Téléphone ou Motörhead. Après une première journée sur le parvis dans le cadre de Grand Parc en fête, le 28 juin, 10 groupes et artistes phares de la scène bordelaise succèderont sur scène  à l’orchestre Démos, le 29.

Une « réparation » à 7,5 millions d’euros

L’équipement culturel ouvert en 1967, et fermé en 1995, a depuis été pas mal squatté, endommagé, puis « réparé », selon l’expression de l’architecte bordelais Christophe Hutin.

Celui-ci a conservé la configuration de la salle, « un petit zénith » capable d’accueillir 1095 spectateurs, avec un vaste espace central ouvert et des gradins avec 650 places assises, et une vaste scène. Une grande baie vitrée au fond de celle-ci permet d’éclairer la salle grâce à la lumière naturelle.

7,5 millions d’euros ont été investis dans la restauration de la salle,  principalement par la Ville de Bordeaux, qui en garde la coordination, confiée à Yohan Delmeire et une équipe de 6 permanents. Le budget annuel de fonctionnement est de 750000 €.

Le programme de ce week-end inaugural a été présenté ce mardi dans l’enceinte rénovée. En partenariat avec Bordeaux Rock, la salle des fêtes verra ainsi le retour des fantômes punk ou cold wave qui l’ont hanté dans les années 70 et 80, dont la vague des « ST » : Stalag, Stagiaires, Stilettos, Strychnine… Ce dernier groupe s’est reformé en 2004, tout comme Bolton – « au moins aussi bons que Taxi Girl », selon Richard Berthou, de Bordeaux Rock -, ou plus récemment Mush, un groupe des années 90.

Gamine et 3e âge

Le point d’orgue de la soirée sera le come-back de Gamine, séparé depuis 1991 « pour de classiques  histoires d’ego, de drogues et d’argent », et l’un des rares groupes bordelais avec Noir Désir à avoir percé dans les charts nationaux grâce à leur tube « Voila les anges ».

Si d’autres artistes à l’affiche, comme Magnetix ou Tender Forever (une américano-bordelaise qui fait surtout carrière aux States) sont plus contemporains, « on débute avec une animation 3e âge », rigole Richard Berthou, même

« Mais il y a une vraie demande pour cela du public des séniors, car ce dernier a changé, estime Yohan Delmeire, coordinateur de la salle des fêtes. La génération rock est entrée dans l’âge de la retraite, et on est loin du bal musette et de Franck Michael. Nous allons revisiter le concept du bal, et en proposer tous les mois en avec des partenaires comme les danseurs de l’Opéra de Bordeaux, Cloudbox, Culture Tango… »

La salle des fêtes pourra accueillir 1095 spectateurs (SB/Rue89 Bordeaux)

La population du Grand Parc est il est vrai relativement âgée. Ou très jeune, et c’est l’autre public visé visé par la programmation de la salle. Mais Gamine est loin d’être le kif des jeunes du Grand Parc ou des Aubiers : comme le montre l’enquête sur les pratiques culturelles des 15-25 ans, menée auprès de 905 habitants des quartiers de Bordeaux Nord par Yohan Delmeire, ils penchent plutôt pour le hip-hop.

Kery James le 10 novembre

Ça tombe bien : 6 groupes bordelais – 4 de rap, 2 de raï – seront à l’affiche de la troisième et dernière soirée inaugurale, le 30 juin, préparée par la Rap School Barbey, et leurs prestations seront entrelardées de battle hip-hop et d’intermèdes dansés de la compagnie Révolution. Et le rappeur Kery James sera l’un des premiers grands noms à se produire dans la Salle des Fêtes, le 10 novembre , en partenariat avec la Rock School Barbey.

« Les autres salles de musique actuelle (SMAC) de la métropole ont parfaitement été intégrées à la réflexion préalable sur l’ouverture de la salle de fêtes, indique Fabien Robert, adjoint au maire de  Bordeaux en charge de la culture. Elles sont heureuses de voir que cet outil est à leur service. La Rock School ne dispose que d’une salle de 700 places qui montre quelques signes de fragilités. En attendant sa rénovation, actuellement à l’étude, elle a toute sa place ici. Les relations sont excellentes avec le Rocher de Palmer, à Cenon, un peu moins avec le Krakatoa, à Mérignac, qui ont des jauges équivalentes. »

Pour l’heure, une soixantaine d’évènements par an sont prévus, dont une vingtaine seulement programmés par la ville. Allez les filles ! se saisira ainsi de la Salle des Fêtes le 25 juillet pour le festival Relâche, avec pour premier temps fort de la saison les Limiñanas, et Feu! Chatterton devrait  y passer à la fin de sa tournée, en mars 2019, et en partenariat avec le Carré.

L’association les  Oufs de Bordeaux y programmera des spectacles d’humour : Gérémy Credeville le 8 novembre, Guillermoi Ruiz le 7 décembre et Didier Super le 8 décembre.

Habitants mobilisés

Pour la Ville, il n’est pas question de créer une nouvelle SMAC au Grand Parc, mais de rendre au quartier la salle des fêtes qui lui manque. Fabien Robert a d’ailleurs salué « l’extrême mobilisation des habitants du quartier pour la réouverture, notamment le collectif Salle des Fêtes (devenu association Pistoletto), dont les travaux ont nourri ce projet » (même si ce collectif, dont la mairie n’avait retenu que 9 des 10 propositions pour la fête inaugurale, a finalement refusé d’ y prendre part).

Fabien Robert, Christophe Hutin et Yohan Delmeire (SB/Rue89 Bordeaux)

« Notre équipe se déploiera pour que le travail des artistes reçus à la Salle des Fêtes rejaillisse sur le quartier, indique par exemple Yohan Delmeire. Les gens ne sont pas toujours à l’aise avec les lieux de culture, il faut aller les chercher. On accompagnera les artistes pour qu’ils aillent à leur rencontre, comme Acid Arab, qui fera un DJ Set à la bibliothèque ».

La mairie annonce la mise en place d’un comité des fêtes où les associations et habitants du quartier pourront veiller à ce que ce travail de lien avec le quartier soit bien mené. Car le lieu aura aussi vocation à être une vraie salle des fêtes. Elle accueillira les kermesses des écoles, comme celle de David Johnston début juillet, les mariages,  les lotos et évènements associatifs ou culturels… Le tout pour un prix raisonnable (1200 à 3600€, deux fois moins si l’entrée est gratuite), et avec la billetterie et la buvette laissée aux organisateurs. Ses espaces seront aussi ouverts gratuitement « à tous ceux qui ont envie de créer », de 14h à 18h du mardi au samedi.

L’enjeu est d’offrir un lieu d’animation au Grand Parc, qui ne dispose d’aucun bar ou restaurant ouvert le soir, et de peu de cafés ouverts en journée. La brasserie, que les dirigeants de la Salle des Fêtes souhaitent impliquée dans  ne devrait toutefois pas être ouverte avant la fin de l’année, un premier appel d’offres n’ayant rien donné. Avec ce superbe équipement et sa façade aux 27000 carreaux de mosaïque, le quartier retrouvera en tous cas de quoi rayonner à l’échelle de la métropole.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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